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Covid-19, des étudiants du monde témoignent #5 : le virus répand la psychose en Espagne

Covid-19, des étudiants du monde témoignent #5 : le virus répand la psychose en Espagne

Drapeau Espagne

Avec plus de 12 000 décès et 130 000 cas confirmés, l’Espagne est le deuxième pays le plus touché par l’épidémie de coronavirus en Europe. La population redoute l’évolution de la situation, alors que les autorités sanitaires annoncent une diminution du nombre de contaminations.

Funeste annonce en ce jeudi 2 avril, l’Espagne a franchi la barre des 10 000 victimes du coronavirus après avoir enregistré un nouveau record de décès : 950 en 24 heures. Officiellement, le premier cas de coronavirus sur le territoire espagnol est recensé le 31 janvier. Il s’agit d’un touriste allemand en vacances aux Canaries. Le premier décès est quant à lui déclaré le 3 mars. Depuis, les autorités sanitaires du pays ont dénombré plus de 130 000 cas de contaminations et 12 000 décès, tout en précisant que le nombre de nouveaux malades continuait de diminuer. L’Espagne concentre tout de même plus de 10% des personnes contaminées dans le monde. C’est aujourd’hui le deuxième pays européen le plus endeuillé par l’épidémie de Covid-19, derrière l’Italie. L’épicentre de l’épidémie se trouve dans sa capitale, Madrid.

Situation critique

Le 14 mars, le gouvernement de Pedro Sanchez instaure l’état d’alerte pour quinze jours. Il reconduit ensuite cette période de quarantaine jusqu’au 25 avril au moins. Le gouvernement envoie l’armée pour déplacer les malades, construire des hôpitaux d’urgence et désinfecter les lieux publics. Cette crise sanitaire impacte lourdement une économie espagnole déjà en difficulté et surtout très inégale selon les régions. Le ministère du Travail a d’ailleurs annoncé une hausse de plus de 300 000 demandeurs d’emploi au mois de mars et a estimé que près de 900 000 travailleurs avaient été licenciés depuis le début de l’épidémie. Le chômage forcé place en difficulté de nombreux ménages précaires. Un appel général à ne plus payer ses loyers a ainsi été lancé. Cette grève générale inédite se veut une réponse à des aides sociales promises par l’État mais jugées insuffisantes.

Juan-José Giner-Sirvent habite un village situé proche d’Alicante, dans la Communauté valencienne. « En ce moment, la situation en Espagne est critique. Ici, la situation est pire chaque jour. Je ne sais pas comment nous allons nous en sortir » explique-t-il. Rentré de son séjour Erasmus à Aix-en-Provence dès qu’il a su que le confinement total approchait, il attend maintenant d’avoir l’autorisation de retourner dans sa chambre d’étudiant pour récupérer ses affaires. Il étudiait les lettres en France et suit désormais ses cours à distance, par Internet. « Mais c’est très mal organisé, on rencontre beaucoup de problèmes. »

Juanjo nourrit ses animaux tous les matins pendant cette période de confinement.

Juanjo vit à la campagne. « Il y a de l’espace, donc plus de liberté, et c’est tranquille. » Son père travaille dans le bâtiment, il n’a pas le droit d’aller travailler. En effet, le gouvernement espagnol a durci ses mesures de prévention en interdisant toutes les activités « non-essentielles ». « On ne peut pas sortir de chez soi, ou seulement pour travailler 6-7 heures par jour si on a une pharmacie, si on est médecin ou policier, ou si on travaille dans une entreprise alimentaire. » Pour ses besoins personnels, « on ne peut sortir qu’une fois par semaine pour acheter de la nourriture » ou aller chez un spécialiste. Comme en France, la police dresse des procès-verbaux et applique des amendes si les habitants ne présentent pas de justificatif lors des contrôles.

Monotonie

Juan-José regrette que « les voisins dénoncent ceux qui ne respectent pas les règles. » Mais il ajoute qu’ « il y a aussi beaucoup de solidarité en ce moment. Par exemple, à 20 heures tout le monde sort sur son balcon pour applaudir le personnel soignant et animer la soirée. » Dans la journée, Juanjo se lève tôt pour nourrir ses animaux, il regarde un peu la télévision, fait du sport en extérieur, prépare ses cours. « J’ai peur de tomber dans la monotonie, de faire tous les jours la même chose. »

Quand on lui demande son avis sur la situation actuelle dans son pays, le jeune homme déclare : « À mon avis, les Espagnols n’ont pas pris au sérieux ce virus au début. Ils n’ont pas pris de mesures de prévention pour ralentir les contaminations. » À l’image de nombreux pays européens et du monde, l’action du gouvernement espagnol a été critiquée. Sa gestion de la crise sanitaire a été décrite comme insuffisante puis tardive et inefficace. Au vu de la dégénération de l’épidémie, la psychose s’est emparée de la population.

Perte de confiance

Illustration de cette crainte avec une anecdote concernant un ami de Juanjo. « La copine d’un ami est venue de Madrid s’installer avec lui. Mais ses colocataires ont refusé qu’elle reste chez eux par peur qu’elle ait le coronavirus et qu’elle les contamine. En ce moment, ils louent un Airbnb pour se mettre en quarantaine. » Cette histoire correspond aux témoignages de provinciaux français inquiets par l’arrivée de Parisiens dans leurs petits villages. Autre fait-divers qui inquiète Juanjo : « Une ministre est contaminée. Tu te rends compte si même les ministres sont contaminés ? C’est fou ! » Cette nouvelle traduit aussi la perte de confiance des Espagnols en le pouvoir de leurs dirigeants pour endiguer l’épidémie.

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