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INTERVIEW. Le succès de la série En thérapie raconté par Eric Toledano et Olivier Nakache

INTERVIEW. Le succès de la série En thérapie raconté par Eric Toledano et Olivier Nakache

Sortie le 4 février 2021, En thérapie, adaptation des séries israélienne BeTipul et américaine En analyse, est devenue virale en France. Retour sur son succès avec les réalisateurs Olivier Nakache et Éric Toledano.

Olivier Nakache et Éric Toledano, réalisateurs de Nos jours heureuxHors Normes, ou encore Le sens de la fête ne se quittent plus depuis leur coproduction d’Intouchables, le film qui a inter-générationnellement marqué la France. Le 4 février dernier, ils sont revenus sur le moyen écran, puisque les cinémas sont encore jugés “non-essentiels”. En thérapie est une série intimiste et psychologique diffusée sur Arte.tv depuis début 2021. Composée de 35 épisodes d’une vingtaine de minutes, la série plonge le téléspectateur dans le Paris du lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Sur le divan du docteur Dayan, interprété par Frédéric Pierrot, on voit défiler un casting de qualité allant de Mélanie Thierry dans le rôle d’Ariane, la chirurgienne perdue, à Reda Kateb dans la peau d’Adel Chibanne, un agent de la BRI traumatisé, sans oublier Céleste Brunnquell, Clémence Poésy, Pio Marmaï ou encore Carole Bouquet. La série s’est achevée jeudi 18 mars sur un record d’audience avec plus de 40 millions de vues et laisse derrière elle l’envie vraisemblable d’une seconde saison.

Entre une intrigue inédite et un remarquable casting, En Thérapie est un nouveau coup de maître pour Olivier Nakache et Éric Toledano. Avec le Pépère News, ils reviennent sur le succès et les coulisses de la série.

Éric Toledano et Mélanie Thierry. © Carole Bethuel / Les Films du Poisson

Pépère News : Pourquoi avez-vous fait le choix d’adapter la série israélienne BeTipul et l’américaine En analyse ?

Éric Toledano et Olivier Nakache : Dès sa sortie, nous avons été séduits par la série d’Hagai Levi [BeTipul], qui, par le biais de la psychanalyse et des problématiques individuelles, permettait de comprendre les maux de la société israélienne toute entière. Nous avons été bluffés par le format de la série, par son cadre épuré, la puissance de la narration et par sa capacité à replacer le dialogue et l’écoute au centre de notre attention. Hagai Levi dit que “les failles des personnages trahissent les failles d’un pays”, et nous y avons vu un magnifique véhicule pour scanner la société française à un instant T. Nous étions donc surpris qu’il n’existe aucune déclinaison de la série en France, et les attentats de 2015 ont été déclencheurs. Notre rencontre avec Hagai Levi et avec les productrices Yaël Fogiel et Laetitia Gonzalez nous a finalement convaincus.   

Comment avez-vous adapté Betipul et En analyse à la française ?

Avec En Thérapie, nous voulions revenir sur ce traumatisme collectif par le biais de témoignages et de confidences propres à différents caractères. Ainsi, même si les personnages sont largement influencés par ceux de la série originale, nous devions définir le contexte français, pour qu’ils résonnent en chacun de nous. Grâce à l’aide des scénaristes chapeautés par Vincent Poymiro et David Elkaïm, nous avons donc dressé des personnages parmi les héros du quotidien, avec leurs hésitations, leurs forces et leurs faiblesses. Le cabinet devait faire écho au monde extérieur et nous tenions à aborder des sujets polémiques actuels. C’est pourquoi nous suivons la thérapie d’une chirurgienne, d’un policier, d’une adolescente sportive, d’un couple, et même d’un psychanalyste qui doute de sa pratique. 

Le thème des attentats de Paris en 2015 vous est-il familier ? Est-ce le bon moment pour en parler ? 

Nous avons tous été affectés différemment par la violence des attentats de 2015, et ce qui s’est passé continue d’exister en chacun de nous. Nous avions donc besoin de revenir en fiction sur ce traumatisme collectif, mais notre approche s’est d’abord traduit par une volonté de faire rire. Face à toute l’anxiété, nous avions besoin de voir les gens se lâcher, se rassembler, et c’est pourquoi nous avons réalisé Le Sens de la Fête. Avec En Thérapie, nous voulions cette fois-ci affronter le sujet frontalement. Par le biais des souffrances et des failles individuelles, la série pose en effet une question plus globale : comment le choc des attentats ressort dans la population et dans les comportements ? Nous voulions prendre le temps d’en parler, de redonner une place au témoignage, à l’écoute, dans une société où tout va très vite. 

