En lecture
Abdallah, le rappeur subversif porté disparu

Abdallah, le rappeur subversif porté disparu

Entre freestyles percutants et morceaux introspectifs, le rappeur Abdallah s’était fait une place de choix au sein de la scène rap francophone. Mais voilà près de quatre années qu’il n’a pas donné le moindre signe de vie…

Le rap n’est pas mort, je suis toujours en vie.” À en croire ce dicton, dont le rappeur franco-libanais avait fait sa marque de fabrique, le rap doit être sacrément mal en point. Mais commençons par le début. Abdallah est né en 1988, à Beyrouth. Il grandit là-bas, avant d’arriver en France à l’âge de 17 ans. Il commence à se faire un nom en 2012, à la suite d’un freestyle filmé dans le métro. Le titre de la vidéo, “Un rappeur lâche un énorme freestyle dans le métro”, accompagné de paroles percutantes, fait immédiatement mouche. Des centaines de milliers de vues en quelques semaines. Abdallah enchaîne ensuite les productions et peu à peu, ses deux facettes se distinguent.

D’un côté, des freestyles de rue très politiques, dans lesquels il use de formules chocs et n’hésite pas à briser les tabous. Après celui du métro, il enchaîne avec un freestyle au marché des Puces de Clignancourt, un autre au Trocadéro, avant d’en faire un dernier dans un centre commercial, déguisé en Père Noël. À chaque épisode, il se place dans un lieu atypique, là où ne l’attend pas. Ses paroles révoltées cherchent à interpeller le public, à susciter la réaction. En fin de vidéo, il finit toujours par s’enfuir en courant, symbole de sa subversion.

Un rappeur qui prend position

Mais ça n’est pas sa seule facette. Abdallah est également maître lorsqu’il s’agit de rap introspectif et mélancolique, dont l’authenticité touche le public. C’est notamment le cas de ses chansons Bref… et Dans mon coin. Mais dans ce domaine, son chef d’œuvre n’est autre que Café allongé. Sorti le 24 décembre 2015, ce morceau est un hommage aux victimes des attentats du 13 novembre de la même année. Un homme assassiné ce soir-là à la terrasse d’un café y écrit une lettre à sa femme, depuis le ciel.

Quel que soit le style qu’il adopte, Abdallah a des choses à dire. C’est un rappeur résolument subversif, qui ne supporte pas que le rap français calque les égotrips venus des États-Unis. C’est ce qu’il dit dans 1435, son morceau le plus abouti, dans lequel il rappe sur un sample de Nina Simone : “On prend des positions, tout ce que le rap français délaissa“. Les conflits du Moyen-Orient le touchent particulièrement. “L’ingérence est une manœuvre néo-coloniale / Pour renverser les ennemis de l’empire comme le Colonel“, dit-il en référence au Colonel Kadhafi.

Nous avons plus que jamais besoin d’artistes subversifs

Abdallah s’attaque également à la société de consommation. Dans son quatrième et dernier freestyle de rue, il débarque en Père Noël dans un centre commercial bondé, en décembre 2014. Et il enchaîne les uppercuts devant les passants : “Ce monde n’est pas ce qu’on t’a promis / Ils te vendent du rêve quand ils font leurs pubs de tho-my [mytho, ndlr]“. Il pose certaines questions : “Souvent le soir, j’me pose des questions compliquées / Les enfants chinois reçoivent-ils les cadeaux qu’ils ont fabriqués ?” Et conclut : “De toute façon ça ne sert à rien de faire l’autruche / Ils changeraient la date de naissance de Jésus pour te vendre une bûche“. Le message est passé.

En mai 2016, il apparaît dans un nouveau morceau, en feat avec les Frères Lumières. Et depuis, plus rien. Silence radio. Alors faisons comme si Abdallah lisait régulièrement Pépère News et adressons-nous directement au rappeur le plus conscient de sa génération.

À l’heure où règnent les clashs entre rappeurs, où le rap squatte les boîtes de nuits et les boums de collégiens, nous avons plus que jamais besoin d’artistes subversifs. À quand ton retour ?

Quelle est votre réaction ?
Excited
0
Happy
0
Hilarious
0
In Love
1
Not Sure
0
Sad
0
Silly
1
Voir les commentaires (0)

Répondre

Haut de la page