Sorti en salles le 30 septembre 2026, le film Digger signé Alejandro González Iñárritu (The Revenant, Birdman) était pourtant bien parti pour réussir son pari risqué de réussite à 180 millions de dollars. Un premier rôle offert à Tom Cruise et des co-stars telles que Sandra Huller ou Riz Ahmed : tous les ingrédients étaient réunis pour la recette du succès. Pourtant, le dernier film en date de la société Warner Bros est déjà considéré comme un « flop » historique.
« Clivant », c’est peut-être le terme qui désigne le mieux la dernière œuvre en date du réalisateur mexicain. Que ce soit sur les réseaux ou via le bouche-à-oreille, les avis sont mitigés et sont le reflet d’un choix scénaristique osé. La campagne de communication se base pourtant sur un résumé simpliste et aguicheur :
L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s’ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.
Mais si Digger possède l’apparence d’un film apocalyptico-écologique on ne peut plus banal, il s’agit exclusivement d’un leurre : une publicité volontairement vague et décousue pour préserver la surprise du véritable scénario. Et c’est peut-être ça qui, justement, est en partie à l’origine de la descente aux enfers du long-métrage hollywoodien.
Une satire écologique qui n’a pas trouvé son public
Digger dépeint le portrait d’un gouvernement américain irresponsable et obsédé par l’appât du gain, prêt à tout pour s’épargner le poids de la considération écologique. Couplez cela à un magnat du pétrole excentrique qui n’a d’yeux que pour son chat et vous obtenez une comédie noire à la volonté moralisatrice, qui tend à dénoncer le déni des puissants face au dérèglement climatique ainsi que leur penchant pour la manipulation médiatique.
Mais A.G. Iñarritu est loin de s’arrêter à cette simple façade. S’ensuit une véritable mise en abîme des perspectives, un questionnement sur le rôle de l’art dans la société et de longs monologues qui poussent le spectateur à réfléchir quant à sa responsabilité dans le contexte environnemental actuel : sommes-nous trop attachés à notre confort pour renoncer aux moyens de production polluants ? Faisons-nous ainsi preuve d’hypocrisie ? La question n’est donc pas tant la qualité objective du film, mais le public qu’il est parvenu – ou non – à attirer sur les fauteuils rouges.
Un Tom Cruise qui porte le film à bout de bras
Ce long-métrage signe le grand retour de l’acteur dans le cinéma d’auteur après une dizaine d’années de films d’action, tels que la célèbre saga adulée par les foules Mission Impossible ou Top Gun : Maverick. Il n’est plus question pour lui de faire ses preuves, mais il ne lésine pas sur l’investissement pour autant. Dans son tout nouveau rôle, Tom Cruise est méconnaissable, transformé en vieil homme bedonnant, à la chevelure grisonnante et à l’accent texan volontairement exagéré.
Et quel retour, car l’artiste nous propose une prestation remarquable. Il maîtrise parfaitement le personnage, parvenant enfin à sortir des rôles de sauveur, cascadeur ou séducteur dont il a longtemps été l’incarnation. Et c’est cela qui, justement, a pu déstabiliser une grande partie de l’audience. Si le réalisateur oscarisé comptait sur la présence de Tom Cruise pour mener son film droit vers le succès, cela n’a manifestement pas suffi. Il s’agit en effet à ce jour du plus mauvais score au box-office de toute la carrière de l’acteur américain.
Flop ou chef-d’œuvre incompris ?
Peu importe ses atouts, le constat est sans appel : Digger est actuellement l’un des plus grands échecs financiers de l’histoire d’Hollywood. Avec un démarrage et des recettes particulièrement catastrophiques aux États-Unis, il cumulerait selon plusieurs estimations 245 millions de dollars de pertes. Pour la comparaison, le film de science-fiction post-apocalyptique Mortal Engines (2018) réalisé par Christian Rivers, avait lui eu droit à 178 millions de dollars de pertes au Box Office. Il s’agit pourtant d’un chiffre toujours moins affligeant que celui dont les estimateurs affublent Digger.
Le mauvais accueil du film par la nation américaine pourrait être lié à la critique particulièrement virulente du scénario à son encontre. Un côté « anti-américain » ouvertement méprisant à l’égard, notamment, de la politique trumpiste, qui semble ici parodier sans aucune volonté de s’en cacher.
Cela soulève une importante question : peut-on mesurer la valeur d’une œuvre à son succès immédiat et sa rentabilité ? Une réalisation qui nous pousse à nous remettre en question n’est-elle pas déjà une réussite ? Si aujourd’hui Digger, fort de son originalité et de sa complexité, n’a pas su faire concurrence aux grandes productions classiques d’Hollywood, seul le temps nous montrera son potentiel à devenir, ou non, un chef-d’œuvre culte du cinéma mondial.
