MobiLille, association de défense des usagers de transports en commun dans la métropole lilloise, s’est réunie le 9 octobre devant le siège de la MEL en réaction à des dysfonctionnements récents du métro lillois. Son objectif : réclamer une meilleure qualité de service et de tarification pour les transports en commun de la métropole. Se sont joints à leur appel des élus et usagers, une heure seulement avant la tenue du conseil régional.
Le 16 septembre 2026, une panne de métro force 5.000 usagers à évacuer par eux-mêmes des rames à l’arrêt, seuls à travers les couloirs de la ligne 1. MobiLille prend la défense des usagers des transports en commun lillois depuis la crise de l’amiante de 2024, et réagit aussitôt au dysfonctionnement. Deux jours plus tard, l’association publie une pétition contre les hausses tarifaires. Elle a récolté plus de 2.000 signatures au moment de la mobilisation du 9 octobre.
L’association a appelé à un rassemblement devant le siège de la MEL, où se déroule dès 17h le conseil métropolitain. La question des transports est inscrite à l’ordre du jour. Des membres d’associations d’usagers et des élus ont répondu présent et ont exprimé leur soutien aux revendications de MobiLille.
La gratuité comme urgence, ou horizon
Le rassemblement organise une prise de parole à laquelle prennent part les représentants de quatre groupes politiques et deux associations. Au centre du débat, la gratuité des transports dans la MEL. Elle est appliquée depuis 2022 aux moins de 18 ans. La présidente du groupe Métropole Durable et Solidaire propose de l’étendre à certains groupes sociaux : les jeunes, et ceux dotés de moins de ressources. L’Union des Voyageurs du Nord envisage plutôt une gratuité ciblée sur les weekends suivant le modèle nantais, afin de dynamiser les centres-villes. Éric Bocquet (Gauche Métropolitaine) a lui, adressé une demande écrite sur la gratuité au président de la MEL. Il considère ce choix politique comme un enjeu écologique, tant qu’économique pour les usagers.
Pour la pétition à l’origine du rassemblement, la gratuité est plutôt un horizon. MobiLille et les signataires ont trois objectifs concrets : ils exigent de la métropole qu’elle renonce à la dernière hausse tarifaire, conditionne les futures hausses à une qualité de service documentée et garantisse une communication claire en cas de dysfonctionnement sur le réseau.
Mattéo Ferrux, président de MobiLille, notera en privé à la fin de l’échange que tous les élus « de droite » (majoritaires au conseil) seraient passés « en catimini » à côté du cercle réuni devant le siège métropolitain.
« Je crois encore peut-être au père noël… »
Pour Lahouaria Addouche (Métropole Insoumise, Écologiste et Solidaire, MIES), interviewée en marge du cercle de parole, l’éxécutif de la MEL a un « problème de démocratie ». Elle avance que les décisions politiques sont en fait subies par les métropolitains concernés. Justement, le groupe Métropole Écologiste, Citoyenne et Solidaire a affirmé sa volonté démocratique en recevant des étudiants et lycéens sur la question des transports dans la MEL. Les lycéens interrogés font le même constat que les élus, c’est à dire un vaste décalage entre le prix des transports dans la métropole et l’efficacité du service.
© Amaury Crocquefer / MobiLille
Des usagers des transports en commun de la MEL sont aussi présents pour la mobilisation. Serge Havet, président de l’Action Chômage Lille métropole, était bloqué dans la panne du 16 septembre. Il déplore avant tout le manque d’information lors de l’incident, mais aussi, en tant que voyageur régulier, l’insécurité induite par la hausse tarifaire. D’autres personnes sont présentes en tant qu’usagers des transports en commun métropolitains : un étudiant de l’Université de Lille met en avant la mauvaise desserte de son campus, Cité scientifique. Il demande, hormis une évidente meilleure qualité de service, l’écoute active des usagers par la MEL.
Pour répondre à la demande de consultation des passagers, la MEL a annoncé la réunion d’un groupe de travail sur la tarification des transports en commun. Il se tiendra en décembre de cette année 2026, avec la présence des conseillers métropolitains (mais pas des associations représentantes des usagers). Dans le cercle de parole, un élu du groupe Insoumis ironise : « Je crois encore peut-être au père noël ». Son groupe s’inquiète de la prise en charge tardive de la question des tarifications par la présidence métropolitaine.
Pendant le conseil : division sur l’urgence de la révision tarifaire
Lors du conseil métropolitain, 45 minutes sont dédiées à la question des transports en commun. Le président E. Skyronka s’engage à assurer une meilleure information et gestion pour les passagers subissant les perturbations : il a instauré des rendez-vous mensuels avec Keolis (l’opérateur d’Ilévia) et surtout Alstom (le constructeur des nouvelles rames « BOA » de la ligne 1), dont le matériel défectueux fut la cause des problèmes de communications le 16 septembre.
© Amaury Crocquefer / MobiLille
Eric Skyronka compte centrer le groupe de travail de décembre prochain sur une « potentielle évolution » de la tarification. P. Kolebacki (MIES) évoque à ce sujet la « précarité mobilité » subie par les passagers réguliers de la MEL. Il souligne également l’urgence d’assurer une meilleure qualité de service et d’envisager une expérimentation de la gratuité en s’inspirant de voisins régionaux comme Dunkerque. Il estime essentiel de ne “pas prendre le train en marche” : pour lui « il est temps, plus que temps » de s’inspirer de ces villes engagées pour des transports gratuits. Le président de la MEL réplique : “Je n’ai jamais dit que nous nous poserons la question sur la gratuité”.
Un débat qui « mérite mieux que des postures et des slogans »
MobiLille, à l’origine du rendez-vous de ce 9 octobre, n’attendait pas de réponses lors du conseil métropolitain du jour. La MEL considère même que le débat sur la gestion des transports « mérite mieux que des postures et des slogans« , une pique adressée aux quelques 50 personnes réunies devant le siège.
L’association d’information et défense des usagers choisit alors de placer ses espoirs dans l’audience qui lui a été accordée par le président de la MEL Eric Skyronka pour le 26 octobre. Mattéo Ferrux soulige le progrès que cela représente pour le gouvernement métropolitain : il espère une ouverture du dialogue grâce à ce pas en avant. Depuis, l’échange a bien eu lieu. Face au refus de la présidence d’indemniser les passagers concernés par la panne, MobiLille appelle dans son dernier communiqué à une nouvelle mobilisation sur le parvis du centre métropolitain ce 11 décembre.
