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Khashoggi, États-Unis, «Abrutis», Turquie… Et la liberté de la presse là dedans?

Khashoggi, États-Unis, «Abrutis», Turquie… Et la liberté de la presse là dedans?

Alors que Reporter Sans Frontière vient de publier son classement annuel mondial de la liberté de la presse, celle-ci semble de plus en plus mis à mal dans des pays où elle est pourtant inscrite dans la Constitution...

« Pourrir » les journalistes de France Info, les « discréditer », montrer que ce sont des « abrutis » et des « menteurs »; tels sont les propos de Jean-Luc Mélenchon, lors de la publication d’une enquête sur les comptes de campagne du leader du parti de la LFI par France Info. Vincent Giret, patron de la chaîne, a annoncé que Radio France allait porter plainte contre le député des Bouches du Rhône. Mediapart de son coté a été qualifié de « torchon » et « d’infecte officine aux mains des juges et de la police» par le chef du mouvement, qui a également appelé ses sympathisants à se désabonner du média. En soutien aux journalistes, les internautes et d’autres journalistes ont fait naître, sur Twitter, le mouvement #JeSuisUnAbruti en ironisant les propos du leader insoumis et en dénonçant son comportement haineux vis-à-vis des médias français. Cette affaire relève entièrement de la liberté de la presse, instaurée en 1881 en France. Elle est l’un des symboles de la démocratie et est une liberté fondamentale de notre pays. Cependant, la France ne se classe que 33ème au classement de RSF. L’organisation pointe du doigt le « Mediabashing » ou en français, dénigrement des médias, orchestré par les leaders politiques. On se souvient notamment du cas de Quotidien qui avait été privé d’accès aux meetings de Nicolas Dupont-Aignan et de ceux de Marine Le Pen lors de la campagne de 2017. L’émission s’était fait qualifier de « propagandistes » par le leader de Debout La France. Ce serait également une erreur d’oublier cette belle phrase, traduisant tout l’Amour que portent les sympathisants politiques aux médias : Au soir du premier tour de la présidentielle française, en mai 2017, un jeune homme s’était exclamé : «La presse, la presse, on t’enc*** !» en constatant que François Fillon n’accéderai pas au second tour de l’élection. En France, la liberté de la presse est également en danger vis-à-vis de différents médias dominés par des groupes industriels qui cherchent à vanter leurs activités dans d’autres secteurs économiques, ce qui peut influencer sur l’indépendance de la ligne éditoriale de ces médias. Nous pouvons prendre en exemple Vincent Bolloré, actionnaire de Canal+ qui a été soupçonné de faire la promotion du Togo, où il a beaucoup investi, via la chaîne. En décembre 2017 la chaîne cryptée avait publié un mini reportage de moins de 7 minutes où le Togo était présenté comme « un pays disposant d’infrastructures modernes » avec une grande stabilité économique. Le CSA a sanctionné la chaîne en obligeant un présentateur à lire un communiqué donné par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel lors d’un programme en clair.

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Cette haine envers les journalistes est cultivée par les politiques, qui les accusent de dévoiler leur vie privée et de construire une mauvaise image auprès d’eux, ruinant donc leur réputation et leur charisme comme ce fut le cas avec les photos de François Hollande en scooter dans Paris pour aller voir sa maîtresse, ruinant son quinquennat, avec les emplois fictifs de François Fillon, qui lui feront «perdre» la campagne présidentielle ou encore Cahuzac et ses comptes en Suisse, qui le poussent à démissionner de son poste au gouvernement.

C’est comment de l’autre coté de l’Atlantique ?

Comme Jean-Luc Mélenchon et beaucoup d’autres, Donald Trump affiche une haine assumée et extrême vis-à-vis des médias. Il qualifie de fake news toute information qui puisse lui déplaire, remet en cause son pouvoir ou discrédite ses méthodes. Pour lui, chaque média qui ne soutient pas sa politique, son gouvernement, son administrations ou ses mesures est un « ennemi du peuple américain». Alors, le 16 août 2018, 200 journaux américains ont défendu la liberté de la presse en expliquant que qualifier les informations de fake news pouvait être une entrave à la démocratie dans le pays et ont dénoncé les attaques du président contre toute sorte de médias. Donald Trump a également tenté de limiter l’accès à la Maison Blanche à seulement quelques médias et à demandé à ce que des autorisations d’antenne soient retirées à d’autres ! En juillet 2017, le président américain a posté une vidéo sur Twitter datant de l’époque où il été apparu dans une émission de catch et avait attaqué et frappé une personne au visage ; sur sa vidéo il a remplacé la tête de l’agressé par le logo de la CNN, les accusant de ne rapporter que des fake news.

