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Adieu les cons, l’évolution cohérente d’un cinéma déjanté

Adieu les cons, l’évolution cohérente d’un cinéma déjanté

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L’incroyable succès critique et public d’Au revoir là-haut avait fini d’inscrire Albert Dupontel au panthéon des grands cinéastes français. Trois ans plus tard, l’auteur délaisse le film historique et revient avec Adieu les cons. Une nouvelle œuvre bien différente, et pourtant tellement cohérente.

Prenez une coiffeuse (Virginie Efira) qui veut vivre mais ne peut plus, un informaticien potache (Albert Dupontel) qui veut mourir mais n’y parvient pas. Ajoutez-y un aveugle au regard éclairé (Nicolas Marié) et vous obtenez une aventure hasardeuse et trépidante. Un bref moment pétillant de vie et de sentiments dans ce qui est un des plus beaux films de cette année.

L’aboutissement d’une œuvre

En reprenant un cadre plus actuel, Dupontel laisse libre court à sa plus grande passion : la mise en scène. Il est rare aujourd’hui de voir un film si bien construit de ce côté-là. Car c’est véritablement un travail artisanal qu’il effectue en multipliant les jeux de regards, en jouant sur des reflets, des couleurs, des lumières… Adieu les cons est une merveille plastique assortie du montage le plus abouti de son auteur. Celui-ci frôle la perfection et ne trahit jamais son tempo. Il rythme chaque scène, chaque réplique, chaque mouvement de caméra avec une précision effarante et une énergie folle.

Virginie Efira Adieu les cons
Virginie Efira survole le film avec un talent incroyable. © ADCB Films

Cependant, si l’aventure est toujours aussi effrénée, Dupontel complète son geste de cinéma, déjà entamé dans son œuvre précédente, en plongeant tête la première dans le drame social. Mais si le film réussit avec tant d’aisance à passer du rire aux larmes, c’est bien grâce à une Virginie Efira qui n’en finit pas de montrer son talent. Elle était une grande actrice, elle devient immense. Chaque regard, chaque expression, dégage d’elle une telle palette d’émotions vives et sincères que c’en est troublant. Elle survole le film avec une grâce infinie qui s’envole dans sa conclusion.

Bien sûr, comme toujours, le film est éminemment politique et s’intéresse de très près au thème de la répression (explicite ou implicite). Les personnages principaux ne sont pas des marginaux, c’est la société qui va les marginaliser. Mais contrairement à beaucoup de films du genre, Adieu les cons est moins incisif que désespéré, aussi défaitiste que son titre le laissait présager. Si le traitement des violences policières répond si bien à l’actualité, c’est une totale coïncidence puisque son écriture est en fait antérieure au mouvement des Gilets Jaunes.

“Ce film parle de la difficulté de s’aimer dans un monde répressif et anxiogène.” – Albert Dupontel

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Le trio de tête peut compter sur une troupe de joyeux drilles pour assurer l’absurde. © ADCB Films

Une mutation qui reste fidèle à ses origines

Mais si le mélo est plus prononcé qu’à l’accoutumé, ce n’est pas pour autant que nous sommes en terrain inconnu. En grand amoureux du cinéma de Chaplin, de Keaton et des Tex Avery ou des Monty Python, Dupontel ne délaisse pas ce qu’il affectionne particulièrement : le slapstick, l’humour potache et absurde forment toujours une partie importante de son cinéma. Les répliques fusent, les situations cocasses s’enchaînent et toute la troupe de second rôle s’éclate formidablement.

Le film adopte cette aptitude qu’a Dupontel à attirer notre sollicitude sur le pathétique et d’imprimer une pointe de compassion ou de tristesse dans nos rires. Et Adieu les cons marche totalement sur ce fil, oscillant entre les blagues dramatiques et les drames drôles, mais toujours avec tendresse.

Car après tout, même s’il va jouer sur des terrains qu’on ne lui connaît pas forcément, Albert Dupontel reste ce punk philosophe déjanté, ô combien sensible et humble. Un brillant monsieur qui grandit le cinéma par sa seule présence. Adieu les cons a eu le courage de sortir au cinéma dans ce contexte très difficile pour la culture, la moindre des choses serait de lui donner une chance dans les salles.

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