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Les étudiants au pied du mur face à la continuité pédagogique

Les étudiants au pied du mur face à la continuité pédagogique

Les étudiants face à la continuité pédagogique

Dès l’annonce de la fermeture des écoles et des universités pour lutter contre la propagation du Covid-19, chaque établissement a été contraint de rapidement s’adapter à cette situation exceptionnelle pour appliquer le principe de continuité pédagogique. Grâce à différents témoignages d’étudiants, de syndicats, de professeurs et de membres des administrations, nous revenons aujourd’hui sur les problématiques posées.

Les étudiants face à plusieurs problèmes techniques

Une grande majorité d’établissements s’est résolue à organiser les cours via des visioconférences. Ainsi aux créneaux habituels, professeurs et étudiants se réunissent sur des applications dédiées. Cependant, de nombreux étudiants se plaignent de ne pas pouvoir suivre les cours dans de bonnes conditions à cause d’incessants problèmes de connexion. « À la maison, on est deux à avoir des cours par visioconférence avec ma sœur. Lorsqu’on a cours au même moment, on doit choisir qui suit le sien sinon c’est impossible avec les bugs », confie un étudiant de l’Université Rennes-II.

Parmi les applications de visioconférence les plus utilisées, on trouve notamment la plateforme américaine Zoom. Son nombre d’utilisateurs a récemment augmenté de 67% du fait de sa gratuité et de sa facilité de prise en main. Cependant, le service de communication vidéo a déclenché une polémique : il a été révélé que Zoom partageait les informations de ses utilisateurs avec Facebook. Cette pratique, assez habituelle, n’avait cependant pas été inscrite dans sa politique de confidentialité. Le service n’est donc pas exempt de tout reproche sur la protection des données et de la vie privée. Mais les étudiants et les professeurs l’utilisent faute de mieux.

Un sentiment d’abandon partagé alors que se profilent les échéances de fin d’année

Beaucoup d’étudiants continuent de déplorer un manque cruel de communication, que ce soit de la part des administrations ou des professeurs. Une étudiante de l’École du Louvre explique : « L’école ne communique pas assez avec nous. On ne sait pas quand et comment seront les examens. Aucune nouvelle des profs non plus. Le seul lien qu’on ait eu avec l’administration se résume à quelques mails de la directrice qui nous informent que les professeurs seront plus indulgents… Mais cela reste flou ». Les interrogations autour de la tenue des examens finaux dans les facs et dans les écoles restent pour l’instant sans réponses.

Les plus touchés sont les élèves de classes préparatoires et ceux en première année de médecine. Déjà sous pression habituellement, ces étudiants doivent désormais affronter une tension supplémentaire au minimum deux mois de plus. « Déjà qu’en temps normal on nous demande des trucs inhumains… là c’est la dépression ! », conclut une étudiante en PACES. Les élèves de prépa ont dû revoir leur organisation à cause du report des concours au mois de juin. De plus, les épreuves orales, se tenant d’habitude en juillet, pourraient être supprimées faute de temps. « On a l’impression que toute l’avance qu’on a pu avoir va être comblée par les 3/2 à cause de cette longue période de révision. D’autant qu’on a des points de retard à combler sur ceux qui ont encore la possibilité de cuber. » Un sentiment d’injustice partagé par les élèves de 5/2, dont c’est la dernière année pour intégrer une école, et de PACES, dont c’est la seconde tentative.

Motivation, concentration et atmosphère de travail à l’épreuve du confinement

« Psychologiquement, j’ai associé l’internat à un lieu de travail et la maison à un lieu de repos ». De nombreux étudiants expliquent ne pas être dans des conditions optimales de travail depuis la mise en place du confinement. Avec la fermeture des bibliothèques, certains ne disposent plus d’un endroit au calme pour réviser. Un étudiant de Sciences Po rentré auprès de sa famille nous décrit sa situation. « Deux options s’offrent à moi : décaler mes horaires d’études en travaillant la nuit quand ma famille dort pour occuper le salon, ou trouver des lieux inadaptés au travail comme les toilettes ou la salle de bain ».

