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Covid-19, des étudiants du monde témoignent #7 : La Vallée du Nil se voile la face

Covid-19, des étudiants du monde témoignent #7 : La Vallée du Nil se voile la face

Les pays africains sont les pays les moins affectés par l’épidémie de Covid-19 par rapport à l’Europe ou l’Amérique. Parmi les 88 338 victimes officielles dans le monde, on en dénombre  plus de 5000 en Afrique. Le territoire égyptien dénombre quant à lui 1 503 cas confirmés, dont 103 décès. Farida Abouzeid, jeune égyptienne de dix-huit ans, a accepté de témoigner pour le Pépère News. Étudiante en communication au Caire, elle confie avoir peur du virus mais faire confiance au Gouvernement.

Du chef d’État botswanais au Premier ministre ivoirien, sans oublier les généraux égyptiens et le décès d’une vice-présidente de l’Assemblée burkinabè, en Afrique, les représentants politiques sont particulièrement touchés par le Covid-19, continent où l’expansion de la pandémie ne fait que commencer. “On dit que c’est la maladie des élites mondialisées. Ce sont les personnes qui voyagent ou qui sont en contact avec celles-ci qui sont les plus touchées. En tout cas, au début. En Afrique, c’est le cas des politiques” souligne le politologue ivoirien Jean Alabro.

Un virus étouffé par une liberté de la presse bafouée

Il ne fait pas bon d’être journaliste dans l’Égypte du maréchal Al-Sissi, étant l’un des derniers pays au monde en matière de liberté de la presse – selon Reporters sans frontières qui l’a classé l’an dernier au 163ème rang mondial. Le Covid-19 est donc une occasion rêvée de durcir la censure pour le président Al-Sissi. Celui-ci fait ainsi la chasse aux “fausses informations” concernant l’ampleur de l’épidémie, quitte à réagir trop tardivement dans un pays dont le système de soin est délabré.

Pourtant, les chiffres sont là. On ne compte pas 3 mais 1 503 victimes du virus à ce jour. Le Canadien Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital général de Toronto, le confirme dans son étude. Il estime que le nombre de personnes contaminées en Égypte est probablement très supérieur aux chiffres officiels. Il se base notamment sur les cas de plus de 220 ressortissants étrangers contaminés et sur les registres de vols. L’étude a estimé que le nombre de cas pouvait s’élever en Égypte à “plus de 19 000, au minimum à 6 000 tout début mars, à une période où les autorités n’en affichaient que trois.

On est nombreux, en Égypte, à déplorer le manque de transparence des autorités égyptiennes” s’exaspère Farida. Toutefois, ces dernières s’en défendent en expliquant avoir “créé un site d’informations et commencé à tester les cas suspects”. Ainsi, la semaine dernière, le seul laboratoire de dépistage du Caire avait été pris d’assaut par des centaines d’Égyptiens travaillant dans le Golfe, après l’annonce par l’Arabie saoudite que seuls les travailleurs disposant d’un certificat prouvant qu’ils ont été testés négatifs pourraient entrer sur leur territoire.

Un confinement sous (nombreuses) conditions

Il aura fallu attendre la mort de deux Généraux égyptiens, mi-mars, pour que la Vallée du Nil mette en place “des conditions drastiques” afin d’endiguer le virus, témoigne Farida. “La première semaine, on a commencé avec 15 conditions, puis cela a augmenté de jour en jour jusqu’à atteindre 294 conditions, à la troisième semaine. Ce chiffre n’a pas augmenté depuis, et on est à la cinquième semaine”, s’enthousiasme-t-elle.

Si son inquiétude s’efface au fil du temps, son quotidien reste bouleversé par le confinement. “Le président nous a donné deux semaines de congés en ordonnant la fermeture des écoles et des universités, mes cours sont désormais en ligne. Il a aussi mis en place un couvre-feu de 19h à 6h. C’est très ennuyant, voilà maintenant deux semaine que je n’ai pas pu sortir. Mais c’est la quarantaine, il faut rester à la maison et se laver les mains”.

Elle explique aussi que Le Caire a imposé la fermeture des cinémas et des théâtres, ainsi que l’annulation des événements sportifs et la suspension des prières. En ce qui concerne les cafés, restaurants, centres commerciaux et lieux de divertissement, ils peuvent rester ouverts la journée. Toute violation de ces mesures expose leur auteur à l’application de “sanctions prévues par la législation en vigueur en Égypte, y compris à une peine d’emprisonnement”, détaille Farida. Lorsqu’une personne est testée positive au Covid-19, elle est envoyée en ‘quatorzaine’ dans un hôpital égyptien. Quant aux autres conditions, elle n’a pas souhaité les communiquer.

Le tourisme en berne

Si l’Égypte a lancé une grande campagne de désinfection des pyramides de Gizeh, cela n’a pas empêché le tourisme de sombrer. “Nous commençons par désinfecter l’entrée des visiteurs dans la zone archéologique, y compris les portes, le point de contrôle aux rayons X et les guichets, et même la passerelle qui mène à la Grande Pyramide”, explique Ashraf Mohi Elden, responsable de la nécropole des pyramides de Gizeh. Depuis le début de l’épidémie mondiale, le gouvernement égyptien a nié l’existence de tout cas positif à Louxor – région la plus touristique -, préférant se concentrer sur la saison touristique hivernale, mais cette stratégie a désormais échoué. Les tests médicaux effraient les touristes et ont mis à l’arrêt la plupart des villes populaires d’Égypte.

Le tourisme est l’une des principales ressources en Égypte, et l’hiver est habituellement la saison la plus touristique pour les villes antiques de Haute-Égypte”, rapporte Farida. Comme des milliers d’habitants de la région, son père travaille dans le tourisme et ses revenus en dépendent. “C’est un désastre pour de nombreux ménages, pas seulement à Louxor mais dans toute la Haute-Égypte”, poursuit-elle.

La Banque centrale d’Égypte (CBE) a toutefois récemment annoncé l’octroi aux établissements touristiques de prêts pour faire face aux dépenses économiques dans le cadre de la lutte contre le virus. Le joueur de foot Mohamed Salah a également fait un don de 1,1 million d’euros soit 720 millions CFA. L’objectif est d’aider les hôpitaux à contenir cette pandémie. “C’est le comportement d’un véritable Égyptien, qui est l’un des plus grands symboles de l’histoire du sport dans ce pays”, s’est réjoui Khaled Abudlaziz, ancien ministre égyptien de la Jeunesse et des Sports.

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