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Les “gilets jaunes” : une fracture à la française

Les “gilets jaunes” : une fracture à la française

La journée du 17 Novembre 2018 est une de celles qui déchaînent les passions et laissent des traces dans les jours et semaines qui suivent. Il n’est pas un français qui n’ait un avis sur la question tant le cœur du sujet concerne chacun d’entre eux. Ainsi, loin d’être une préoccupation politique obscure, la hausse des prix du carburant (et les blocages qui en résultent) touche tous les ménages, pauvres ou riches, de gauche ou de droite, dans leur quotidien. La nature trans-partisane du mouvement et son apparente faculté à s’écarter du traditionnel clivage gauche/droite en est le meilleur exemple. Ainsi, à la veille de la journée d’action, 74% des français soutenaient l’action des « gilets jaunes. »

France “bobo” VS France périphérique ?

Notre société a du mal avec la nuance (malgré les efforts d’un certain E. Macron pour lui insuffler sa pensée ô combien « complexe ») et est prompte à créer de nouvelles grilles de lecture. C’est là qu’apparaît LE nouveau clivage. Il opposerait des « gars qui fument des clopes et roulent au diesel » si on se fie aux propos qu’aurait rapporté Benjamin Griveaux au JDD, et une « élite intellectuelle pédante et vegan » si on se fie à moi pour réaliser un combo gagnant des perles de Twitter et autres réseaux. 

Notons tout de même que si les propos de notre ministre sont avérés, il a visiblement encore quelques leçons de  « complexité » à prendre auprès de son supérieur. De la même manière, la bouillie stupide délivrée par certains sur internet révèle leur incapacité à tenter de comprendre intelligemment des personnes aux raisonnements différents et dont l’opposition au mouvement ne se résume pas forcément à une problématique monétaire ou écologique.

Diviser pour mieux régner

Pourtant, les français auraient tellement à gagner à se comprendre ! Les gilets jaunes sont multiples, divers. Quand l’un d’entre eux roule tous les jours des dizaines de kilomètres en campagne, un autre voit là une mesure gouvernementale qui augmente le fossé entre “riches” et “pauvres” ou une hypocrisie écologique après la démission de Hulot. De la même manière, les opposants peuvent être des écologistes convaincus comme des travailleurs appartenant à la même classe sociale que les manifestants, loin de l’image du bobo-parisien bien-pensant.

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Pendant ce temps, la présidence Macron peut presque dormir tranquille. Les français sont trop occupés à se monter les uns contre les autres pour regarder ensemble vers la cause commune de leurs soucis. Procédé classique utilisé à maintes reprises me direz-vous. Quoi de mieux que de transformer des revendications sociales souvent légitimes en un carnaval de volontés particulières parfois égoïstes ? Et ce n’est pas le peu de mesures proposées par E. Philippe qui viendront réduire cette fracture…

S’il est une leçon à retenir, elle est sans doute ici : les français veulent un monde et une vie meilleure ? Cela est impossible sans l’acceptation de différences (qui sont ridicules au vu des objectifs communs partagés par l’immense majorité d’entre eux), une petite dose d’empathie et une volonté commune d’aller de l’avant et de mener ensemble leurs combats.

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