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L’intégration, Lille et les Chinois

L’intégration, Lille et les Chinois

Les étudiants chinois à Lille ? Sujet vague que le commun des mortels n’aurait certainement pas choisi de traiter. Mais pas pour nous. Nous flairions la bonne affaire.

Pourquoi des étudiants feraient-ils des milliers de kilomètres afin d’étudier dans un pays aux coutumes et habitudes fortement éloignées des leurs ? Surtout quand leur pays natal se trouve être la première puissance mondiale. Croyez-nous, nous sentions qu’il y avait anguille sous roche. La Chine. Pays étranger, se situant à 8000 kilomètres de toutes nos coutumes et traditions occidentales. Qui vend du rêve. De l’aventure. Du suspense. Et des raviolis chinois.

De l’aventure et de la nourriture ? Sujet trouvé. Chine nous voilà !

Ah mais on reste à Lille ? Notre budget n’étant pas extensible, et notre sujet parlant des étudiants chinois à Lille (et non des apprenties journalistes lilloises en Chine), nous étions destinées à enquêter sur place. De bonnes investigatrices retombent toujours sur leurs pattes, il était temps de le montrer. On fait jouer les contacts, les réseaux, on passe des coups de téléphone, on envoie des messages. Et cela prend plus de temps et d’énergie que prévu. Puis, la lumière au bout du tunnel apparaît enfin en la personne de TongYu Wu, jeune Chinoise en Master 2 de narratologie à Lille 3.

Nous apprenons qu’elle est là parce que le français est bien vu en Chine et que cela lui permettra de trouver du travail rapidement une fois de retour dans son pays. Ce qui nous convient, patriotes que nous sommes. Cependant, quelques jours plus tard, lorsqu’une professeure de français est soumise à notre interrogatoire mené d’une main de maître (style gentil flic et méchant flic), celle-ci dévoile une information capitale.

CAPITALE.

En effet, selon elle, une majorité d’étudiants chinois serait plutôt intéressée par le diplôme qu’ils espèrent obtenir plutôt que par l’enrichissement culturel de la vie dans un pays étranger.

Cruelle désillusion.

Puis en approfondissant nos recherches il apparaît que les Chinois sont victimes d’une profonde injustice et que cette vision d’enrichissement culturel ne serait propre qu’à nous, Français de notre état et que pour ces jeunes natifs de Chine, il est d’une nécessité presque vitale d’obtenir un diplôme afin de réussir leur vie. Et pour cause, un concours national appelé Gaokao est organisé entre le 7 et 9 juin de chaque année pour les élèves de terminale. Une sorte de baccalauréat. Jusque là, les Français et les Chinois partagent une souffrance commune.

Mais le Gaokao est particulièrement important car il détermine le droit d’entrée ou non dans les universités du pays ou d’ailleurs. Un score élevé permet à l’étudiant de choisir parmi les meilleurs établissements, alors qu’un score trop bas signifie souvent l’impossibilité de poursuivre ses études, ou alors l’obligation de s’inscrire dans une école privée souvent coûteuse et dont la reconnaissance n’est pas garantie. Une solution inenvisageable pour les familles modestes faisant tout pour que leur enfant unique réussisse le concours (souvent en déménageant). Des familles qui sont encore moins aidées si elles viennent des campagnes. En effet, le gouvernement chinois a établi des quotas afin de favoriser les lycéens des régions citadines par des points en plus, au désavantage de ceux des régions rurales.

Suite aux résultats, les plus chanceux s’en vont aux Etats-Unis pour des études à 35 000 $ l’année ou intègrent les meilleures universités de Chine alors que les autres étudiants se “contentent” de pays tels que la France qui, d’après nos regards experts, a un rapport qualité/prix très abordable avec un très honorable 2200 € l’année pour le DÉFI à Lille, contre 25 000 $ pour d’autres pays comme le Japon. Le “faible coût” de la formation française peut influencer des étudiants chinois à venir en France plutôt que de payer extrêmement cher leurs études en Chine pour une meilleure formation. À Lille 3 (aujourd’hui Lille SHS) les élèves questionnés avaient choisi la faculté à cause des études de français qu’ils menaient déjà dans leur pays, leur permettant peut-être une intégration plus facile que leurs camarades scientifiques. Cependant c’est à Lille 1, alias la Cité Scientifique, que les étudiants chinois sont les plus nombreux, notamment en master. Ce qui peut être un semblant de confirmation de la qualité des cours de l’Université de Lille.

Cependant si les universités sont ouvertes à ces étudiants notamment grâce aux partenariats entre les universités de Chine et de France, certains bons étudiants vont dans des écoles privées telles que l’IESEG, une école de commerce accessible pour le modique coût de 10 000 € l’année.

Après avoir réussi le concours national, trouvé une faculté ou une école privée en France, Adèle vous posera comme question rhétorique “Est-il possible de s’intégrer lorsque l’on ne connaît rien au pays dans lequel nous sommes ?”.

Ne vous creusez pas plus la tête : elle a LA réponse !

L’intégration est en effet très importante puisqu’une mauvaise compréhension de la langue du pays peut amener à des résultats médiocres conduisant à l’échec. Pour combattre la solitude, les étudiants peuvent se rapprocher de certaines associations comme celle de l’Union des Chercheurs et des Étudiants Chinois de Lille.

