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Covid-19 à Lille, les bars se vident

Covid-19 à Lille, les bars se vident

Bar avant la crise sanitaire
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Alors que le gouvernement ajoute un énième tour de vis à la réglementation des bars, le monde de la nuit lillois se trouve de plus en plus en difficulté. Entre un chiffre d’affaire qui ne suit plus, des contrôles répétés et la crainte de nouvelles restrictions, les bars sont sous pression.

Rue Masséna, un jeudi soir de septembre. L’an dernier à la même époque, traverser la rue d’un bout à l’autre était mission impossible, mais aujourd’hui, elle est presque vide. À l’entrée d’un bar, on nous indique une table où nous asseoir. Pas question de boire son verre debout. La pression se ressent entre les employés : “Tu leur as pas dit de commander au bar ?”. Un peu avant minuit, quand l’ambiance s’installe, les rideaux tombent. C’est l’heure de fermer. Les soirées étudiantes lilloises si réputées ne sont plus qu’un lointain souvenir, et une légende pour les nouveaux arrivants.

Six mois d’incertitude

Les patrons et employés de bars, eux, sont en difficulté depuis déjà six mois. Mardi, à 22 heures 30, ils se rassemblaient à Grand Place pour protester contre les nouvelles mesures sanitaires. L’organisation de cette manifestation fait suite à l’annonce de la fermeture des bars à 22 heures après le placement de Lille en zone d’alerte renforcée.

Gilles Peron, propriétaire du Base-Camp depuis 2018, regrette que l’État ne se renseigne pas plus auprès des professionnels, vis-à-vis des mesures prises concernant les bars. En effet, il explique que très peu de clusters se forment dans les bars et restaurants, contrairement à la sphère familiale – troisième lieu dans lequel se forment le plus de clusters. “Quoi de pire pour renvoyer tout le monde dans cette sphère que de fermer les lieux de détente où un protocole sanitaire strict est respecté ?” déplore-t-il.

Tension avec les autorités

De plus, les mesures ne cessent d’être durcies. Une pression “malsaine” concernant le respect de ces règles les fait travailler “la peur au ventre”, explique Gilles Peron. “La police peut débarquer et sanctionner à tout moment. Nous craignons tous un policier mal luné un soir qui ferait du zèle pour un client qui aurait été quelques secondes sans masque.”

Cependant, il assure qu’il n’a personnellement pas eu de problèmes avec les forces de l’ordre, avec qui il a pu dialoguer. Cela n’a pas été le cas pour de nombreux bars : 54 dossiers ont été transmis pour des fermetures administratives de bars qui ne respectaient pas les consignes. 17 fermetures ont déjà été engagées, et cinq prononcées.

Le dialogue passe moins bien avec la préfecture et la mairie. La mesure de fermer les bars plus tôt le soir de la braderie à été communiquée au dernier moment : “J’ai personnellement appris à 17 heures que nous devions fermer à minuit. C’est la bonne volonté d’un voisin de me l’avoir dit. Il y a une rumeur qui dit qu’un agent est venu prévenir un établissement le matin vers 9 heures… Alors que nous sommes des établissements de nuit.”

Les oubliés de la crise de la Covid-19 ?

En ce qui concerne l’annonce de la fermeture des bars à 22 heures, celle-ci a été reçue comme un coup de massue : “Notre chiffre est réalisé de 23 heures à 2 heures. Avec la fermeture à minuit, les clients avaient compris qu’il faudrait venir plus tôt pour pouvoir se détendre autour d’un verre en écoutant de la musique. Nous retomber dessus et nous obliger à fermer à 22 heures revient à dissimuler une fermeture forcée sans dédommagement. De 15 heures à 22 heures, je ne rembourse même pas le coût d’un seul employé.”

Les employés se sont eux aussi retrouvés en grande difficulté. Huit ont perdu leur emploi au Base Camp. Le DJ, le portier et le barman, qui ont pu conserver leur emploi, ont vu leur salaire diminuer de moitié. Le gérant du bar, lui, s’est reconverti en placeur : “J’indique aux clients une table disponible en fonction de leur nombre, avec un maximum de 8 personnes.” Ils accueillent environ 40 personnes de manière simultanée, même pas de quoi faire un chiffre d’affaire correct.

Du côté des aides provenant de l’État, elles ne sont qu’un écran de fumée pour le gérant du bar. Tout comme les autres entreprises, les bars ont touché 1.500€ par mois durant le confinement, “cela paie à peine les charges d’avocat et de comptable”. Pour ce qui est des discothèques, Gilles Peron, dont l’entreprise a le double statut bar et discothèque, explique que celles-ci sont dans une situation critique : “Je n’en connais aucune qui a eu le moindre dédommagement, et personne ne les écoute. Elles sont littéralement en train de crever.”

“Beaucoup ne s’en relèveront pas.” Gilles Peron, gérant de bar

Peu de gens au bar
Le bar Base camp à 22h30 le 26 septembre. © Gilles Peron

L’État avait pourtant mis en place une aide de 15.000€ par mois pour les discothèques, qui devait les aider à payer les coûts fixes, mais Gilles Peron assure que presque aucun établissement n’est éligible à cette aide. “J’en connais une [discothèque] qui a obtenu un prêt de 82.000€ pour survivre et qui a déjà englouti 70.000€ sans même avoir aucune date de réouverture.” Des boîtes qui, pour beaucoup, demandent pourtant à être autorisées à fonctionner comme des bars.

Une fin d’année qui promet d’être rude pour les professionnels de la nuit, et longue pour les Lillois qui passeront un hiver sans l’ambiance chaleureuse des bars de la ville.

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