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Amazonie: après l’émoi, le silence ?

Amazonie: après l’émoi, le silence ?

Amazonie

Depuis quelques semaines, le monde entier constate avec effroi la mort lente du « poumon de la Terre », en vérité entamée par des décennies d’agriculture intensive en Amazonie. Cet événement interroge autant l’action du pouvoir brésilien que le traitement médiatique d’une catastrophe planétaire.

Un constat accablant

Le 21 août dernier, l’agence brésilienne INPE (Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais) signe un rapport choc sur l’état de la forêt amazonienne : 39 194 incendies ont eu lieu depuis janvier, soit 77 % de plus qu’en 2018 sur la même période. La majorité des feux serait provoquée par les défrichages dans des zones inhabitées de forêt ombrophile et envahit désormais les zones peuplées au Nord du pays, y compris les États de Rondônia et Acre. Si le phénomène est fréquent à cette période de l’année, il est accéléré par les prises de position du président Jair Bolsonaro (qui a réduit d’un quart le budget des institutions environnementales du Brésil et limogé la plupart de leurs directeurs).

Trois jours plus tard, la NASA publie des photos montrant l’avancée du feu visible depuis l’espace.

©National Aeronautics and Space Administration.

Comme une traînée de poudre

Il n’en faut pas plus pour que la twittosphère s’enflamme. Artistes, militants, sportifs… De nombreuses personnalités publiques relaient le message sur les réseaux sociaux.

En 6 jours, les hashtags PrayForAmazonia, PrayForTheAmazon et PrayForAmazon génèrent plus de 814 000 tweets. Dans le monde entier, des milliers de personnes se réunissent devant les ambassades brésiliennes à l’appel du mouvement de Greta Thunberg, Fridays for future. Le Président Emmanuel Macron se joint à la mobilisation et affirme le 23 août qu’il ne signera pas l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Mercosur, censé appliquer les engagements de Paris dans la lutte contre le réchauffement climatique. Cette annonce forte, à quelques jours du G7 à Biarritz, ferait presque oublier les décisions du gouvernement d’accepter les conditions du CETA, accord pourtant peu soucieux des enjeux environnementaux… sans parler du projet de privatisation des Aéroports de Paris et de ses conséquences probables. L’Amazonie, bien commun de l’humanité, serait-elle de ces causes qui mettent tout le monde d’accord ?

Des ennemis désignés

En vérité, la mobilisation pour l’Amazonie n’a fait que raviver les tensions dans un espace public toujours plus anxiogène.

Les médias traditionnels, d’abord, ont souvent été accusés de cacher l’information initiale quand elle se propageait partout sur les réseaux sociaux. Entre les premières alertes mi-août et les unes du New York Times ou de Libération se sont certes écoulés plusieurs jours mais, ceux-ci ne sauraient faire oublier les articles de fond qui ont suivi depuis. A l’inverse, les threads Twitter n’ont pas échappé aux fakes news, comme cette image partagée en masse représentant un incendie géant prise par un photographe décédé en 2013.

Voir aussi

https://twitter.com/sidoyah/status/1163868705400512512

Bolsonaro, ensuite, n’a cessé d’alimenter la polémique. Après avoir accusé les ONG d’être responsable des départs de feu, le président brésilien a refusé l’aide de 30 millions d’euros accordée par le G7 pour la reforestation des zones sinistrées (avant de revenir sur sa décision quelques jours plus tard). « Personne n’a besoin d’une nouvelle initiative sur l’Amazonie », a expliqué son ministre des affaires étrangères pendant que lui, s’amusait à insulter Brigitte Macron sur Twitter. La passe d’armes entre les deux chefs d’Etat a été longuement analysée, bien plus en tout cas que les solutions pour sortir de la crise.

Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro, ici lors du sommet du G20 à Osaka, le 20 juin (AFP).

Et maintenant ?

C’en serait presque futile, c’en serait presque drôle si l’enjeu n’était pas si énorme. Au mois d’août 2019, 1 700,8 km² de forêt ont disparu en Amazonie. Les hashtags se font plus rares, les arbres aussi. En plus d’anéantir les capacités de régulation atmosphérique de l’Amazonie, les feux de forêt rejettent des gaz toxiques et menacent de mort les populations indigènes. Quant aux prétendus intérêts économiques avancés par Bolsonaro, ils pourraient bien disparaître avec le risque de boycott des exportations agro-industrielles du Brésil.

Des solutions s’offrent même à nous, étudiants lillois. « Nous avons besoin du soutien de la population. Pas seulement de dons financiers, mais aussi d’un changement de comportement. Il faut faire attention aux produits achetés, pour ne pas soutenir la production de soja [en très grande majorité utilisé pour nourrir les animaux d’élevage, ndlr], repenser la construction des routes dans l’Amazonie, la construction des barrages hydroélectriques, des voies ferrées », explique le chef indien Raoni Metuktire, 89 ans.

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Depuis le 12 août 2019, le moteur de recherche Ecosia, qui plante des arbres en fonction du nombre de recherches, a gagné 230 000 nouveaux utilisateurs.

Pourtant soyons lucides : les petits gestes ne suffiront pas. Le problème n’est pas tant l’hypocrisie des uns ou la démagogie des autres, c’est un feu contre lequel on doit lutter. Sous la pression de la communauté internationale, Bolsonaro a finalement accepté l’aide financière de l’étranger, sans toutefois renoncer à ses arguments nationalistes. La mobilisation pour l’Amazonie doit se poursuivre hors de Twitter, sans que les querelles politiciennes ne viennent en attiser les braises. Il en va de notre survie.

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