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ÉDITO – Polanski césarisé : un pas en avant, trois pas en arrière

ÉDITO – Polanski césarisé : un pas en avant, trois pas en arrière

© ABACA

Il y avait comme une atmosphère de fin de règne, depuis la sortie de J’accuse. Certes, le film a connu un véritable succès commercial avec plus d’un million et demi d’entrées. Mais avant même sa sortie, il a été la cible d’une véritable révolte. Il y a eu les manifestations féministes lors des avant-premières, le prodigieux lapsus de Florence Foresti lors de l’annonce des nominés aux César, auxquels se sont ajoutés la prise de parole d’Adèle Haenel et le cas Gabriel Matzneff. Cette révolte a, dans un premier temps, été victorieuse : tous les acteurs ont annulé leurs promotions médiatiques du film, et aucun membre de l’équipe ne s’est rendu aux César. Serait-ce la fin de l’indifférence ? Le réveil des consciences ?

C’était sans compter sur l’Académie des César, qui a décerné la statuette du meilleur réalisateur à Roman Polanski. Alors mettons les pieds dans le plat : en quoi est-ce un problème ? Ou plutôt demandons-nous l’inverse : pour quelles raisons devrions-nous considérer que ça n’est pas un problème ? Roman Polanski est accusé de viols par 12 femmes, dont 10 mineures. 5 d’entre- elles avaient moins de 14 ans au moment des dites agressions, une avait 9 ans. Rappelons également que Roman Polanski a fui la justice américaine, et qu’il est encore aujourd’hui considéré comme un fugitif par Interpol.

Acclamer Polanski revient à considérer que le viol, ça n’est pas si grave

Alors imaginons. Imaginons par exemple que Ladj Ly, le réalisateur du film Les Misérables, soit accusé par 12 témoins différents d’avoir égorgé des enfants. Imaginons qu’il soit suspecté d’être un odieux criminel multirécidiviste, et qu’il ait fui ces accusations en se réfugiant en France. Serions-nous en train de débattre de la différence entre « l’homme et l’artiste » ? Serions-nous en train de parler de « chasse à l’homme », de « censure » ? Serions-nous en train de remarquer « après tout Céline était antisémite » ? Et bien non. Nous serions, tous autant que nous sommes, scandalisés à la simple idée que le film d’un potentiel criminel soit diffusé dans les salles de cinéma.

Ne pas en faire de même lorsqu’il s’agit d’un cas comme celui de Polanski, ça porte un nom. Ça s’appelle la culture du viol. Le terme renvoie à une méthode de pensée qui réfute l’idée selon laquelle le viol est un accident de parcours, perpétré par un déséquilibré. Il considère au contraire le viol comme le résultat le plus extrême d’un ensemble de comportements sociétaux qui minimisent, normalisent voire encouragent le crime suprême. Acclamer un homme accusé de viols sur mineurs par une dizaine de femmes, ça participe de toute évidence à la culture du viol, en cela que ça insère dans les esprits l’idée qu’au fond, violer ça n’est pas si grave.

Ceux qui célèbrent Polanski sont complices des futurs viols qui seront perpétrés

Et les conséquences sont désastreuses : les femmes ont plus de mal à parler. Car elles sentent à juste titre que leur parole n’est pas respectée. De l’autre côté, les comportements se décomplexent : mépris de la femme et de sa parole, justification de comportements ou de propos sexistes. Il faut écouter les témoignages de femmes qui ont trouvé le courage d’aller porter plainte dans un commissariat, pour comprendre à quel point la situation est grave. « On vous connaît, vous les femmes », « Es-tu sûre que tu ne l’avais pas un peu cherché ? », « Parfois vous dites non, mais vous pensez oui ». Voilà à quoi certaines d’entre elles sont confrontées. Voilà surtout pourquoi moins d’une victime de viol sur quatre porte plainte.

Ceux qui célèbrent Roman Polanski ne sont pas complices de ses supposés viols. Ils sont complices des futurs viols qui seront perpétrés.

Rappelons qu’en France, 94 000 femmes sont chaque année victimes d’une tentative de viol.

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