Pourquoi avoir fait le choix d’une narration guidée par un psychanalyste ? Avez-vous eu recours à l’aide de professionnels afin de mieux comprendre l’enjeu de ce métier ? 

La psychanalyse propose un travail autour de l’inconscient et des fêlures enfouies. C’était donc un parfait outil pour aborder les fragilités individuelles et collectives. En regardant la série d’origine, nous avons été marqués par sa capacité à tenir le spectateur en haleine dans un cadre unique, où seulement deux personnages se font face. Cette approche nous permettait de développer précisément la psychologie des personnages et de placer le spectateur au centre de l’intimité du cabinet. Dans cette pièce, nous pouvions remettre la parole au premier plan et aborder des sujets que les spectateurs n’ont pas forcément l’habitude de voir à l’écran. Les scénarios ont aussi été revus par des professionnels. Nous tenions à être assez proches de la réalité, dans un cadre qui reste néanmoins très fictionnel. 

La crise sanitaire a chamboulé le moral de beaucoup, y avait-il une intention de sortir En Thérapie en cette période ?

La crise a entraîné une accumulation d’informations et un brouhaha incessant. Plus personne ne prend le temps de s’écouter. Nous voulions donc redonner un sens aux mots, replacer l’échange et la réciprocité au centre de l’attention. Au détriment de l’action, nous voulions privilégier le dialogue et les témoignages. C’est ce qu’on appelle le cinéma intérieur. Dans cette période, il était important pour nous de sacraliser l’émotion, de laisser nos personnages s’exprimer. 

Reda Kateb et Olivier Nakache. © Carole Bethuel / Les Films du Poisson

Qu’ajoute le huis clos à la série ? 

À travers un huis clos, nous pouvions reprendre le concept d’épure d’Hagai Levi, et revenir à l’essence même du cinéma : deux personnages qui se font face, deux points de vue qui s’affrontent. Ce cabinet nous offre la possibilité de rentrer dans la tête des personnages, de partager leurs souvenirs, leurs histoires et leurs fragilités. Toute l’émotion passe uniquement par le jeu de l’acteur. L’attention du spectateur peut alors se focaliser sur les mots, les visages et les expressions des personnages. Il est à 100% avec eux.  

Quel a été l’apport des acteurs au scénario ?

La constitution de ce collectif était un grand plaisir. Nous avons appréhendé la série comme un ensemble musical, où chaque acteur était un instrument participant à l’harmonie collective. Ce tournage était un vrai défi, avec des prises longues, éprouvantes, où tous devaient faire preuve d’endurance et se laisser aller. Nous avons préparé le tournage comme un combat de boxe et chaque réalisateur devenait un véritable coach sportif. Et les acteurs ont largement relevé le défi. Si nous pouvons nous échapper de ce cabinet via l’imaginaire, c’est par leurs qualités de jeu. Nous avions eu la chance de voir Frédéric Pierrot à l’écran et sur scène, et nous avons été impressionné par sa force d’interprétation et sa patience. 

Comment s’est déroulé, techniquement, le tournage ?

Nous avions peu de temps et beaucoup de scènes à tourner, et nous tenions à capter les scènes dans leur continuité. Nous voulions vraiment revenir à l’essence même du cinéma avec le champ-contre champ et nous devions particulièrement réfléchir aux gros plans. Parfois, nous laissions tourner deux caméras sur le même acteur, pour capter la meilleure expression. Avec des prises longues allant de 15 à 17 minutes en moyenne, nous laissions les interprètes dérouler le fil, s’emmêler, rebondir. Nous laissions la caméra tourner et voyager elle aussi dans le conscient et l’inconscient des acteurs. 

À qui s’adresse cette série ? Comment expliquez-vous son succès ?

Cette série s’adresse à tous ceux qui souhaitent franchir les portes du cabinet du docteur Dayan. Nous voulons à la fois parler au monde et parler du monde. Nous sommes très heureux de constater le succès de la série, dû à tout le collectif de scénaristes, de réalisateurs, d’acteurs, de techniciens et de producteurs autour du projet. Maintenant, cette série est entre les mains du public, qui l’amènera là où elle doit aller. 

En thérapie est toujours disponible sur Arte.Tv, et pour garder un œil sur les projets d’Olivier Nakache et Éric Toledano il suffit de se rendre sur leur page Instagram ou Twitter.

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