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Hyperandrogénie : quand certaines femmes sont encore rejetées

Hyperandrogénie : quand certaines femmes sont encore rejetées

Imaginez un jour que votre médecin vous annonce que vous êtes atteinte d’hyperandrogénie. Vous ne savez pas ce que c’est ? C’est lorsqu’une femme produit un trop grand nombre d’hormones masculines. Ce n’est pas si rare que ça et beaucoup en souffrent au quotidien. Alors imaginez, encore une fois, que l’on vous annonce que vous ne pouvez pas exercer votre métier, votre passion. C’est ce qui arrive à Caster Semenya, monument de l’athlétisme mondial.

Qu’a-t-elle fait de mal ?

La double championne olympique et triple championne du monde du 800 mètres ne pourra plus participer à des compétitions internationales d’athlétisme jusqu’à nouvel ordre. Le Tribunal Arbitral du Sport a tranché :  si les athlètes hyperandrogènes souhaitent courir une distance de 400 mètres jusqu’au mile, elles devront subir un traitement hormonal. Mais pourquoi leur fait-on subir cela ? Selon l’IAAF et son président Sebastian Coe, ces mesures seraient exercées dans un souci d’équité pour le sport. En effet, selon eux, l’hyperandrogénie altèrerait les résultats et favoriserait les athlètes.

Les hyperandrogènes avantagées ?

Vous allez sans doute dire que vraisemblablement, les hyperandrogènes remportent de nombreuses courses. Aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, les trois athlètes sur le podium du 800 mètres étaient hyperandrogènes. Sont-elles avantagées pour autant ? Le lien entre hyperandrogénie et performance sportive n’a jamais été prouvé scientifiquement. Alors pourquoi les punir pour quelque chose qui n’est même pas sûr ? La vie de Caster Semenya, a toujours été questionnée. Lorsqu’elle remporte une course, le débat revient toujours sur le devant de la scène. Un journaliste lui a même demandé si elle était née garçon. Sa vie privée est fouillée et scrutée par les journalistes et les scientifiques. Mais ne pourrait-elle pas seulement exercer son métier ? Certaines athlètes n’ont pas d’aussi bonnes performances que Semenya, malgré leur hyperandrogénie. Dutee Chand par exemple, athlète indienne, n’a jamais fait mieux que médaillée d’argent aux Jeux Asiatiques.

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Une perte de leur identité

Le débat va plus loin : pourquoi s’acharner sur ces femmes et ne pas mettre un peu plus de moyens pour lutter contre le dopage ? L’IAAF semble avoir ses priorités ailleurs. Pour continuer leur passion, les athlètes devront passer par un traitement hormonal. On va les modifier. On va toucher à ce qu’elles ont sûrement de plus précieux : leur corps. Et si elles refusent, elles ne pourront pas non plus courir contre les hommes. Elles seront inclassables, sur le côté, marginalisées. Alors qu’elles sont femmes et que c’est la seule chose qui devrait compter.

En attendant, Caster Semenya et toutes les autres femmes attaquées continueront de se battre pour avoir les mêmes droits que les autres. A l’heure où je vous écris, elle vient de remporter le 800 mètres de Doha, la dernière compétition qu’elle pouvait encore gagner en étant elle-même.

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  • Eh oui ! Pourquoi s’acharner encore sur les femmes. Alors on aime l’androgynie lorsqu’elle penche du côté féminin, mais lorsque cela bascule du côté masculin, cela ne passe plus…

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