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INTERVIEW. De Fauve à Magenta, l’électro colorée qui pense et qui panse

INTERVIEW. De Fauve à Magenta, l’électro colorée qui pense et qui panse

© Gabriel Boyer

Magenta a sorti son premier album Monogramme ce 9 avril. Anciens membres du groupe Fauve, qui a marqué les années collèges de plus d’un d’entre nous, le collectif nous a accordé cette entrevue pour nous parler construction, reconstruction, sur un fond sonore entêtant, aux notes électro. 

Magenta c’est chaud comme le violet et électrique comme le bleu. Le nouveau groupe de Fauve est composé de sept à huit personnes dont les maniements de l’art sont aussi divers que le nombre qu’ils sont : chanteurs, musiciens, vidéastes… En peinture le magenta est une couleur à base de pigments de synthèse qui n’apparait pas dans l’arc-en-ciel. En musique, Magenta est un groupe d’électro dont la référence à la couleur n’était qu’un hasard.

On a commencé le projet dans la chambre de l’un d’entre nous qui était située Boulevard Magenta à Paris. Ce qu’on associait à ce terme c’est pas du tout la couleur mais le boulevard. C’est un boulevard assez sale, populaire, et en même temps hyper vivant, vibrant, coloré, hyper contrasté. Y’a toujours de l’animation. On aimait bien ce côté contraste entre le béton un peu dur de la ville et le côté un peu vibrant, intense. Ça correspondait à ce vers quoi on voulait tendre avec la musique. Le côté un peu Berlin en été.” De la même manière Fauve venait du film “Les nuits fauves” et n’avait aucun rapport avec la couleur rouge fauve. La continuité n’est qu’un aléa imprévu qui semble pourtant lier les deux groupes distincts.

Après Fauve… un nouveau départ

C’est en 2016 qu’ils stoppent le projet en plein envol, la gloire aux pieds : deux albums studio puis un live vendus à 800 000 exemplaires, plus de 200 dates, dont 15 Zénith et 22 Bataclan complets… Jamais pourtant, les membres de Fauve n’ont eu pour idée d’arrêter la musique : pour eux Fauve était un projet à durée déterminée, de ceux voués à vivre quelques années, puis à s’éteindre rapidement après avoir tout donné. “Quand on a arrêté Fauve je pense qu’il y avait une forme de fatigue, d’usure. C’était génial hein, c’est l’expérience d’une vie, une aventure de ouf entre potes, c’est un peu comme un mausolée ! C’est pour ça aussi qu’on a voulu repartir de zéro. On voulait arrêter quand le truc était encore beau et intact.”, nous confie un membre du collectif. 

“Magenta, c’est une musique moins cérébrale mais plus corporelle.”

Et pour être radical, le changement l’a été. De Fauve à Magenta, le texte a quasiment disparu. “Avant avec Fauve on partait du texte. Il y avait vraiment ce côté thérapie. Et on choisissait la musique qui servirait d’écrin à cette douleur, cet espoir ou ce besoin de s’exprimer”, poursuit le musicien. La musique reste pour eux une forme de catharsis, simplement elle s’exprime différemment. “C’est moins dans le verbe que dans le son, c’est une musique moins cérébrale mais plus corporelle. Avec Magenta on part de la musique tout le temps. C’est en fait un son, une boucle, une progression d’accords qu’on va faire tourner, tourner, qu’on va laisser dans le studio parfois pendant quatre heures !

MAGENTA © picturesandmotionstudio
Les membres mystérieux de Magenta © picturesandmotionstudio

Magenta, c’est de “la musique qui pense et qui danse”, comme s’amuse à le répéter le groupe. Inspirés par la French Touch des années 90, celle des Daft Punk, d’Etienne de Cressy ou encore de Cassius, ils sont aussi portés par les voix plus récentes de PNL, Frank Ocean ou Bon Iver. Au final Magenta c’est un brassage de rock, de rap, de musique électronique, couplé à une voix libre. Une voix libre de monter dans les aigus mais aussi de descendre très loin dans les graves, à la manière d’une trompette de jazz, “qui peut sortir du thème et revenir comme elle le veut“.

