Le derby du Nord à travers le regard des supporters

Des supporters soutiennent le RC Lens, deux jours avant d'affronter le Losc de Lille pour le 111e derby du Nord. 16 octobre 2020.

Dimanche 18 octobre, 21h00. Le stade Pierre Mauroy est vide, les rues lilloises sont désertes, les bars lensois ferment d’ici peu. Seule cette flamme brûlante, celle des supporters, réchauffe les cœurs et l’atmosphère bien morne du Nord. Leur passion et leur regard nous guident et vous guident avant, pendant et après ce 111ème derby du Nord. 

Hugo, João, Paul et Timéo sont des supporters fidèles du LOSC. Jocelyn, Romain, Mathys, Nathan, eux, soutiennent corps et âme le RC Lens. Pour tous, cette rivalité entre les deux clubs nordistes a des racines lointaines et profondes. La famille, l’amour pour la région et la fraternité sont les grands piliers de leurs histoires respectives.

Un “avant match” passionné

João confie suivre le LOSC depuis ses sept ans. Pour Jocelyn, c’était à la fin de ses années collège, pendant lesquelles les chants lensois résonnaient dans les bus scolaires.

Nathan, lui, a attrapé le virus paternel : “Je suis le RC Lens depuis que j’ai été voir un match avec mon père en 2014.” Paul regrette, quant à lui, de ne pas pouvoir regarder le match avec son père, étant sur son lieu d’étude. Cet héritage familial est encore plus fort et plus présent dans les mots de Jocelyn. Pour lui, le RC Lens est “l’héritage de cette région minière” qu’est le Nord.

Tous ont des mots très forts pour qualifier le lien qui les unis à leur club. Mathys n’hésite pas : pour lui, le RC Lens c’est “une drogue, réellement, aller au stade après les cours, tout oublier, l’ambiance. Tout cela m’a rendu fou, fou de ce club“. Nathan parle quant à lui d’un “mode de vie” et va plus loin : “C’est un peu de la lumière dans le grisaille du Nord.” “La chaleur des Lillois n’est pas une légende, je trouve que ce club renferme une ferveur particulière”, confie Paul.

À ces sentiments affectifs puissants s’ajoute la fierté. La fierté si caractéristique des supporters de foot et encore plus fortement exprimée pour ce derby du Nord. João le dit lui-même : “L’enjeu, ce soir, est aussi la fierté, celle de la région. On veut montrer que le LOSC est bien le seul grand club du Nord“. Pour Hugo, “le LOSC est le meilleur club du Nord.” Timéo estime que “ce sont deux clubs qui se détestent et qui revendiquent tous les deux la suprématie de la région“. Nathan résume très bien l’ambiance de ce tant attendu derby du Nord : “Lens a envie de tuer le LOSC et le LOSC a envie d’humilier Lens.” Romain, quant à lui, trépigne d’impatience : “Un derby c’est important pour la région, pour nous. Cinq ans qu’on attend cela.”

Les 90 minutes de jeu s’annoncent intenses pour nos huit supporters. João confie avec humour : “Je vais regarder le match sur un bon vieux site de streaming avec un défibrillateur non loin.” Pour Timéo, la soirée s’annonce électrique. Son père, son oncle, ses cousins et lui seront devant la télévision, mais les deux premiers cités sont pour le RC Lens, lui et ses cousins pour les Dogues. Hugo estime que les derbys sont toujours très particuliers, avec une ambiance propre et leurs rivalités.

Tous donnent, par chauvinisme et par passion, leur équipe gagnante. Mais concèdent que l’adversaire sera redoutable. Le match s’annonce palpitant et insoutenable. Les supporters annoncent un derby du Nord tendu, assez brouillon, comme nombre de derbys.

