À l’EDHEC, des étudiants sur les planches

Pièce de théâtre "Les deux canards" par des étudiants de l'EDHEC, le 25 janvier

Mardi 25 janvier, treize étudiants de l’EDHEC membres de l’association “La clef des planches” ont représenté sur scène la pièce comique “Les deux canards”. Critique de la société du début du XXe siècle, que l’on peut étrangement mettre en perspective dans notre époque, le scénario dédoublé d’un jeu d’acteur bien mené a fait rire les spectateurs conquis du lever jusqu’au baisser de rideau.

Ils étaient treize comédiens ce soir-là pour la seconde et dernière représentation de leur pièce, “Les deux canards”. Mêlant tout à la fois humour et critique de la société, cette pièce, écrite par l’écrivain Tristan Bernard et le journaliste Alfred Athis au début du siècle dernier, emporte pendant plus de 2h30 les spectateurs dans les aventures de Lucien Gélidon. Écrivain parisien connu sous le nom de Montillac et dont la double identité sera la source du quiproquo, argument de la pièce, les rires ont fusé durant toute la soirée, dans un amphithéâtre presque plein.

Pièce de théâtre "Les deux canards" par des étudiants de l'EDHEC, le 25 janvier
La pièce “Les deux canards” brosse avec impertinence les méandres de la société d’hier… et d’aujourd’hui. © Amélie Bennet

Il faut dire que cette comédie, bien que méconnue, aborde des thèmes qui nous semblent aujourd’hui bien familiers : de la manipulation politique, des journaux cinglants aux sources discutables et des politiciens qui retournent leur veste… L’état de la société est dressé avec nonchalance, servi par des dialogues empreints d’humour et subtilement soignés d’imprécisions pour que le doute et l’incompréhension des personnages persistent, et avec eux, le rire des spectateurs. Mais c’était non sans compter sur le jeu très bien maîtrisé des comédiens qui ont tenu avec ferveur la salle plongée dans le noir. Pourtant, tous n’étaient pas expérimentés, bien au contraire. “Il y en avait certains qui avaient fait beaucoup de théâtre, qui connaissaient tout le vocabulaire, et d’autres qui n’étaient jusque-là jamais montés sur scène”, nous a expliqué à la fin de la pièce Emma, qui tenait le rôle de l’opérateur, et qui avait déjà touché au théâtre au lycée. Ces différences d’expériences au sein de la troupe, loin de la diviser, ont permis de tisser des liens entre les comédiens, car tous “étaient intéressés par le théâtre”, qu’importent leurs niveaux, formant ainsi une véritable “ambiance de troubadours”.

Une comédie nappée de quiproquos

Mais comment cette pièce de 1913, pourtant très peu connue, s’est retrouvée à être jouée dans le très moderne et confortable auditorium Crédit Mutuel de l’EDHEC, à Roubaix ? Emma nous confie que le choix de la pièce n’a pas été si simple : “On a fait une réunion pour choisir en octobre, et plein de membres étaient venus avec une suggestion de pièce. On voulait que ça dure deux ou trois heures et ça a duré jusqu’à 22, 23 heures, on n’en pouvait plus !” Le choix s’est vite resserré sur deux pièces : “le match de fin a été très compliqué, mais au final on est super contents du choix qu’on a fait”. Une proposition venue de la metteuse en scène, Mathilde, qui aura réussi à convaincre par cette pièce qui mêle “politique, histoires d’amour et quiproquos”.

Pièce de théâtre "Les deux canards" par des étudiants de l'EDHEC, le 25 janvier
Les comédiens, avec un jeu très bien maîtrisé, ont enflammé la salle pendant près de 2h30 de spectacle. © Amélie Bennet

Et des quiproquos, il n’en manque pas. C’est ce qui donne de la saveur à cette comédie déjantée. La campagne pour l’élection municipale dans le petit village de Valmoutiers est orchestrée par deux canards, autrement dit deux petits journaux locaux idéologiquement opposés. D’un côté, La Torche, un journal réactionnaire après son rachat à l’imprimeur Béjun par le baron de Saint-Amour, et d’un autre côté Le Phare, journal radical fondé par M. Gélidon et sa maîtresse, lui aussi édité par l’imprimerie Béjun. M. Gélidon est alors embarqué dans des aventures rocambolesques : sous deux noms différents, il doit assurer chaque jour la rédaction des articles des deux journaux ennemis, tout en se débattant dans des affaires sentimentales mêlées avec d’une part l’épouse du naïf M. Béjun et de l’autre, la fille de l’intrépide baron de Saint-Amour.

Une réussite en cache souvent une autre…

Composée de trois actes, pour près d’autant d’heures de spectacle dont on ne se lasse pas, on ne peut quand même s’empêcher de penser à la prouesse réalisée par les comédiens, qui ne s’arrêtent plus de s’activer, en jouant et en mettant en place le décor à chaque entracte. Mais, en tant que spectateurs, nous ne nous en plaindrons pas : les cinq petites minutes de changement de décors permettant de reprendre ses esprits après avoir failli s’étouffer de rire.

Pièce de théâtre "Les deux canards" par des étudiants de l'EDHEC, le 25 janvier
A la fin de la pièce, les comédiens ont été vivement applaudis par des spectateurs définitivement conquis. © Amélie Bennet

Surtout au troisième acte, le final, sans doute le plus exaltant. La querelle journalistique, alors à son comble, débouche sur la situation absurde d’un duel qui devrait opposer M. Gélidon à M. Montillac… autrement dit exactement le même personnage ! L’intervention de deux complices masqués par des lunettes d’automobilistes parvient à faire illusion un moment, jusqu’au dénouement comique qui voit arriver sur scène M. Gélidon lui-même, accoutré d’une manière tout aussi ridicule, qui le conduit à avouer sa double existence.

Au baisser de rideau, la salle, définitivement conquise, se lève. Les applaudissements durent, les “bravo”, sans doute lancés par des copains, arrivent jusqu’à la scène pour saluer le travail des treize comédiens. Mais ils ne sont pas les seuls. Ils étaient au total 40, les 40 membres de l’association “La clef des planches”, de première comme de deuxième année, à s’être plus ou moins investis dans le projet. Si beaucoup d’entre eux avaient été sceptiques pour faire partie de la première représentation, cette dernière en a motivé certains : “Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui veulent jouer maintenant”, affirme Emma. Signe qu’une nouvelle pièce est à espérer ? “En général, on en fait deux par années […] et comme on essaie de varier, on partira peut-être vers une tragédie ou un classique”, déclare-t-elle. Comédie ou tragédie, qu’importe : on y retournera avec impatience et toujours autant de plaisir.

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