Les Paniers de Léa, quand manger local à Lille devient possible

Fruits et légumes

Implantés en 2010 sur le port de Lille, “Les Paniers de Léa” ont pour vocation initiale de contribuer au développement des circuits courts afin de redonner du sens à notre rapport à l’alimentation. Cet engagement vers le manger local, bien que naissant à l’époque, pouvait apparaître quelque peu avant-gardiste. Pour autant, il prend tout son sens dans notre société actuelle et encore plus en ces temps de crise. 

Comprendre et maîtriser son alimentation est un des enjeux majeurs de notre génération. Les scandales sanitaires, tels que la “vache folle” dans les années 1990, et la prise de conscience grandissante des enjeux environnementaux ont accru la défiance des consommateurs envers la nourriture et augmenté leur désir d’en reprendre le contrôle. Pour répondre à cette problématique, manger local apparaît comme une solution idéale. Il s’agit d’une alternative qui séduit de plus en plus d’individus à la recherche d’une plus grande sécurité alimentaire. Cet enjeu essentiel, Bastien Dognin et Olivier Hirel l’ont compris dès 2010 lorsqu’ils fondent “Les Paniers de Léa”.

Vers un avenir durable et une alimentation qui a du sens

Réduction de l’empreinte carbone, augmentation des valeurs nutritionnelles, soutien de l’économie locale… sont tout autant de vertus économiques, écologiques et sanitaires garanties par une alimentation plus localisée. C’est notamment ce qui a conduit Bastien et Olivier à créer une plateforme de lien entre consommateurs et producteurs lillois. Mais avant tout, ils sont animés par l’idée de redonner du sens à l’alimentation.

Employé dans une coopérative agricole à cette époque, Olivier est frappé par le système de distribution des fruits et légumes qui entraîne une perte de sens des flux de vente et d’achat. Plus concrètement, Bastien explique : “Un producteur de carottes pouvait envoyer ses carottes dans un supermarché du sud de la France alors qu’à deux kilomètres de chez lui, un supermarché vendait des carottes en provenance des Pays-Bas.” Partant de ce constat, “Les Paniers de Léa” se destinent donc initialement aux consommateurs. Ces derniers commandent des paniers composés de fruits ou de légumes, issus de producteurs autour de Lille respectueux des principes de l’agriculture raisonnée.

“Faire de l’alimentation saine et durable un outil au service des enjeux en matière de RSE” – Bastien Dognin, cofondateur des Paniers de Léa

Rapidement, il s’avère que nombre de leurs clients demandent à se faire livrer les paniers directement sur leur lieu de travail. “Les Paniers de Léa” se réinventent donc en 2013-2014 autour d’une nouvelle clientèle et redéfinissent leur mission.

Panier fruits
Livraison hebdomadaire d’une cagette de fruits au sein de l’Agence Bastille. © Facebook (Agence Bastille)

Depuis environ 6 ans, ils ont abandonné la livraison aux particuliers pour fournir les entreprises de corbeilles de fruits, petits-déjeuners, plateaux-repas et bientôt de machines à café. L’idée est de “faire de l’alimentation saine et durable un outil au service des enjeux des organisations en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), de qualité de vie au travail et de prévention santé”, selon les propos de Bastien. “Les Paniers de Léa” usent donc du manger local pour accompagner les entreprises dans leur contribution aux enjeux du développement durable ainsi que pour prendre part au bien-être de leurs employés.

Une transition alimentaire par l’éducation

Le virage pris en 2014 aura non seulement permis de mettre l’alimentation locale au service de nouveaux enjeux, toujours liés à la construction d’un avenir plus durable, mais aussi d’accompagner cette transition alimentaire par l’éducation.

Pour pouvoir envisager une conversion pérenne vers le manger local, “Les Paniers de Léa” font le pari d’une sensibilisation à l’alimentation saine et durable via des ateliers ludiques et pédagogiques organisés dans les entreprises. Il s’agit, par exemple, de vélos à smoothies ou de cours de cuisine. Cette démarche pourrait même se poursuivre directement au sein des universités pour accompagner les politiques de prévention santé.

Bastien est persuadé que “catastropher les gens sur les enjeux de l’alimentation a plutôt un effet négatif parce que les gens finissent par se braquer”. Au contraire, “il faut écrire une histoire et une culture autour de l’alimentation et le faire de manière positive”, telle est la solution pour inviter les individus à consommer localement et de manière responsable.

Le coronavirus, un accélérateur de cette transition ?

Il est clair que l’épidémie actuelle a bouleversé les habitudes alimentaires des Français. Certains ont accumulé les stocks par peur de pénurie, d’autres misent sur le “faire soi-même” et surtout, beaucoup se sont tournés vers les produits locaux. Il semble, en effet, que la Covid-19 ait renforcé la suspicion des consommateurs vis-à-vis de la nourriture et ainsi marqué le succès des circuits courts.

Drive anti-gaspi
Depuis le confinement, “Les Paniers de Léa” organisent des opérations de déstockage et ont ouvert un drive anti-gaspi dans leur entrepôt au port de Lille. © Facebook (Les Paniers de Léa)

“Les Paniers de Léa” illustrent à merveille ce bouleversement. Pendant le confinement, ils ont su se réinventer et revenir à ce qui les avait construits au départ : la vente aux particuliers. Ils ont ainsi lancé le service de fruits et légumes à domicile et en point relais, ont ouvert un drive anti-gaspi sur le port de Lille et ont multiplié les live Facebook pour poursuivre leur campagne de sensibilisation autour de l’alimentation. Tout autant de nouveaux services qui ont de grandes chances de se poursuivre à l’avenir.

Bastien demeure confiant sur la poursuite de cette dynamique vers le manger local. Pour autant, encore 75% des Français se nourrissent dans les grandes surfaces. Preuve que le pari reste grand aujourd’hui, même si le coronavirus pourrait accélérer le processus.

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