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Le Roi : un joli bricolage historique

Le Roi : un joli bricolage historique

Le Roi - Avis

Sorti depuis le 1er novembre sur Netflix, Le Roi est lancé comme la figure de proue du moment de la plateforme de streaming. Il est écrit et réalisé par David Michôd qui réitère son expérience Netflix après un War Machine qui avait reçu des critiques mitigées. Ici, on assiste plutôt à un engouement tout relatif.

Hal, jeune prince rebelle, tourne le dos à la royauté pour vivre auprès du peuple. Mais à la mort de son père, le tyrannique Henri IV d’Angleterre, Hal ne peut plus échapper au destin qu’il tentait de fuir et est couronné roi à son tour. Le jeune Henri V doit désormais affronter le désordre politique et la guerre que son père a laissés derrière lui.

Une jolie coquille…

Le film est beau. C’est un fait, il est objectivement et plastiquement beau. On ressent une envie du détail dans les décors, les tenues et accessoires. On insiste sur les tissus, les matières, on a envie de venir palper certains éléments.  La réalisation est bonne, prend le temps de poser ses cadres, ses situations, laissant le temps aux comédiens de s’exprimer. Netflix a dû mettre les moyens pour ce film et ça se sent. Les effets spéciaux (sur un ordinateur en tout cas) sont impeccables, utilisés avec parcimonie. Ils ne font jamais sortir du film et ne trahissent jamais sa teinte crasseuse moyenâgeuse. Tous les moyens plastiques sont mis en place pour une immersion historique.

Un casting correct

Après toutes ces qualités visuelles, il est dommage de remarquer un jeu d’acteurs.rices tout juste correct. Outre Timothée Chalamet et un Robert Pattinson inspiré, qui essaye tant bien que mal de sortir son personnage de la caricature, le casting est fade. Si certains font des efforts et jouent correctement, on remarque qu’ils jouent et ça nous sort du film. Impossible alors de ressentir ce qu’ils veulent transmettre. C’est un reproche qui vaut d’habitude pour les casting français : une manie de jouer au cinéma comme on joue au théâtre.

Pourtant, le long métrage arrive de temps à autre à atteindre un pic d’ampleur, autant visuelle que sentimentale. C’est principalement dû à la musique composée par Nicholas Britell. Ses violons nous accompagnent dans des instants de grâce et d’envolées lyriques, et nous transportent au cœur des émotions. Un constat est à faire : la musique est plus émouvante que les comédiens.

Robert Pattinson excellent en maniaque, on regrette qu’il soit sous-exploité. Credit: Netflix

Pour un bricolage historique

Mais si le film est bon sans être incroyable, il choisit de parler d’une époque historique, et ça fait débat. En effet, le film traite notamment de la bataille d’Azincourt avec un regard négligé. C’est son plus grand défaut : il se permet de nombreuses errances et approximations historiques. Un défaut plutôt courant dans le cinéma contemporain qui relance une fois de plus le débat : une histoire de cinéma dite « historique » doit-elle être conforme à la réalité ?

D’un côté du ring, nous avons les artistes. Auteurs et créateurs d’univers qui désirent s’inspirer du réel pour créer un nouvel univers, un univers de cinéma. Pour eux, les libertés prises sont nécessaires pour les bienfaits du film, pour servir le rythme du scénario et la profondeur des personnages. Du côté des historiens cependant, cette pratique est vue d’un très mauvais œil. Comme le dit le médiéviste Christophe Gilliot, directeur au Centre historique médiéval :

On est écœuré parce qu’en 2 heures, ce genre de films vient démolir tout le travail de médiation qu’on effectue depuis huit ans ou les travaux de recherche d’historiens comme Anne Curry ou Bertrand Schnerb”, poursuit-il. “C’est vraiment inquiétant qu’on puisse réécrire à ce point l’histoire et on peut difficilement lutter contre ça. Le grand public préférera toujours un film à un bouquin d’histoire. Là, il y a des gens sous terre, des gens qui sont vraiment morts lors de cette bataille, c’est ça qui me dérange le plus.

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Propos recueillis par France 3 Haut-de-France.

Prendre des pincettes

Car quelle est la proportion des spectateurs qui vont prendre des pincettes devant le film ? Lesquels le prendront pour ce qu’il est : une fiction s’inspirant de la réalité ? Lorsqu’on le voit classé sous l’appellation « film historique » il est évident que la majorité sortira du film avec des idées historiquement fausses. Je ne peux alors que comprendre le dégoût de Christophe Gilliot : c’est un manque de respect pour la mémoire de ces personnes et le travail de la recherche historique. C’était une occasion unique de faire découvrir cette bataille et cette histoire au plus grand nombre, Netflix est passé à côté de son sujet.

Mais peut-être que son objectif n’avait jamais été là. Peut-être que les créateurs n’ont jamais eu l’ambition de faire un film historique. Peut-être qu’ils le voyaient comme une simple fiction retraçant grossièrement une histoire réelle. Prendre ce réel comme excuse pour parler de thèmes profonds comme le besoin de guerre, son côté inévitable. Critiquer l’être humain au travers de personnages shakespeariens. Des ambitions respectables qui sont au final correctement menées.

Il faut donc nuancer tout ça. Car si l’on se met à interdire des choses aux artistes, on place simplement des frontières à la création. Cela nous priverait sans aucun doute d’œuvres magistrales. C’est tout simplement un travail pour le spectateur. À lui de ne pas mettre au même niveau un documentaire historique, une série comme Chernobyl ou un film comme Le Roi. L’un est véridique, l’autre tente d’être le plus factuel possible avec un but pédagogique et divertissant. Le dernier, enfin, n’est qu’une fiction s’inspirant de la réalité. Ce n’est pas au créateur de s’interdire des choses, c’est au spectateur de ne pas rester passif.

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