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A Lille 2, le deuil difficile de l’enseignement supérieur

A Lille 2, le deuil difficile de l’enseignement supérieur

Alors que différentes universités se mobilisent depuis plus de deux mois contre la loi concernant les personnels de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, la mobilisation a pris un tournant important ce jeudi 5 mars. En effet, le contexte bien particulier dans lesquelles ces grèves et mobilisations ont lieu ne fait qu’augmenter la colère des étudiants et des enseignants : utilisation de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, réforme des retraites, précarité étudiante, etc. L’absence de rendez-vous avec l’intersyndicale et le sentiment de ne pas être écoutés ni même considérés, ont poussé, après l’appel des syndicats, les étudiants et enseignants à bloquer les universités françaises et à mener une journée de « fac morte ». Sur le campus de Lille 2, quelques étudiants organisent des blocages depuis le début de la semaine.

Un enterrement peu conventionnel

Quelques enseignants et étudiants du campus de Moulins, anciennement Lille 2, très mobilisés depuis le début du projet de loi, y ont répondu. La faculté a été bloquée dans la matinée, certains cours ont été annulés ou empêchés et un dialogue a été mis en place entre manifestants et non-manifestants. Mais à 10h25, un cercueil a fait irruption au sein du hall de la fac. Porté par des étudiants et des professeurs, et suivi d’un cortège révolté, celui-ci a bien évidemment une visée symbolique. Si le gouvernement affirme que le projet de loi est en faveur des enseignants, qu’il valorise la recherche, permet son financement et est créé avec la collaboration des enseignants, ce n’est pas ce que ces derniers en pensent. Selon les universitaires, ce projet de loi est une attaque aux statuts des enseignants-chercheurs et au financement perpétuel à la recherche. Celui-ci risquerait de renforcer la précarité des enseignants et la compétition entre eux , notamment concernant les CDI de mission.

Autre dénonciation: toutes les « nouveautés » de ce projet de loi, pourtant attendues par les enseignants, figurent déjà dans d’autres réformes telles que la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (ORE) , ou encore la loi de Transformation de la Fonction Publique. Ainsi, dans ce cercueil qui a circulé dans tout l’établissement, se trouve la fonction publique en souffrance. Mais aussi l’enseignement supérieur, les étudiants précaires et tous ceux qui souffrent ou vont souffrir de la dégradation des conditions de l’enseignement, ceux que l’on n’écoute pas ou plus, ceux que l’on a jamais écouté. C’est en tout cas ce qu’ont déclaré les enseignants qui ont pris la parole, un voile sur la tête, avant d’entamer une minute de silence.

Des enseignants qui brisent le silence

Avant d’entamer la marche mortuaire, quelques enseignants prennent la parole :

« Ce qui nous réunit ici aujourd’hui dans la tristesse est la mort de l’enseignement supérieur de la recherche. Le projet de loi est un énième coup porté à une université affaiblie, meurtrie, et qui rend aujourd’hui son dernier souffle. Nous y avons investi notre force, notre énergie, et nos espoirs.

Nos espoirs de permettre aux jeunes générations de bénéficier de formations et de connaissances, au-delà de leurs origines sociales, de leurs parcours et malgré des conditions de vie qui ne cessent de se détériorer. […] Nous défendons au quotidien cette poursuite de la transmission du savoir.

Notre enthousiasme s’est transformé en colère. En colère de voir disparaître le poste de soutien à l’enseignement et à la recherche, de chercheurs et d’enseignants-chercheurs. De voir nos collègues brillants travailler des années dans des conditions de travail inacceptables, avec un salaire sous le SMIC, des contrats de travail signés avec des mois de retard, un enseignement de contrats courts, l’incertitude quant à la poursuite de leurs activités. En colère que, comme seule réponse à l’augmentation significative du nombre d’étudiants, d’étudiantes, la seule réponse soit la sélection. […] Les assassins de l’enseignement courent toujours. Ce sont les promoteurs d’une université et d’une recherche néo-libérale, accessible aux seuls bacheliers les plus aisés.

Nous accusons Emmanuel Macron et sa ministre Frédérique Vidal mais aussi François Hollande, Nicolas Sarkozy et sa ministre Valérie Pécresse d’avoir affamé l’Université et la recherche jusqu’à leurs morts. »

 « Moi, ma colère »

© @LilleInsurgee

Chacun a ensuite déposé un stylo, une feuille, une plaquette de travaux dirigés (TD) jamais faite sur le cercueil. Puis le cortège est reparti, marche arrière, vers la sortie. Ces mêmes feuilles ont été jetées dans des cris de rage, sous la pluie. De rage, car ce qui ressort de ce mouvement, et plus généralement de toutes les mobilisations en cours en France, c’est la colère de ne pas être consulté, de ne pas être écouté, la colère de ne pas être respecté, la colère de mourir en silence sans éducation convenable, sans métier convenable, sans retraite convenable. « Moi ma colère c’est que cette fac de droit ne respecte pas la loi, les étudiants, nos principes, nos valeurs. Vive l’égalité, vive la démocratie, et vive la grève ! », clame une étudiante sur le parvis de l’établissement.

Cette colère là ne semble pas s’essouffler, et le mouvement de grève est reconductible en attendant l’adoption du projet en 2020 et sa possible mise en application en 2021.

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