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Covid-19, des étudiants du monde témoignent #4 : le bout du tunnel pour l’Empire céleste ?

Covid-19, des étudiants du monde témoignent #4 : le bout du tunnel pour l’Empire céleste ?

C’est le pays depuis lequel tout est parti. Fin novembre, en Chine, les premiers cas d’un mystérieux virus apparaissent, rapporte le New York Post. Il s’agit finalement du coronavirus, qui a depuis contaminé plus d’un million de personnes sur tous les continents. La Chine elle-même a déjà recensé plus de 83 349 cas et 3 326 décès de Covid-19 sur son territoire, selon les chiffres officiels. Mardi 11 mars, en visite à Wuhan, berceau de l’épidémie, le président chinois Xi Jinping a triomphé : « La propagation de l’épidémie est pratiquement jugulée ». 

Zhu, jeune chinoise de dix-neuf ans, a accepté de témoigner pour le Pépère News. Étudiante à Neoma Bussiness School à Rouen, elle est rentrée en Chine, afin d’être confinée avec sa famille. Elle nous partage ses inquiétudes, ses doutes, et son espoir. Son prénom a été modifié.

Le confinement : « un bout de fenêtre pour seul horizon »

Confrontée au coronavirus, la deuxième économie du monde a pris une décision radicale : mettre le pays en quarantaine depuis le 24 janvier. Tout l’appareil sécuritaire du régime communiste s’est ainsi reconverti en dispositif de contrôle sanitaire et social, grâce à une masse d’agents zélés. Depuis la révolution maoïste, dans chaque quartier, chaque rue, chaque résidence, chaque entreprise, des agents du Parti ont pour mission d’observer, de contrôler, de rapporter, d’informer. Désormais, ils sont « chargés de barricader, d’inventer chaque jour des règles plus strictes pour contraindre chacun à l’immobilité » détaille Zhu.

Si elle approuve ces mesures, elle reste « très inquiète et effrayée par ce virus ». Elle explique également qu’en tant que Chinoise elle comprend mieux les conséquences du Covid-19 que la plupart des étrangers, « parce que nous avons été les premiers à être touchés ». Elle s’indigne donc que certaines personnes ne prennent pas cette épidémie au sérieux car « même quand le monde sera guéri, le virus laissera de larges séquelles », lâche-t-elle dans un soupir. « Pour moi, le confinement, c’est un bout de fenêtre pour seul horizon, mais on s’y fait, il n’y a pas le choix ».

Parmi les mesures prises par le gouvernement chinois, seuls les résidents peuvent désormais entrer dans « les unités de quartier après avoir montré un laissez-passer, ainsi que leur pièce d’identité, et s’être plié à un contrôle de température » témoigne Zhu. Elle poursuit en expliquant qu’une seule personne par foyer est autorisée à sortir tous les deux jours pour se réapprovisionner. En ce qui concerne les entreprises, elles ont reçu pour consigne de placer les salariés en télétravail. « Dans la rue, des haut-parleurs hurlaient aux gens de ne pas sortir de chez eux », décrit-elle. Pour Zhu, ces mesures sont très utiles et permettent de contenir le virus. Elle se félicite d’ailleurs que la population coopère en les respectant.

Le Covid-19, source de tensions ?

Le confinement est loin d’être une période de repos. L’Empire du milieu a notamment assisté à une augmentation des violences conjugales et policières. Ainsi, selon des médias chinois, le nombre de demandes de divorce aurait explosé dans certaines villes, sans parler des dépressions. « En Chine, on travaille beaucoup, on n’a pas l’habitude d’être réunis au quotidien », rapporte Zhu. L’impossibilité de sortir de sa maison n’a cependant aucun effet pour cette jeune Chinoise. « Je peux passer plus de temps avec ma famille et plus de temps à étudier de façon indépendante. Les cours de notre école sont dispensés en ligne et ça me va très bien. Je sais cependant que ce n’est pas le cas de tout le monde ».

