En lecture
Le porno a la trique

Le porno a la trique

Qui peut affirmer n’avoir jamais regardé un porno, dans le secret de sa chambre ou le soir à la télé pendant ces heures où tout le monde dort dans la maison ? Qui peut dire n’avoir jamais eu sous les yeux, même par inadvertance, une vidéo d’hommes et de femmes nus faisant des acrobaties et hurlant à qui veut l’entendre leur plaisir physique ? Personne. Le porno est partout et aujourd’hui il devient presque impossible d’ignorer le pouvoir que l’industrie du sexe peut avoir sur nos vies et nos décisions au quotidien. Mais alors, qui sont les magnas de ce secteur si controversé et jusqu’où vont-ils pour vendre leurs “produits” ?

Le sexe, un marché qui rapporte gros

En dehors des sex-shops autorisés en France, qui rapportent en moyenne 20 milliards de dollars par an dans le monde, et de la  prostitution (environ 100 milliards de dollars par an à l’échelle mondiale), la productions de films X est le marché le plus rentable du secteur avec un chiffre d’en moyenne 200 millions d’euros rien qu’en France. 60% de la population mondiale regarde du porno régulièrement et les grands patrons des vidéos pour adultes en tirent profit au maximum. La place de PornHub (le site de tubes le plus connu) au classement mondiale des sites les plus visités en est la preuve : 36 au rang mondial . Il est suivi de prêt par Xvideos et Bonga Cams, respectivement à la 39eme et 48eme place.

Les plus gros producteurs français ont très vite compris le potentiel économique du porno puisqu’ils génèrent à présent plusieurs millions d’euros par an en prenant le monopole du marché. Ils ingèrent le secteur des pro-am (mélange de pratique professionnelle et amateure) en rachetant leurs vidéos et en attirant leurs acteurs à succès. Parmi les plus conséquents on peut citer Jacquie et Michel avec un chiffre annuel de 25 millions d’euros ou encore Marc Dorcel avec 20 millions d’euros en 2017. Les productions n’ont donc aucun souci à se faire puisque la consommation ne fait qu’augmenter. Selon un sondage de l’IFOP entre 2013 et 2017 la consultation de sites pornographiques a augmenté de 14% chez les 15-17 ans, des consommateurs qui continueront pour la plupart cette habitude dans leur vie adulte.

Quelle influence sur nos vies ?

Le sexe est présent dans tout notre entourage, de manière évidente ou sans que l’on s’en rende compte. Les publicitaires sont les premiers à utiliser cette influence en introduisant des images subliminales à caractères sexuels dans leurs spots ou leurs affiches. Ce n’est pas par hasard que les frites de vos fastfood préférés sont représentées près d’une bouche pulpeuse et barbouillée de rouge à lèvre criard. Ça ne vous évoque rien en particulier ? Ces publicités font appel à votre instinct primaire, votre subconscient en rute, qui sans le savoir vous demande du sexe et est donc attiré par ses représentations, même lointaines.

Les représentations pornographiques sont également de plus en plus fréquentes à Hollywood, montrant un cinéma plus grivois qu’auparavant. Avec l’évocation du sexe à l’écran, on pense tout de suite à 50 Nuances de Grey et aux pratiques BDSM controversées que le film montre librement (on voit quand même une femme se faire dominer tout au long du film et la scène du glaçon me donne encore des frissons, mais pas de désir…).

Ces techniques de vente et la surreprésentation du sexe au quotidien ont une influence non négligeable sur nos pratiques. Tout d’abord en créant une consommation précoce de pornographie. Les jeunes découvrent à présent le monde sexuel dans son entièreté à partir de 13-14 ans à travers le porno. Cette éducation sexuelle décalée de la réalité crée des problèmes variés : représentation erronée de la sexualité, troubles de l’érection, une vision du rapport homme-femme faussé, nymphomanie, perte de libido… Autant de dysfonctionnements qui montrent le côté néfaste du porno. Bien qu’exacerbant nos fantasmes, il nous déconnecte de la réalité pour faire de nous des esclaves traumatisés d’un monde toujours plus normalisé.

Le porno, un monde violent

Robin D’Angelo, journaliste freelance, s’est introduit dans le monde du porno pendant 1 an, courant d’un tournage à l’autre, se liant avec les acteurs et actrices, participant même à un bukkake cagoulé (pratique sexuelle dans laquelle des hommes éjaculent sur le visage d’une femme), jusqu’à arriver à la production de Jacquie et Michel. De cette expérience en est sorti le livre Judy, Sofia, Lola et moi, racontant en détails les déboires du monde du X. A la lecture on découvre un univers violent où la frontière entre consentement et viol est très fine.

Voir aussi

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les femmes ne font rien par plaisir (ou seulement dans de très rares cas), mais plutôt par besoin d’argent. Cela se ressent dans leur salaires jusqu’à 350€ par scène contre 150€ pour les hommes. En effet, les hommes sont “récompensés” par leur plaisir tandis que les hardeuses, elles, doivent parfois subir des scènes douloureuses (double pénétration, sodomie), sans forcément ressentir de jouissance. Cela s’explique par une hiérarchisation de la sexualité et par une sorte de chosification de la femme qui devient un objet de fantasme erroné.

La plupart des actrices ont un passé psychologique difficile, une enfance brisée par les abus sexuels et une vie active compliquée. Le porno ne fait rien pour arranger leur condition, si ce n’est économiquement sur le court terme. Les producteurs font souvent pression sur elles pour leur faire accepter des pratiques qu’elles refusent au premier abord, parfois elles sont prises “par surprise” lors d’un tournage et se retrouvent dos au mur. Les contrats de travail ne sont pas toujours respectés, voire inexistants, ne laissant que très peu de marge juridique aux actrices en cas d’abus. Ce train de vie laisse souvent des cicatrices physiques et psychiques, qui peuvent se traîner sur toute une existence. Il est très difficile pour elles de vivre en dehors du porno, ne trouvant pas de travail, dans une sorte de cercle vicieux liant culpabilité et auto-destruction.

En conclusion, le porno n’est pas aussi rose qu’on aimerait nous le faire croire. Dans notre société où tout est régi par les normes, celles du sexe se présentent néfastes psychologiquement, cherchant plus la performance que le plaisir. Il semblerait donc plus sage de s’en tenir au naturel et à la “vraie vie”.

Pour plus d’informations et de détails sur le livre cité, cliquez ici.

Quelle est votre réaction ?
Excited
0
Happy
0
In Love
0
Not Sure
0
Silly
0
Voir les commentaires (1)

Répondre

Haut de la page