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La tentation sécuritaire : un recul démocratique

La tentation sécuritaire : un recul démocratique

Le contexte national et la prolifération de lois sécuritaires a mis en exergue l’idée d’un recul des libertés en France. Les annonces d’Edouard Philippe durant le journal de 20h sur TF1 en début de semaine ont renforcé ces inquiétudes.

“Liberté, j’écris ton nom”

On connait bien les positions des Orbán & Cie dans des pays pas si éloignés en ce qui concerne les libertés individuelles. Ces dérives doivent questionner notre rapport aux droits fondamentaux et à leur exercice. Et nous pousser à lutter chez nous -dans le pays qui a fait des piliers démocratiques « Liberté, Egalité, Fraternité » sa devise- en faveur de ces valeurs sans cesse remises en cause par la chimère sécuritaire. L’Histoire n’a de cesse de nous rappeler que cette dernière a vite fait de se transformer en monstre autoritaire.

Ici, le sujet n’est pas celui de l’adhésion ou non au mouvement qui fait parler de lui pour le meilleur et pour le pire. Il est de se poser ou non en défenseur de ce qui fait de la France une république démocratique. Car les libertés individuelles sont l’essence même de notre Nation. Liberté d’être, d’exister, de manifester, de s’exprimer, de ne pas être d’accord, de contester.

Ce sont ces libertés individuelles, consacrées dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en 1948, qui ont tendance à être négligées. Négligées au profit d’une sécurité, rassurante certes, mais mortifère tant en pratique que moralement. Tout d’abord car c’est le fondement de la réduction des possibilités et des moyens qui permettent à toutes et tous d’exprimer leur mécontentement. Ensuite car c’est la porte ouverte aux frustrations et à l’escalade des violences qui cherchent à exprimer ces premières. Enfin car c’est accepter de renier le contrat républicain, fruit de luttes et de combats centenaires.

Une situation bien éloignée de l’idéal républicain

Les violences perpétrées par certains manifestants sont inadmissibles et doivent être punies. Cependant, nul ne peut se satisfaire des dérives étatiques qui existent aussi. Les récentes images de violence policière sont bien réelles. Un policier ne saurait se substituer à un juge. Le nombre record de gardes à vues et d’emprisonnements avant jugement (leurs nombres ne cessent de croître) dans le cadre du mouvement des « Gilets Jaunes » doit poser question. Tout comme l’existence d’arrestations « préventives » de personnes « susceptibles de troubler l’ordre publique » avant même la participation à des rassemblements. Tout comme, enfin, les exigences de fermeté demandées par le Gouvernement à la Justice française.

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Refuser de poser ces questions, c’est remettre en question tous les fondements de notre société, basée sur la séparation des pouvoirs et construite sur des rapports de force conduisants à des compromis. Cet idéal, visant à lutter contre l’arbitraire et basé sur le respect de la dignité humaine, était celui des révolutionnaires en 1789 et doit rester au cœur de nos préoccupations car il nous distingue des régimes autoritaires et anti-démocratiques. Autoriser le sacrifice et la réduction des libertés en le justifiant par la conservation de l’ordre public est destructeur. Celui-ci se construit non pas par la coercition mais par la discussion institutionnelle qui mène à l’adhésion des citoyens au pacte républicain. Abandonner les libertés humaines de la manière la plus imperceptible et le justifier si peut soit-il, c’est abandonner la démocratie.

« La liberté ne peut être que toute la liberté ; un morceau de liberté n’est pas la liberté » disait le philosophe allemand Max Stirner. Tout l’enjeu est là : dans la protection de toutes les libertés individuelles et surtout de celles d’autrui, même si l’exercice qu’il en fait ne nous plaît pas a priori. Car accepter et se battre pour la liberté de tous, c’est s’assurer que la nôtre sera toujours respectée.

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