La grande majorité des étudiants dispose néanmoins d’un lieu compatible avec la poursuite des études. Mais ils se heurtent souvent à des défauts de motivation ou de concentration. Playstation, Netflix, YouTube : il est facile d’être absorbé et de perdre une dynamique studieuse. Les journées sont longues et répétitives et on ne connaît pas de date d’échéance. Un élève en prépa MP* au Lycée du Parc à Lyon le reconnaît : il préfère revoir un Grand Prix de Formule 1 sur YouTube plutôt que de travailler les matières qui lui semblent moins importantes. Mais il apporte une solution pour des cas similaires. « Je m’oblige à utiliser la fonction qui limite le temps passé sur certaines applications de mon téléphone. » Un sage sacrifice qui, on l’espère, payera.

Des réactions variées du côté des professeurs

Les conditions de travail des étudiants ne sont pas optimales, mais les professeurs doivent tout de même les évaluer. De ce fait, la quantité de travail à produire seul a considérablement augmenté dans de nombreux établissements. « On a beaucoup plus de travail que lorsqu’on est en cours. C’est étouffant : les deadlines se chevauchent et changent au gré des profs. Je passe quand même 12 heures de ma journée à travailler » témoigne une étudiante de Sciences Po Lyon. Elle est accablée par un manque cruel de concertation des équipes pédagogiques.

Le constat est similaire pour les étudiants des filières scientifiques. Pour compenser l’absence de TD, les professeurs de la Sorbonne distribuent deux fois plus de travail. En effet, réaliser des exercices reste le mode d’évaluation le plus simple à distance. Certaines prépas avaient profité du dernier samedi avant le confinement pour dispenser un nombre incalculable d’heures de cours. À l’époque, la prise de conscience de la dangerosité du virus paraissait encore limitée. L’objectif était toujours d’obtenir de meilleurs résultats aux concours. Ainsi, plusieurs établissements sont restés ouverts plus longtemps que d’habitude. Et ce, malgré les demandes du gouvernement de limiter au maximum les rassemblements.

Pour autant, la diversité des situations conduit certains étudiants à pouvoir globalement compter sur la bienveillance de leurs professeurs. Comme eux, ils sont confinés chez eux et travaillent dans des conditions difficiles. Les étudiants de la fac Lille 2, bloquée depuis plusieurs mois, avaient eu la promesse d’une validation des TD avec une note plancher de 15/20. Mais les professeurs se sont rétractés au vu de la tournure des événements. Pour éviter une mauvaise surprise, ils ont préféré demander aux étudiants de rendre un travail. Dans de telles circonstances, d’autres enseignants font le choix de l’indulgence dans leurs critères de notation. Un chargé de TD de l’ENS explique ainsi que « les notes ne descendront pas en dessous de 10. Cela permet de garantir aux élèves de valider le cours dès lors qu’ils ont rendu un travail ».

Des demandes d’aménagements que les administrations ont légitimement du mal à accepter

Les demandes des étudiants concernent en général la validation du semestre ainsi que la suppression d’éventuels examens finaux. À Sciences Po, une pétition a été signée par près d’un millier d’étudiants afin d’obtenir un « 10 améliorable ». Cette décision garantirait selon eux la validation de l’ensemble des cours pour tous. Mais les modalités d’évaluation habituelles ont été maintenues par l’administration. « Nous avons tenu compte à la fois de la situation internationale de crise que nous vivons et de la nécessité de maintenir un niveau d’exigence indispensable à la qualité du diplôme. » Cet argument relatif à la réputation de l’école peut se comprendre. C’est d’ailleurs ce que prônent de nombreuses facs et écoles de commerce à l’image de Paris I Sorbonne ou encore l’IESEG à Lille. Mais les syndicats, eux, n’ont pas été convaincus par cette réponse de Sciences Po.

Toujours est-il qu’il faut reconnaître aux administrations, comme aux autres acteurs du monde estudiantin, toute la difficulté de gérer cette crise sanitaire inédite.

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