En lecture
Le populisme à l’italienne

Le populisme à l’italienne

A moins de 3 mois des élections européennes, le cas italien divise. Entre populisme et contrat de gouvernement, la situation transalpine actuelle s’avère être une première historique. Le pays est entré en récession et la situation avec Paris est plus tendue que jamais.

Le populisme, c’est quoi ?

Inutile de chercher à comprendre le problème italien sans savoir clairement ce qu’est le populisme. Cette notion va bien au-delà de l’habituel “c’est quand les politiciens disent ce que le peuple veut entendre”.
Bien sûr, cette vision traditionnelle n’est pas à rejeter totalement mais pourquoi qualifie-t-on des personnalités politiques comme Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Donald Trump ou encore Viktor Orban de populistes alors que leurs conceptions politiques divergent ? Pourquoi le Président Emmanuel Macron dit-il lui même être un vrai populiste ?
Le populisme pourrait être défini comme une tendance politique visant à défendre les intérêts du peuple.
Le sociologue Pierre Rosanvallon, dans La contre-démocratie, La politique à l’âge de la défiance, perçoit le populisme comme “une pathologie de la démocratie électorale-représentative”.
Le populisme serait donc un mal qui rongerait nos systèmes démocratiques actuels.

La divergence entre ces deux types de vision semble légitime. Le populisme avance des solutions simples à des questions complexes et actuelles comme la crise économique ou l’immigration. Des solutions qui parlent à tous et qui se rapprochent des véritables problèmes rapportés par les populations.
Cependant, de tels discours s’apparentent davantage à une tentative de récupération politique qu’à un véritable rapprochement du peuple (comme outre-atlantique ou pour le Brexit par exemple).
Cela apparaît donc comme paradoxal face à la définition commune du populisme qui prônerait l’inverse.

Un contrat de gouvernement

La situation politique en Italie est inédite. Retour sur la formation de ce gouvernement bipartite.
Le 4 mars 2018, la coalition de centre-droite remporte les élections législatives avec 37% (qui comprend la ligue du Nord, mouvement d’extrême droite de Matteo Salvini). Suivi de près par le mouvement de gauche 5 étoiles (même si celui-ci comprend également des positions de droite notamment sur la question migratoire) mené par Luigi Di Maio avec 32 %, ce qui en fait donc le premier parti du pays.

Les 2 partis décident de s’allier autour d’un contrat de gouvernement commun après approbation des militants.
En mai, Salvini et Di Maio proposent le nom de Giuseppe Conte, juriste faisant la synthèse entre les 2 partis, au président de la République Sergio Mattarella.
Giuseppe Conte devient ainsi président du Conseil, Salvini et Di Maio vice-présidents et respectivement ministre de l’Intérieur et du Travail.
Mais alors que dit-il ? Ce texte de 58 pages, divisé en 30 points, s’intéresse tant au côté économique que politique.
Parmi cela, la controversée question de l’immigration. Le gouvernement italien souhaite durcir sa politique migratoire à l’encontre des 500 000 migrants clandestins.
Le 29 novembre dernier, l’Italie adopte finalement la loi anti-migrants ardemment défendues par Matteo Salvini. Celle-ci prévoit le remplacement des permis de séjour humanitaires, octroyés à un quart des demandeurs d’asile (d’une durée de deux ans) par d’autres permis, tel que celui de « protection spéciale » (un an), ou de « catastrophe naturelle dans le pays d’origine » (6 mois). Cette loi permet également l’expulsion de tout demandeur d’asile se montrant « dangereux ».
S’ajoute une réforme des retraites permettant de partir plus tôt  (62 ans avec 38 annuités) ou un revenu de citoyenneté accordant 780€ mensuels pour les italiens les plus pauvres.

Photo de l’ensemble du gouvernement italien

Cependant, ce contrat ne signifie pas que les deux mouvements s’accordent en tout point. L’historien et sociologue Marc Lazar parle de « divergences parallèles » : le M5S et la Ligue s’opposent ainsi régulièrement (comme avec la construction de la ligne de train Lyon-Turin, voulue par la Ligue, pas par le M5S).
Les deux mouvements convergent néanmoins autour de l’idée d’une souveraineté nationale forte.

L’amorce d’un « national-populisme »

Avec ce gouvernement, le populisme fait son entrée dans la sphère étatique italienne.
Celui-ci est notamment basé sur l’importante mise en scène de Salvini sur les réseaux sociaux et le placement d’hommes forts aux postes stratégiques (Giancarlo Giorgetti à la présidence du conseil des ministres pour la Ligue, Alfonso Bonafede à la justice pour le M5S).

Selon Marc Lazar, l’ensemble du système politique italien repose sur la « peuplocratie », c’est-à-dire « l’idée que la souveraineté du peuple est sans limite  » avec une remise en cause de la démocratie représentative.
Cette dynamique se base sur un principe de « vous n’avez pas été élus donc taisez-vous » qui plait (entre 55 et 60% d’opinions favorables à ce gouvernement).

Un éloignement de l’Europe

En moins de 30 ans, le pays est passé de pro-européen à anti-européen, en passant par l’euro-dubitatisme.
La Botte cherche aujourd’hui à retrouver un pouvoir politique fort et une économie rayonnante.
Depuis la crise de 2008, l’Italie et son PIB ont souffert des politiques d’austérité imposées par Bruxelles (baisse des salaires des fonctionnaires et des aides sociales et hausse des impôts).
Selon l’OCDE, le taux de chômage des jeunes atteignait 34.8 % en 2017 (contre seulement 6.8 en Allemagne). 50 000 jeunes italiens quittent le pays chaque année en quête d’un avenir meilleur.

Enfin, la méfiance à l’égard de la France est grandissante. Emmanuel Macron est l’un des hommes politiques les plus détestées en Italie. On estime également que seul 20% des italiens ont confiance en l’Hexagone.
La crise entre Rome et Paris n’arrange pas les choses. L’ambassadeur français en Italie a été rappelé pendant une semaine et Salvini a encouragé à se défaire d’un «  très mauvais président ».

Manifestation anti-racisme à Milan

Néanmoins, le populisme italien ne fait pas l’unanimité à l’intérieur même du pays. En effet, près de 200 000 personnes ont manifesté ce 2 mars à Milan pour protester contre le racisme et toutes formes de discrimination connues par le pays depuis l’arrivée de la coalition.

Quelle est votre réaction ?
Excited
0
Happy
0
In Love
0
Not Sure
0
Silly
0
Voir les commentaires (1)

Répondre

Haut de la page