Aux États-Unis, certains journalistes se sont fait arrêter parce qu’ils couvraient des manifestations ou parce qu’ils ont essayé de questionner des dirigeants du pays. Dans ce pays, les journalistes peuvent également être arrêtés s’ils publient des informations d’intérêt public (comme c’est le cas avec l’affaire Mélenchon et Médiapart) et ne bénéficient pas de loi pour protéger leurs sources ! Le président américain s’oppose donc à une liberté qui date de la Constitution de 1787 et qui fait que son pays se retrouve à la 45e place du classement réalisé par RSF.

Toujours plus bas au classement…

Donald Trump est impliqué dans un scandale diplomatique entraîné par l’assassinat de Jamal Khashoggi en Turquie dans le consulat d’Arabie Saoudite. Mais cette affaire relève également, dans d’autres mesures, de la liberté de la presse et de la liberté d’expression. En effet, ce saoudien, exilé aux États-Unis et rédacteur du Washington Post a été assassiné le 2 octobre par un commando saoudien envoyé par Riyad. Il tenait une chronique dans le journal américain où il ne se gênait pas pour critiquer le régime du Prince héritier : Mohammed Ben Salman ainsi que la corruption au sommet de l’État saoudien. Il était un fervent défenseur de la démocratie au Moyen-Orient et avait soutenu le Printemps arabe en 2011. L’Arabie Saoudite se classe 169ème du classement de la liberté de la presse. L’ONG constate que dans ce pays aucun média n’est libre ! Alors, les journalistes s’autocensurent et dans le cas contraire risquent la prison, voire pire dans certains cas. Tous les journalistes qu’ils soient professionnels ou non sont surveillés par le régime et peuvent être arrêtés, emprisonnés et châtiés de façon totalement arbitraire et sans procès. Dans le cas de l’Arabie Saoudite, il est difficile pour la population ou les journaux eux-mêmes de s’insurger contre ces mesures plutôt radicales et antidémocratiques pour des raisons plutôt évidentes que, vous avez sans doute compris… Néanmoins, d’autres dirigeants comme le président turque Recep Tayyip Erdogan, demandent au gouvernement saoudien de s’expliquer sur les raisons de l’assassinat du journaliste et remettent en cause le régime d’avoir commandité le meurtre d’un opposant. Oui oui, vous avez bien lu : R.T. Erdogan celui qui a, depuis la tentative de Putsch en 2016, supprimé des dizaines de médias et menace les restants de suppression. Il a également inauguré en 2015 une chaîne d’information d’État pour « dire les vérités » sur la nation. Il a qualifié de « fenêtre sur le monde » ce nouveau média totalement contrôlé par le gouvernement turque. Un journal d’opposition maintenant supprimé titrait le jour de sa suppression qu’Erdogan aura la main sur 90 % de la couverture médiatique du pays et que c’était une journée de honte pour la liberté de la presse. La Turquie se trouve au 157ème rang du classement de RSF et continue sa chute vers la dictature… Dans ce pays, comme dans le cas précédent, face aux menaces d’arrestations et d’emprisonnement il est difficile pour les médias de se révolter… En Turquie c’est la fin de l’État de droit pour la population qui doit maintenant faire face à une censure, de plus en plus présente, d’internet et des réseaux sociaux.

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Alors non la liberté de la presse n’est pas en train de disparaître mais est par endroits mise à mal comme on a pu le voir, même dans des pays démocratiques tels que la France mais, dans les pays du haut du classement comme la Norvège par exemple, tous les médias sont libres et indépendants et ne font l’objet d’aucune pression politique.

Aujourd’hui, c’est à nous, journalistes de nous battre pour la liberté d’expression et la liberté de la presse !

#JESUISUNABRUTI

Valentin Maio

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