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Le déclin (et la fin ?) de l’État Islamique

Le déclin (et la fin ?) de l’État Islamique

Ce samedi 23 mars, très tôt le matin, un nouveau flash arrive sur nos téléphones : l’État Islamique a perdu définitivement son dernier bastion syrien, du côté de Baghouz. Retour sur une histoire courte, mais d’une violence extrême.

Une émergence discrète

La création de l’État Islamique résulte d’un processus assez long qui s’est déroulé dans les années 2000, et dont les dates exactes ont du mal à être établies. Selon de nombreux spécialistes et médias, le groupe serait né vers 2006 en Irak, dans le contexte chaotique suivant l’invasion du pays depuis 2003 par une coalition internationale menée par les États-Unis. Cet acte de naissance est constitué pour deux objectifs : éradiquer la domination chiite en Irak – l’État Islamique a été créé notamment par des tribus sunnites – et se poser en principal opposant à l’ennemi commun occidental en déclarant par la même occasion la guerre aux États-Unis. 

L’apparition d’un leader énigmatique

Petit à petit, l’État Islamique prend de l’ampleur et multiplie les attentats au Moyen-Orient en particulier. Le groupe irakien prend peu à peu le dessus sur Al-Qaïda qui s’essouffle suite à la mort de grands dirigeants du groupe terroriste. La personnalité de Abou Bakr al-Bagdadi sort du lot, et ce dernier devient l’ennemi public numéro un.

Dans le contexte du Printemps arabe qui touche de nombreux pays du nord de l’Afrique et du Moyen-Orient, le régime de Bachar al-Assad en Syrie est particulièrement contesté par la population syrienne. Abou Bakr al-Bagdadi profite alors du contexte difficile dans le pays pour envoyer des membres afin de soutenir l’insurrection populaire. Commence alors l’essor du groupe en territoire syrien.

Abou Bakr al-Bagdadi, premier calife de l’État Islamique

Al-Bagdadi décide dans un même temps que l’EI en Irak devient “l’État Islamique en Irak et au Levant” – ISIS en anglais – en se rapprochant du front Al-Nosra, branche d’Al-Qaida en Syrie. Les succès militaires s’accumulent pour l’EI en territoire syrien. Début mars 2013, Raqqa tombe aux mains de l’organisation : le peuple voit les hommes de cette dernière comme des sauveurs, alors qu’ils y mettent en place une véritable terreur. Des villes sunnites irakiennes passent sous la dominance de l’EI comme Fallujah et Ramadi début 2014, puis Mossoul, troisième ville du pays – 2.2 millions d’habitants -, au mois de juin de la même année.

Et le califat fut créé

Juin 2014 est une date important pour l’EI : elle correspond à la proclamation du califat. Al-Bagdadi devient ainsi calife, c’est-à-dire chef des musulmans du monde entier (selon lui). Commence alors une propagande institutionnalisée de la part de l’organisation.

En août 2014, la décapitation filmée du journaliste américain James Foley entraîne des réactions sur la scène internationale, et une coalition menée par les États-Unis multiplie les raids aériens sur les positions de l’EI en Syrie notamment. C’est le réel début d’un conflit mondial. L’organisation se déploie sur de nombreux fronts, et s’en prend à une multitude de peuples différents, notamment des chrétiens ou des yazidis.

Mais l’EI ne s’en prend pas seulement aux civils. Pour faire encore plus réagir à l’échelle internationale, la destruction de sites archéologiques historiques et célèbres internationalement devient le nouveau passe-temps des soldats du califat. L’État Islamique ne s’arrête malheureusement pas ici pour terroriser le monde entier. A partir des années 2010, des attentats d’ampleur exceptionnelle sont commis dans le monde occidental ou à proximité. Bruxelles, Ottawa, Copenhague, Barcelone, la Tunisie, l’Egypte, les Etats-Unis, le Kenya, le Royaume-Uni… personne n’est épargné, comme le montre la carte ci-dessous, et encore moins la France : près de 250 personnes ont perdu la vie sur le territoire français suite à des actes terroristes perpétrées par l’Etat Islamique.

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Le déclin, enfin

La fin d’année 2015 marque le début de la fin pour le groupe terroriste, bien qu’il perpétue des attaques à répétition dans les pays occidentaux et du Moyen-Orient. L’armée irakienne reprend Ramadi, puis les forces syriennes reprennent à leur tour le site de Palmyre. L’État Islamique perd du terrain petit à petit, et se sent de plus en plus en danger. Au cours de l’année 2016, l’EI perd du terrain dans tous les pays où il s’est déployé : Syrie, Irak, Libye… Mossoul est libéré, puis Raqqa, considérée comme la capitale du groupe.

Depuis début 2018, le territoire contrôlé par l’État Islamique est de plus en plus restreint, et ne contrôle à partir de 2019 qu’un petit territoire à la frontière entre l’Irak et la Syrie : la ville syrienne de Baghouz. Depuis quelques semaines, des images tournaient en boucle sur les chaînes de télévision, montrant d’abord des femmes, des enfants, puis des hommes quittant la ville et se rendant aux forces démocratiques syriennes. Encerclés, les derniers soldats de l’EI ont donc fini par se rendre, réduisant à néant le territoire de l’organisation.

Si de plus en plus de spécialistes et de médias affirment la chute de l’État Islamique, il faut cependant rester très vigilant : la menace est toujours présente. L’organisation serait en possession de près de 10 millions de dollars, et continue de frapper avec des attentats toujours aussi meurtriers. Il faudra rester attentif à la position adoptée par les grandes puissances internationales et l’Occident face à l’avenir de ce fléau. 

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