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La danse de rue comme remède à la morosité du secteur culturel

La danse de rue comme remède à la morosité du secteur culturel

Danse Here Beaux Arts

Alors que toute la filière de la danse est mise en pause depuis plus d’un an par les restrictions sanitaires, le groupe Dance Here fédère de nombreux danseurs lillois qui font de l’espace urbain le dernier théâtre où pratiquer leur art. Le Pépère News est parti à leur rencontre.

En passant près du “cratère” sur la place de la République ou devant les marches de l’Opéra, vous avez peut-être déjà remarqué la présence d’un groupe de danseurs vêtus de sweats colorés avec des pseudos Instagram dans le dos. Plusieurs fois par semaine, ces amoureux du hip-hop investissent la rue pour s’adonner à leur passion et la faire partager au public lillois, un besoin devenu vital avec la fermeture de tous les établissements culturels.

L’idée de Dance Here est née en fin d’année 2020, et elle est toute simple : les rues lilloises peuvent représenter l’espace idéal pour des danseurs en quête de partage, encore plus dans un contexte de crise sanitaire. Ils peuvent ainsi briser les limites de l’expression de leur art pour que “leur espace de danse soit partout”, comme le stipule leur compte Instagram.

“Il y a encore de la culture”

En pratique, il faut bien sûr composer avec quelques contraintes. D’abord celle de la météo, qui les oblige parfois à danser à l’abri du quartier libre dans le parc de la Citadelle s’il fait trop froid. Mais pour s’entraîner quand il fait beau, ils privilégient soit l’amphithéâtre qui surplombe la station de métro République Beaux-Arts, soit la place de la République elle-même.

Dance Here devant les Beaux-Arts
Sous un soleil rayonnant, les danseurs laissent libre cours à leur créativité. © Damian Cornette

Il faut ensuite s’adapter à la police qui, pandémie oblige, ne voit pas d’un très bon œil les regroupements que créent leurs représentations sur la place de l’Opéra. Pourtant, ce lieu n’est pas choisi par hasard : “Danser devant l’opéra qui est fermé depuis longtemps, c’est un peu significatif” explique Héloïse, une des administratrices du groupe qui filme des clips là-bas. “C’est quelque chose qui change, il n’y a plus de spectacles, plus de cinéma, plus rien, mais il y a encore de la vie, encore de la culture et du mouvement artistique.” Ce constat s’inscrit dans une mobilisation contre la mise à l’arrêt du secteur culturel, présente dans le domaine de la danse notamment à l’initiative du groupe HK dont le titre “Danser encore” a donné lieu à de nombreuses flashmobs dénonçant l’absurdité des mesures sanitaires mises en place depuis un an.

Les danseurs considèrent que “cela fait du bien aux gens” à la fois grâce à l’engouement autour de leur compte Instagram, et aux passants sur place qui les incitent à continuer. Naturellement faite pour être vue et partagée, leur danse attire le regard des passants, que ce soit des jeunes entre deux cours ou des personnes plus âgées cherchant à égayer leur pause déjeuner. De leur côté, les danseurs peuvent ainsi se confronter au “regard des gens” et travailler leur “confiance en soi”.

Une structure volontairement souple et accessible

Les membres présents nous expliquent qu’ils forment un groupe d’une quinzaine d’administrateurs chargés de monter les projets et d’organiser les démonstrations de rue. Mais plus généralement, ils parlent de “communauté Dance Here”, regroupant plus ou moins tous les danseurs de rues lillois. C’est là que les réseaux sociaux entrent en jeu pour les faire connaître et que les nouveaux arrivants puissent les retrouver. Une session de danse est proposée sur un groupe en ligne, et quiconque veut y participer peut les rejoindre.

Concrètement, les entraînements consistent simplement à danser ensemble sans complexe. S’ils ont quelques chorégraphies de groupes, les danseurs se prêtent à l’improvisation dans un mélange des genres fédérateur. De la danse contemporaine au hip-hop en passant par le dance-hall ou le break, sur du rap US ou de la musique classique, chacun vient danser comme il veut, “sans hiérarchie”. En pleine session d’entraînement, un jeune garçon vient d’ailleurs se joindre aux danseurs et entame une battle spontanée, au plus grand bonheur des membres du groupe.

Dance Here devant les Beaux-Arts
Les figures de hip-hop sont particulièrement prisées par les danseurs, à l’image du “Ninety Nine” exécuté par Ange. © Damian Cornette / Pépère News

Des profils divers unis par la même passion

Les membres du groupe ont des trajectoires parfois assez différentes. Certains parviennent aujourd’hui à vivre de leur passion comme Dylan, 23 ans, qui nous confie avoir commencé la danse six ans plus tôt “sur un coup de tête”. Formé de manière autodidacte, il se rémunère par des “plans”, des publicités ou des showcases, et espère pouvoir obtenir bientôt un CDI dans un opéra.

D’autres sont encore en formation à l’image d’Ange, 18 ans, inscrit en première année d’études de danse à Lille 3 et au conservatoire de Lille. La participation à Dance Here lui permet d’appliquer ses compétences académiques dans un contexte plus libre et de recueillir les conseils personnalisés de ses partenaires. “Je pense que quand je danse je suis très rapide dans mes mouvements”, explique le jeune homme. “Et donc il y a des membres du groupe qui me reprennent pour me dire d’être plus lent, de contrôler mes mouvements.”

Une conception largement partagée par Jade : “Ils sont là et ils te regardent avec passion. Ils t’encouragent. Si ça ne va pas ils te disent que c’est pas bien, si ça va ils te disent que c’est bien… C’est vraiment des critiques constructives, pas malsaines.” Âgée de 17 ans, la jeune lycéenne a vécu la fermeture des écoles de danse comme un véritable traumatisme. “Je n’avais jamais été aussi malheureuse. Je dansais pour moi mais ce n’était pas pareil, j’étais toute seule.” Elle a trouvé dans le groupe un refuge pour s’évader et oser se produire en public, jusqu’à considérer qu’elle “progresse deux fois plus” que dans une école.

Dance Here devant les Beaux-Arts
Dylan, qui nous dit s’inspirer des animaux pour ses chorégraphies, semble ici sur le point de prendre son envol. © Damian Cornette / Pépère News

Si la majorité des membres rêveraient de faire carrière dans la danse, l’absence de perspectives à court terme et le risque de saturation du secteur lors de la réouverture des salles de spectacles incitent certains à suivre des études dans un domaine différent. “Il faut se dire un truc que pour l’instant le milieu est complètement figé, mais quand ça va reprendre il faudra être prêt”, lance Dylan juste avant d’entamer une nouvelle chorégraphie. En attendant la suite, face à l’incertitude des jours futurs, le meilleure antidote reste pour eux de danser, toutes les semaines, pour continuer à faire battre les coeurs et les pavés lillois au rythme de leurs mouvements.

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