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L’exposition “Novacène”, entre émerveillement esthétique et inquiétude climatique

L’exposition “Novacène”, entre émerveillement esthétique et inquiétude climatique

Novacène exposition Gare Saint Sauveur

Dans le cadre de l’évènement culturel Lille3000 Utopia, la Gare Saint Sauveur accueille l’exposition “Novacène”,  jusqu’au 2 octobre 2022. Une vingtaine d’artistes contemporains explorent les relations possibles, fascinantes et déconcertantes, entre l’humain et son environnement au sein d’une ère géologique utopique.

À l’entrée de l’exposition, deux corps s’enlacent : l’un est vivant, l’autre fait semblant. L’artiste russe Anna Komarova a constitué une petite forêt suspendue dans laquelle le visiteur peut prendre dans ses bras un arbre dont il ne reste que le tronc. L’oreille posée sur l’écorce, on entend des bruits d’oiseaux, d’insectes, les sons d’une nature bien vivante mais synthétisés par un programme informatique. À l’ère de l’anthropocène, elle pourrait être l’allégorie dangereusement réaliste des conséquences de l’activité humaine sur la géologie et les écosystèmes.

Au sein de ce que l’artiste appelle une “post-forêt”, cet enlacement pourrait aussi faire l’hypothèse de relations à nouveau possible entre l’humain et les autres vivants par le biais des technologies. Le Novacène, ère encore utopique bien que théorisée par le scientifique anglais James Lovelock, serait l’époque de ces relations renouvelées.

Novacène exposition Gare Saint Sauveur
À l’entrée de l’exposition, “Post” de Anna Komarova est une installation faite de troncs suspendus qui émettent des sons, constituant une forêt à la fois morte et vivante, que le visiteur peut enlacer.
© Olga Poyet / Pépère News

Un regard fantastique et réaliste

Dans la semi-obscurité de la Gare Saint Sauveur, les œuvres oscillent entre le sublime et l’inquiétant. Pour envisager, avec optimisme, de nouveaux liens entre l’humain et la nature, il faut aussi constater à quel point nos relations aux vivants et aux minéraux sont dégradées. L’installation de l’artiste coréenne JeeYoung Lee a réuni deux êtres qui se craignent. Elle place le visiteur dans une obscurité sous-marine où flottent des méduses en plastique d’un rose fluorescent à la fois fantastique, intriguant, mais aussi préoccupant. Ce “ballet aquatique” rappelle la prolifération des méduses en mer Méditerranée, accélérée par le réchauffement climatique, la pollution et la surpêche.

L’inquiétude est sans doute le sentiment qui caractérise notre époque face aux enjeux environnementaux et cela n’échappe pas au regard que pose chaque artiste. Comme dans le travail de JeeYoung Lee, une ambiguïté certaine résonne dans celui de Marie Luce Nadal qui provoque une rencontre dangereuse entre des extraits de nuages et des pierres d’amiante. Les interactions chimiques sont esthétiquement puissantes, mais jusqu’où seront-elles contrôlables par l’homme ?

Novacène exposition Gare Saint Sauveur
Canis Novacenus du duo d’artistique Art Orienté objet, composé de Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin, est une créature hybride représentant un chien redressé à hauteur d’homme.
© Olga Poyet / Pépère News

Un peu plus loin dans l’exposition, le “chien du futur”, “Canis Novacenus” du duo d’artistes Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin, se dresse à hauteur du visiteur. Squelette à tête de chien et au corps d’homme rehaussé par des prothèses, cette créature hybride est pour celui qui l’observe tout à fait déstabilisante. D’un côté, cette imagination transhumaniste plaît par son étrangeté, de l’autre, le geste amical qu’elle adresse est, venant d’un squelette, presque provoquant. D’autant plus si l’on fait le rapprochement avec Anubis, dieu funéraire de l’Égypte antique, représenté par un homme à tête de chien.

Le spectateur interpellé

Par un simple geste, par une installation immersive, palpable, ou encore par le vrombissement incessant de l’installation de Fabien Léaustic présentant une coulée d’argile, les œuvres utilisent les sens pour élever les consciences. Dans l’espace de l’exposition, la place du spectateur est très particulière. Se baladant entre des propositions artistiques qui jouent chacune sur des contrastes lumineux et des sonorités surprenantes, il est stupéfait par les sensations décuplées que provoquent une telle exposition immersive. Mais il est aussi inquiet face au constat de sa propre puissance sur la nature et, réciproquement, de la puissance de la nature sur son existence. L’exposition propose alors une autre manière, en dehors des rapports de forces, d’envisager les relations entre l’humain et le non-humain.

L’exposition Novacène est à voir à la Gare Saint Sauveur, au 17 Boulevard Jean-Baptiste Lebas à Lille, jusqu’au 2 octobre 2022. Elle est ouverte du mercredi au dimanche, de 12h à 19h. L’entrée est gratuite.

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