Nous avons plongé au coeur de ses secrets le temps d’une soirée, mais pas n’importe laquelle : celle du Nouvel An chinois. L’association nous a fait voyager dans les méandres de l’Histoire, nous avons traversé les temps de la dynastie Han, puis Tang, nous avons ensuite été projetées dans la République de Chine et nous nous sommes retrouvées dans la Chine moderne. Née dans les années 80, l’UCECL est reconnue au sein de la communauté chinoise de Lille. Elle dévoile aux Lillois un autre aspect de la culture de l’Empire du milieu lors de grands évènements comme son concours de chant annuel, sa participation à Mixcité, le festival de la Lune (mi-automne) ou des compétitions sportives (basket, badminton…).

C’est une chose de partager, mais plus concrètement ? Les membres de l’associations font jouer les contacts. L’un des membres, Antoine Portet, nous confie: “On s’entraide beaucoup, on a des groupes sur des réseaux sociaux chinois, 微信 (weixin), alias wechat, c’est un réseau social chinois très connu. On s’y échange beaucoup de choses: des offres d’emplois, des locations, parce que les étudiants chinois qui arrivent ici ont parfois du mal à trouver des logements.” “Traditionnellement on dit qu’entre Chinois on doit être proches” ajoute Shili (时力), président de l’association.

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Au sein des facultés et plus précisément à Lille, les étudiants venus décrocher des diplômes doivent affronter le DEFI. Ce n’est pas un simple acronyme, c’est le Centre de Français Langue Etrangère. Martine Eisenbeis, professeur de FLE à Lille 3 nous a parlé des actions pour l’ intégration des étudiants : ils peuvent participer aux salons de conversation, aux ateliers chanson et théâtre, et des voyages en Europe sont proposés par l’association ULYSSE. De quoi se faire rapidement des amis et apprendre le français en 2 ou 3 ans ! A condition d’avoir une motivation robuste.

Cependant Tongyu Wu, l’étudiante en narratologie n’a pas eu la chance de croiser sur son chemin une association telle que l’UCECL et n’a pas semblée être au courant des actions mises en place à l’Université de Lille. Elle a été épaulée par une amie lilloise étudiante en chinois qui avait fait un voyage en Chine. Mais c’est avec deux de ses camarades chinoises qu’elle a dû trouver son appartement et apprendre à connaître la ville. Tout un chamboulement puisque vivre dans un pays étranger signifie s’intégrer mais également manger la même nourriture que les autochtones. Ce qui peut se révéler plus ardu que prévu puisqu’apparemment la carbonnade flammande et le RU n’ont pas trouvé grâce à ses yeux. Mais, peut-on réellement lui en vouloir de faire un tel affront à la haute gastronomie française ?

Le choc culturel ne s’arrête pas là.

Martine Eisenbeis nous indique que ce qui les frappe sont : “les magasins fermés le dimanche, les crottes de chien sur les trottoirs. Ils ne se sentent pas en sécurité en France : dans les résidences où ils sont y’a eu pas mal de cambriolages, c’est souvent les chambres des asiatiques qui sont visitées. Leur réaction c’est “mais pourquoi il n’y a pas de vidéo surveillance ?”.” Les interactions entre élèves et professeurs sont également une nouveauté pour les étudiants chinois, habitués aux cours magistraux.

Une fois leur licence ou leur master en poche, ils retournent majoritairement en Chine aussi vite qu’ils sont arrivés afin de trouver du travail grâce aux études faites ici. Hu Hongrong vient de l’université des langues étrangères de Dalian et a parlé “d’obligation de retourner en Chine pour trouver un travail“. En effet, les Chinois étant un peuple très uni avec des valeurs comme le respect des aînés, les enfants doivent retourner aider leurs parents financièrement ou du moins les soutenir. Les parents les ayant élevés, s’étant sacrifiés pour qu’ils réussissent, ils leur sont donc redevables.

Mais la 计划生育 (jihuashengyu), ou politique de l’enfant unique, n’est pas la seule cause de ce retour. Martine Eiseinbeis a étudié la question : les étudiants ont un visa qui ne dure que le temps de leurs études alors il leur faut trouver du travail immédiatement ou rentrer. Si les Chinois sont, d’après les témoignages recueillis, plutôt satisfaits de leur séjour à Lille, c’est également grâce à la proximité de la ville avec la Belgique, l’Angleterre et la facilité de voyager à travers le pays qui les a séduits. Hu Hongrong nous en a d’ailleurs touché un mot : “J’ai été heureuse d’aller en France pour faire mes études à Lille 3. Grâce à cette expérience précieuse, j’ai eu la chance de connaître de nouveaux amis étrangers. Pendant ces huit mois, j’ai été capable de visiter des villes différentes et d’admirer leur culture multicolore !

Mais il semblerait qu’une partie d’entre eux repartira sans avoir pu établir de sérieux liens avec les étudiants lillois. En effet, une fois retournés dans leur pays nata,l ils ne pourront même plus aller sur les réseaux sociaux, interdits d’accès dans l’empire de Xi Jinping. Ne contribuant pas à lever le voile de mystère qui entoure ce pays.

Adèle Saquet et Marine Degreef pour Tétra.

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