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EDITO – En Australie, une catastrophe doublement prémonitoire

EDITO – En Australie, une catastrophe doublement prémonitoire

David Gray / Getty Images

L’absence totale de réponse politique aux incendies australiens montre l’incapacité abyssale des chefs d’États à répondre aux problématiques environnementales.

Depuis septembre dernier, des incendies sans précédents ravagent l’Australie. À ce jour, plus de 5 millions d’hectares de forêt sont partis en fumée. Plus d’un milliard d’animaux sauvages ont péri dans les flammes. Comment expliquer l’ampleur de la catastrophe ? Les scientifiques sont clairs. Les feux de brousse ont toujours existé en Australie. Mais l’ampleur incroyable qui caractérise ceux qui sévissent actuellement s’explique par l’émergence simultanée de phénomènes météorologiques extrêmes : températures records, vents violents, grandes sécheresses. Or, ces mêmes scientifiques n’ont de cesse de clamer que le lien entre ces phénomènes naturels inhabituels et le réchauffement climatique est évident.

C’est un fait : à cause de la crise climatique dont nous observons les prémices australiennes, ce genre de catastrophe naturelle va aller en se généralisant, partout dans le monde. Il est donc intéressant d’observer la réaction des dirigeants politiques du pays. Fin décembre dernier, alors que les incendies sont à leur apogée, le Premier ministre australien Scott Morrison est en vacances, à Hawaï. Le vice-Premier ministre déclare que ceux qui voient une connexion entre ces incendies et le réchauffement climatique sont « des tarés de centre-ville ». De septembre à décembre, Scott Morrison a refusé de débloquer un centime pour lutter contre les incendies. S’il a fini par céder en janvier, débloquant 1,2 milliards de dollars australiens pour la reconstruction, il n’a rien fait pendant quatre mois. Rien. Pendant 120 jours.

Photo de Jenny Evans pour Getty Images.
L’artiste australien Scott Marsh a dénoncé la désinvolture de Scott Morrison. © Jenny Evans / Getty Images.

Mais après tout, comment s’étonner de cette absence totale de réaction ? Scott Morrison a travaillé à la tête de lobbys fonciers et touristiques pendant près de vingt ans. Depuis 2007 il a successivement occupé quatre ministères différents, avant de devenir Premier ministre en août 2018. Depuis qu’il a fini ses études, il n’a jamais travaillé autre part que dans les mondes de l’argent et du pouvoir. La question est la suivante : est-il qualifié pour faire face à des incendies de forêt ? En décembre, une femme enceinte refuse de lui serrer la main, et déclare : « Je vous serrerai la main quand vous débloquerez des fonds ». La réaction du Premier ministre australien est terrible : il s’écarte sans rien dire, feignant de ne pas entendre la jeune femme.

Ils sont à des années-lumière de considérer une forêt qui brûle comme une catastrophe

Il ne l’ignore pas par arrogance ou par mépris, mais simplement car il n’a aucune réponse à lui apporter. Scott Morrison est un financier, un bureaucrate, exactement comme le sont Vladimir Poutine, Donald Trump, Emmanuel Macron ou Justin Trudeau. Son absence de réaction face à la catastrophe que vit actuellement son pays est un avant-goût des futures inactions des dirigeants du monde entier. Depuis qu’ils sont adolescents, tous n’ont jamais rien fait d’autre que de travailler pour gagner le plus d’argent possible. Comment s’étonner qu’ils n’aient pas la moindre idée de ce qu’est l’intérêt général ? Comment croire un seul instant qu’ils puissent avoir une vision écologique pour leur pays ? Ils sont à des années-lumière de considérer une forêt qui brûle comme une catastrophe. Ils n’en ont rien à faire. Et si ça pouvait d’une façon ou d’une autre leur rapporter de l’argent, ils s’en réjouiraient.

Le réchauffement climatique va entraîner la recrudescence de catastrophes naturelles telles que l’Australie en vit actuellement une, partout dans le monde. Il nous faudra donc transformer nos systèmes politiques en profondeur, si nous voulons que ceux qui sont à la tête de nos pays réagissent avec bon sens devant de telles catastrophes.

Il nous faut des dirigeants qui savent que la perte de 5 millions d’hectares d’écosystèmes est plus grave que n’importe quelle chute boursière.

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