Match amical RC Lens contre La Gantoise le 21 juillet 2020
En arrière plan, un groupe de supporters montés sur le toit d’un garage pour observer le match amical du RC Lens contre La Gantoise le 21 juillet 2020. Une action révélatrice de la passion des supporters lensois. © Célia Consolini / Pépère News

Lille remporte le derby du Nord avec la manière

Après plus de cinq ans sans derby, les supporters attendaient un beau match et de l’engagement de la part de leurs joueurs. Si le début de la rencontre laissait présager une certaine intensité des deux côtés, les supporters du RC Lens ont rapidement été déçus. Mathys a trouvé le contenu du match “vide” et “surprenant”. Les Lensois ont été totalement submergés par l’effectif lillois, subissant dès le milieu de la première mi-temps, avant de totalement sombrer au cours de la deuxième période. Cette différence de niveau est due à “l’écart entre un club qui se construit depuis des années et un club fraîchement promu”, selon Jocelyn.

Le premier tir était pourtant lensois. À la 7e minute, Sotoca tire mais sa frappe manque de puissance et n’inquiète pas les Lillois. Après cela, les occasions se font rares pour Lens qui ne parvient pas à mettre en danger la défense lilloise, particulièrement solide depuis le début de la saison. Lille n’a encaissé que deux buts en sept rencontres et reste la seule équipe à ne pas avoir été menée. Les attaquants ont également fait preuve d’une belle efficacité devant la cage comme en témoigne le but de Burak Yilmaz lors de la première occasion sur coup franc (11e). Selon Hugo, malgré “un manque de justesse dans les derniers gestes” en première période, Lille a démontré par ce match sa solidité et a prouvé qu’elle a sa place sur le podium. “J’ai retenu une équipe de Lille très séduisante, capable d’aller se frotter au haut du tableau pour très longtemps” assure Timéo.

Si les Lillois sont restés fidèles à eux-mêmes, Lens était méconnaissable durant ce derby. L’effectif s’est totalement effondré en seconde mi-temps, notamment après le deuxième but lillois. À la 47e minute, Jonathan Bamba marque sur une erreur défensive. Il est laissé seul devant le but et Leca, le gardien lensois, ne peut rien faire. Lens s’effondre défensivement alors que l’équipe peinait déjà offensivement. C’est néanmoins après l’expulsion de Jonathan Gradit à la 57e minute que l’équipe devient inexistante. “Après le deuxième but sur une erreur défensive et le deuxième jaune de Gradit, j’ai compris que le match était plié”, déclare Jocelyn. Les Lillois en profitent pour dérouler. Ikoné (69e) puis Yazici (79e) marquent sur deux passes décisives de Bamba, portant la marque à 4-0. Pendant ce temps, Lens continue de s’enfoncer avec le carton rouge de Clément Michelin (75e) entré 4 minutes plus tôt. De ce match lensois, on retiendra quand même du positif : “Le sérieux et les arrêts de Leca” comme le dit Mathys.

Deux équipes, deux ambiances “d’après match”

Ce soir, les supporters lillois trouveront certainement mieux le sommeil que leurs camarades lensois, quoique galvanisés par l’euphorie, la nuit s’annonce agitée tout de même.

Les Lensois sont dépités. Tous ont des mots durs, chargés d’émotions : “C’était vide !”, s’accable Mathys. Nathan est, lui, encore plus cru : “On a joué comme des merdes !” Jocelyn avoue avoir arrêté de regarder le match après le premier carton rouge. Avec leurs quelques mots ils expriment la frustration de tout un groupe, celui des supporters. Pour Romain, “c’était très très dur”. Le fameux “on” pour parler de leur équipe résonne dans tous leurs témoignages comme révélateur de leur engagement émotionnel et physique. Ils concèdent néanmoins que leur équipe est tombée sur plus fort ce soir.

Pour les supporters lillois, l’heure est à la fête, les superlatifs, les compliments mais également les attaques envers l’équipe adverse rythment leurs réactions. Pour João, les Dogues ont livré une “performance taille parton”. Il ajoute : “On les a mis à quatre pattes, ça fait un plaisir fou !” Paul et Timéo observent un “beau match” de la part du LOSC. Hugo résume : “C’est une énorme fierté, une immense joie de gagner un derby et en plus avec la manière. Les joueurs avaient la hargne et la rage de vaincre.” 

Les mots sont durs. La mythique tension du derby de Nord est palpable. Tous ont, cependant, déjà le regard braqué sur la suite de la saison. Les Lillois pensent à l’Europa League, les Lensois au maintien, au prochain match et surtout au match retour en mai 2021.

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