« La quarantaine a aussi des conséquences psychologiques sur ceux qui subissent ces longues périodes d’isolement », affirme Chee Ng, professeur de psychiatrie à l’université de Melbourne. « On perd notre routine lorsqu’on est confiné et, plus généralement, on réduit notre activité physique : les sorties extérieures, le sport », explique-t-il, également directeur du Centre de collaboration et de santé mentale Asie-Australie de l’hôpital St Vincent de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Zhu raconte aussi que « des vidéos de violence entre des manifestants et la police circulent sur les réseaux sociaux ». Les vidéos sont authentiques et semblent avoir été réellement filmées sur un pont entre les provinces de Hubei et celle de Jiangxi. Les circonstances de ces incidents ne sont pas tout à fait claires mais il s’agit vraisemblablement d’un conflit entre les forces de l’ordre des deux provinces suite à la fin de certaines restrictions de déplacements pour les personnes bloquées dans le Hubei suite à l’épidémie de Covid-19.

Des chiffres erronés ?

Selon le professeur de microbiologie et ancien directeur de l’institut Pasteur de Lille Patrick Berche, « il est peu probable que la Chine ait eu si peu de morts, moins de 5.000, quand des pays comme l’Italie comptent presque 14 000 décès du coronavirus ». La Chine est également suspectée d’avoir une énorme responsabilité dans le départ de la pandémie en retenant, entre fin décembre et début janvier, des informations qui auraient permis de contrôler la diffusion du virus à l’intérieur de ses frontières, et aux pays étrangers de mieux se préparer.

Si Zhu n’est pas au courant de « ces secrets », elle indique « ne pas être surprise ». « En Chine, le traitement médiatique est totalement contrôlé, ce n’est pas étonnant que le Parti étouffe certaines informations, même si c’est déplorable au XXIème siècle ». Elle explique cependant savoir que toutes les victimes ne reçoivent pas de traitement. Un journaliste sur place le confirme. « Plusieurs hôpitaux réservés aux soins du coronavirus dans le district de Wuchang ont refusé d’accueillir une personne symptomatique, probablement par peur d’impacter les données officielles annoncées. »

De même, en Chine, deux « journalistes citoyens », qui enquêtaient sur  la crise sanitaire engendrée par le coronavirus, ont mystérieusement disparu depuis plusieurs jours. De grandes organisations internationales pointent directement du doigt les autorités chinoises.

Le (presque) retour à la vie normale

La vie semble reprendre son cours lentement. Une reprise progressive, puisque les aéroports ne rouvriront que le 8 avril, mais certaines gares accueillent à nouveau les trains et les rues sont animées. « On voit ces derniers jours des files d’attente devant les centres funéraires où les familles ont été autorisées à venir chercher les urnes contenant les cendres de leurs défunts », détaille Zhu.

« La vie reprend doucement : les bureaux ont pu rouvrir il y a trois semaines, ainsi que certains commerces avec des autorisations. Les parcs ont rouvert ce week-end, et les malls [les grands centres commerciaux, ndlr] il y a quelques jours, mais avec des horaires aménagés pour que la fréquentation soit étalée tout au long de la journée. Même chose dans les transports en commun où on incite les gens à ne pas les prendre à la même heure, pour éviter que trop de monde se trouve regroupé dans un même espace. » poursuit-elle.

Quant à Wuhan, le berceau du coronavirus a commencé à se rouvrir au monde extérieur. Mais ce que redoute désormais la ville chinoise après deux mois d’isolement, c’est que la maladie ne revienne, véhiculée par ses habitants exilés ou par les étrangers. Un dé-confinement progressif, certes. Mais partout et tout le temps, les masques sont obligatoires. Impossible de travailler sans. Impossible de se déplacer sans. Un contrôle de la température est inévitable et le reste de ville est surveillée par géolocalisation via les téléphones portables. Les écoles et universités, quant à elles, restent fermées pour le moment. Ces lourds contrôles sont nécessaires pour prévenir une seconde vague épidémique.

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