Monogramme, une “transe fraternelle”

Pour le groupe, “le côté libérateur et thérapeutique de la musique se fait par le corps, l’envie de danser, les vibrations.” À l’image d’ Assez?, les morceaux de Monogramme donnent envie de bouger la tête, d’écarter les bras, de sentir les rayons du soleil. Mais dans un tout autre sens, ils donnent aussi envie d’aller en boîte de nuit, de ressentir les lumières éblouissantes des laser balayer nos visages et la chaleur des corps vibrants au rythme des Boum Bap  (autre morceau de Monogramme). D’ailleurs si cette vie nocturne vous manque, vous pouvez zieuter “Gare Magenta”, sorti le 8 avril dernier. Dans ce live-concert de 18 minutes, le groupe occupe le temps de trois de ses chansons – Fatigué, Assez?, Monogramme – la Gare Magenta, située à Paris dans le 10ème arrondissement. Sur fond de lasers multicolores, un ami du collectif, Gaspard, entre dans une transe dansante. “On dit souvent que Fauve c’était les séances de psy qu’on avait pas forcément, qu’on se faisait entre nous. Magenta c’est devenu comme des séances d’hypnose, avec des boucles qui plongent dans une sorte de transe qui fait du bien.”

Si la musique est dansante, les paroles sont souvent sombres. “Le doute c’est un truc qui est présent tout au long de l’album de manière générale. Je pense que c’est dans notre nature d’être un peu anxieux “, confie l’artiste. “Fauve ça a été un accident et ça a été ouf. Mais c’est pas parce qu’une fois tu as fait un truc trop cool et que tu as eu un coup de bol que tu vas faire de la musique toute la vie.” Et sans concerts, c’est compliqué de savoir si ce que l’on produit est digne d’être accepté, souligne le collectif qui déplore l’annulation de 80 de ses concerts cette année. “On a sorti un album mais on a jamais fait un seul concert, c’est quand même barge !” 

La musique comme “fil rouge” de leurs vies

Il faut dire qu’après la frénésie Fauve, les membres de Magenta sont repartis de zéro, avec la volonté de ne pas révéler leur passé, mais aussi de cacher leur identité. Un peu comme les Daft Punk, ils ont toujours conservé une part d’anonymat. “Au début c’était pour une question de pudeur. En fait les textes étaient tellement impudiques, tellement directs, que c’était un peu dur à assumerEt puis après avec la médiatisation c’est devenu de plus en plus un bouclier, une façon de se protéger. Aujourd’hui on n’y voit que des avantages“, confie le musicien qui a d’ailleurs préféré gardé son nom secret. Selon lui, “tous les gens qui aspirent à être dans la lumière, une fois qu’ils y sont, aspirent à un peu plus de calme”.

“On avait d’autres projets avant Fauve, on aura d’autres projets après Magenta.”

Pour se protéger, mais peut-être aussi parce que Magenta ne sera pas une finalité. “On avait d’autres projets avant Fauve, on aura d’autres projets après Magenta. C’est le fil rouge de nos vies, ce pacte qu’on a fait ensemble. Une sorte de destin commun, lié, qui nous soude. C’est pour ça que l’album de Fauve s’appelait Vieux Frères et qu’aujourd’hui il s’appelle Monogramme : ça fait référence aussi au signe différent de Fauve et c’est un peu l’emblème, c’est comme si on refaisait un pacte à nouveau. Ce qui est important c’est notre histoire commune à nous”, conclue le collectif. 

Si Fauve comme Magenta sont des projets éphémères, on vous conseille de profiter de leur album, sorti ce vendredi 9 avril sur les plateformes de streaming mais aussi sur YouTube.

Et pour mieux cerner les inspirations de Magenta, voici une playlist électro des 90s à nos jours que le groupe a pris soin de vous concocter, qui devrait animer vos soirées d’été !

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