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Moxie, le nouveau teen movie féministe d’Amy Poehler

Moxie, le nouveau teen movie féministe d’Amy Poehler

Amy Poehler revient avec un film féministe pour adolescents. La réalisatrice, qui joue la mère de l’héroïne du film, cherche à faire passer un message politique et sociétal inspirant à travers un ton léger pour s’adresser au jeune public. Elle nous conte la période de l’émancipation adolescente sous le prisme de la sororité.

L’histoire se passe dans un lycée américain. Vivian, une adolescente timide de seize ans, commence à prendre conscience du sexisme environnant qui règne dans son établissement scolaire. Inspirée par le passé militant de sa mère mais aussi par sa rencontre avec la nouvelle élève Lucy, Vivian publie une revue anonyme appelée “Moxie”, dénonçant le sexisme dans son lycée.

Dénoncer le patriarcat

Ce sont trois personnages cruciaux qui vont permettre la réalisation de la revue “Moxie”. Tout d’abord Vivian, protagoniste réservée qui vit de manière passive le sexisme de son lycée. La nature timide de Vivian – qui a pour habitude de s’écraser face aux élèves populaires – va changer après sa rencontre avec Lucy et déclencher chez elle une prise de conscience. Lors d’un cours sur Gatsby le magnifique, Lucy interroge son professeur : pourquoi continuer à lire des livres écrits par des hommes riches blancs sur des hommes riches blancs pour évoquer le rêve américain ? C’est là que notre troisième personnage décisif entre en scène, l’incontournable joueur de football populaire et arrogant qui règne sur le lycée et se complait dans sa position de leader : Mitchell. Celui-ci donne un parfait exemple de mansplaining, interrompant Lucy à répétition pour exposer des arguments bateaux. C’est cet incident qui mène Vivian, spectatrice du harcèlement que subit Lucy depuis sa prise de parole, à créer “Moxie”, un fanzine féministe qu’elle ira mettre à disposition dans les toilettes des filles, incognito.

Ce long métrage s’inscrit parfaitement dans le mouvement d’émancipation de la parole des femmes déclanché par #MeToo. Dans la lignée des revendications pour l’égalité des sexes, le respect du consentement, la liberté de jouir de son corps et d’occuper l’espace public en sécurité, Moxie fait passer un message principal nécessaire : ne pas tomber dans l’acceptation passive du sexisme.

Révéler le sexisme ordinaire

Mais comment dénoncer le patriarcat et les violences sexuelles banalisées au lycée ? Trois exemples phares abordent ces sujets. Premièrement, le règlement sur la tenue des filles. Une élève se fait renvoyer chez elle car elle porte un débardeur qui pourrait déconcentrer les garçons. En opposition, une autre fille ayant le même débardeur mais moins de formes peut rester en classe sans problème. En France, cet évènement fait écho avec le débat sur la tenue républicaine et le mouvement du 14 septembre 2020 où les élèves s’étaient rendus au lycée en tenue courte pour militer contre la réglementation vestimentaire que subissent les filles.

Ensuite, on apprend l’existence d’une liste dressée chaque année par les garçons et attribuant différents titres aux lycéennes : “plus beau cul”, “la plus baisable”, “la sainte-nitouche”, etc. Cette liste est relayée par l’ensemble du lycée sur les réseaux sociaux et, même si beaucoup sont mal à l’aise, les élèves acceptent cette liste sans broncher. Même Vivian et sa meilleure amie en début d’année se prêtent au jeu de savoir quelle fille aura quel titre sur la liste, exemple-même de misogynie intégrée. Cependant, quand cette fameuse liste arrive, Vivian, qui a eu un déclic, sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche.

Le troisième exemple regroupe tous les gestes et/ou remarques déplacés que se permettent les élèves de sexe masculin sur les filles. Cela inclut les mains aux fesses, la sexualisation du corps des filles ou se mettre torse nu et se coller à quelqu’un sans sa permission.

Amy Poehler est réalisatrice et actrice dans le film, elle joue la mère de Vivian. © Netflix

S’adresser à la nouvelle génération

L’objectif était avant tout de s’adresser aux jeunes et rendre ce film accessible. La réalisatrice introduit la nouvelle génération aux mouvements féministes avec le groupe de punk rock Bikini Kill ou le mouvement Riot grrrl. Les discussions et actions des personnages sont pensées pour que le public se reconnaisse dans les scènes.

Pour ce faire, Amy Poehler a décidé d’aborder une multitude de thématiques sociales. Le film met l’accent sur l’acceptation passive de nombreuses filles qui, victimes ou témoins de sexisme et de violences sexuelles, vont préférer se taire par peur de représailles, honte, ou parce que parler ne changera rien. En effet, la réalisatrice dénonce l’inaction voire la complaisance de la proviseure et d’un professeur face à l’environnement toxique et sexiste du lycée. Quand Lucy vient dénoncer qu’elle se fait harceler par Mitchell, la proviseure rétorque de ne pas employer ce “gros mot”. C’est aussi elle qui renvoie l’élève en débardeur. Cette inaction des chefs d’établissement est un fait des plus répandus, plus que jamais ancré dans l’actualité avec le récent #SciencesPorcs qui dénoncent la loi du silence régnant dans les IEP autour des viols et agressions sexuelles subis par les étudiantes.

Élargir la sensibilisation à d’autres sujets

De plus, de nombreuses minorités sont représentées. Moxie est composée d’Afro-Américaines, d’une asiatique, d’une handicapée physique et d’une personne transgenre. Mais finalement, il n’y a que Vivian qui joue un rôle important, et nous ne connaissons que très peu les autres personnages qui ont un rôle subalterne. Peut-être aurait-il été plus pertinent de faire de Lucy la personnage principal puisque c’est elle qui décide de tenir tête à Mitchell et qui subit l’intersectionnalité, une double discrimination sexiste et raciste ?

Le harcèlement et le viol sont eux aussi des sujets que la réalisatrice a choisi de traiter. Mais à vouloir trop en dire, le film ne ressemble finalement plus qu’à une mise en vrac de problématiques sociales, à peine évoquées. Peut-être était-ce un choix pour rendre le film accessible à tous. Ou valait-il mieux se concentrer sur peu de problématiques mais traitées en profondeur ?

Malgré une volonté de se démarquer, le film reprend les codes du teen movie classique : de l’adolescente timide qui se transforme en leadeuse insoupçonnée, au quaterback détestable et au faux nerd qui a glow up pendant les vacances, en passant par la dispute avec sa meilleure amie d’enfance. Mais encore une fois, c’est une occasion de sensibiliser les plus jeunes au féminisme. Le film est facile à regarder, et finit sur une émouvante scène de sororité.

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