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La ligue du LOL, la fin d’une très mauvaise blague

La ligue du LOL, la fin d’une très mauvaise blague

On ne cesse de nous répéter tout au long du collège et du lycée que le harcèlement c’est mal. On ne cesse de nous montrer des vidéos sensibilisatrices, nous rabâchant sans cesse qu’on serait des moins que rien si l’on s’attaquait à plus faible que nous. Parce que le harcèlement, ça commence souvent dans les cours de récré, mais que dire alors de celui qui débute lorsqu’on est adulte et supposément mature ?

Le futur du journalisme déchu

La Ligue du LOL, c’est un groupe Facebook d’une trentaine d’étudiants notamment en journalisme, travaillant aujourd’hui dans la presse ou dans la communication, et ayant stigmatisé à l’époque des collègues ou des camarades de classe. Au programme : insultes sexistes et homophobes, montages pornographiques à deux doigts de la pédophilie, canulars téléphoniques, détruisant ainsi des carrières, mais surtout des esprits. Ce groupe Facebook, créé dès 2009 par Vincent Glad, devenu journaliste indépendant travaillant entre autres pour Libération, a été dévoilé au grand jour la semaine dernière. Certaines victimes avaient commencé à tweeter, accusant leurs anciens harceleurs d’avoir des postes à hautes responsabilités et de se faire passer pour des féministes. Alexandre Hervaud, responsable du secteur web de Libération, avait alors prétendu que certaines personnes pouvaient changer tout en s’excusant. D’autres échanges accusant de nombreux journalistes ont fleuri sur Twitter tout au long de la semaine. Vendredi 8 février, le journal Libération publie un article après de nombreuses interrogations révélant certains noms et recueillant des témoignages de victimes.

Coup de tonnerre dans les rédactions : de brillants journalistes sont accusés d’avoir fait partie de ce groupe destructeur. Vincent Glad et Alexandre Hervaud sont tous les deux mis à pied par Libération, Christophe Carron, le rédacteur en chef de Slate, s’est excusé dans un communiqué alors que deux des pigistes du média avaient avoué avoir été victimes du groupe. Les Inrockuptibles ont lancé une procédure de licenciement contre David Doucet et son adjoint François-Luc Doyez. C’est l’hécatombe. Les agresseurs sont enfin confrontés à leurs actes ignobles. Les victimes expliquent qu’ils étaient intouchables, comme des rois au milieu de leur cour. Ils avaient tout pour eux : une future carrière brillante, une aura attirante, ils en ont joué, voire abusé. Certaines victimes ont quitté les réseaux et le monde du journalisme. Tout le beau-monde parisien gravitait autour d’eux. Certains journalistes membres du groupe promettent n’avoir jamais harcelé personne comme Olivier Tesquet, journaliste à Télérama. Cependant il n’a jamais rien fait pour venir en aide aux victimes ou pour faire comprendre à ces prétendus amis qu’ils dépassaient largement les limites. Il a suivi le mouvement de masse, comme un adolescent suit ses potes.

Pris à leur propre jeu

Ce qui est ironique dans cette histoire, c’est que tous ces hommes sont devenus des journalistes branchés, défendant les nouvelles technologies et les minorités sexuelles et ethniques. Ils se prétendent pour la majorité féministes et travaillent dans des rédactions qui misent beaucoup sur le web. Ils se sont fait piéger par un outil qu’ils pensaient contrôler. Ils vont sûrement perdre leur emploi à cause d’un réseau qu’ils utilisent constamment pour faire leur travail. Stupidement, ils se sont mis à supprimer un tas de tweets : Vincent Glad en a supprimé 153 en une journée. Mais ils ont oublié la première règle qu’on nous apprend en cours de technologie au collège : tout reste sur internet. Alors oui, certains se sont excusés. Mais le mal est fait et ils devront désormais assumer les conséquences de leurs actes.

Le problème, c’est que la loi contre le cyberharcèlement, même si elle a été élargie en 2018, a tout de même une date de prescription de 6 ans. Au-delà de ça, il sera très difficile de condamner les cyberharceleurs. Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a évoqué la possibilité de modifier la loi pour prolonger ce délai. En attendant, les multiples excuses des harceleurs ne seront pas suffisantes. Et s’ils sont condamnés, ils pourraient payer jusqu’à 30 000 euros d’amende et encourir une peine de prison de 2 ans. Les rois ont perdu leurs couronnes.

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