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Gilets jaunes, je vous ai compris !

Gilets jaunes, je vous ai compris !

Il existe un joli proverbe français, dont on taira le nom de l’auteur (parce qu’on ne sait pas qui c’est en fait), qui nous dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Je laisse aux autres la possibilité de juger de mon imbécillité, mais une chose est sûre : j’ai changé d’avis. Après avoir vivement critiqué le mouvement des gilets jaunes il y a un mois jour pour jour, j’ai mûrement réfléchi, seul, allongé face à mon plafond blanc, j’ai retourné le problème dans tous les sens, et j’ai compris. J’ai enfin compris que j’étais un réac’.

Mon idylle avec les petits canaris fluorescents a débuté le mardi 13 novembre 2018, en tout début de soirée. Je n’étais donc pas encore bourré pour écrire ces quelques lignes de conneries. Après avoir exprimé mon hostilité à ce mouvement tout beau, tout frais, à travers un avis du bistrot comme la rédaction à plaisir à vous concocter de manière régulière, disons que j’ai pris un retour de plume qui m’a “brainfuck”, comme disent les jeunes. Pluie de critiques, mais constructives, je me dois de le préciser. Donc, remise en question, comme on nous l’apprend à l’École Supérieure de Journalisme de Lille.

Il faut dire que les événements qui se sont déroulés tout au long des 31 derniers jours m’ont facilité la tâche. Tout a changé : les gilets jaunes sont de plus en plus puissants, s’organisent, et leurs revendications semblent plus larges, plus sociales, plus collectives, moins individualistes. La quête du pouvoir dans les mains du peuple, la lutte contre les puissants, contre les riches, et surtout contre la politique d’Emmanuel Macron. C’est ce qui constitue la lutte des gilets jaunes. Le président est devenu l’ennemi public numéro un. Et son mutisme prolongé jusqu’à son one-man show du lundi 10 décembre n’a fait qu’aggraver l‘image hautaine, déconnectée et méprisante que la France se fait de son dirigeant depuis son élection. Mais au final, Emmanuel Macron ne serait pas le vrai symbole de l’égoïsme à la française ?

“Ce que nous pouvons comprendre, c’est qu’on n’avait rien compris.”

En voulant dénoncer le mépris des élites, je me suis moi-même perdu dans le mépris du peuple. J’ai oublié que 70% des français se sentent dépendants de leur voiture. J’ai oublié que les français ne font pas preuve d’égoïsme, que 87% d’entre eux sont pour une augmentation du SMIC, alors qu’un salarié sur 10 seulement le touche. Et surtout, j’ai oublié que ceux sur qui l’on doit taper ce n’est certainement pas le peuple. Comme nous le dit Eric Fottorino, créateur et directeur de l’hebdomadaire Le 1, “ce que nous pouvons comprendre, c’est qu’on n’avait rien compris.” Et bien je n’avais rien compris.

C’est alors que résonnent les mots du maître Victor Hugo, à travers son poème “A ceux qu’on foule aux pieds”, écrit pour dénoncer la violence des communards en 1871 mais aussi, et surtout, la répression de l’État. Des mots qui frappent :

"Mais surtout, c'est le peuple, attendant son salaire,

Le peuple, qui parfois devient impopulaire. 

C'est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants,

Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends."

Chers gilets jaunes, j’aimerais demander pardon à chacun d’entre vous (sauf Jacline Mouraud, j’ai des limites quand même). Votre combat est juste et j’espère que vous obtiendrez gain de cause. Avant d’aller moi aussi bloquer un rond-point, je vous laisse sur cette phrase de Winston Churchill :

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“Il n’y a aucun mal à changer d’avis, pourvu que ce soit dans le bon sens.”

Tenez bon.

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