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Mulan, reflet de l’Empire Disney

Mulan, reflet de l’Empire Disney

Mulan

Le 4 décembre, Mulan est enfin sorti en France sur la plateforme Disney+. Il s’agit de la 17ème adaptation en prises de vues réelles produite par Walt Disney Pictures. Annoncé comme un immense défi de la nouvelle industrie du cinéma, que dire de ce Mulan 2.0 ?

Lancé en 2010, le projet a été largement mouvementé par de nombreux appels au boycott. En 2019, l’actrice principale Yifei Liu avait montré son soutien à la police de Hong-Kong qui réprimait les manifestants se battant pour la démocratie. La pandémie de coronavirus a quant à elle privé le film de sa sortie en salles. La voix du peuple s’est souvent élevée pour contester les choix de Disney concernant son projet d’adaptation du dessin animé sorti en 1998. Autour d’un film déjà connu du grand public, on se doit de s’attarder sur le développement de ce dernier par les studios largement contestés.

Le bon élève…

Après avoir contacté plusieurs réalisateurs/scénaristes, Disney a choisi la néo-zélandaise Niki Caro pour réaliser le film ainsi que trois femmes sur quatre scénaristes. Un bel hommage féminin pour un film qui constituait un des premiers classiques Disney mettant en scène une héroïne s’affranchissant des codes de la princesse de contes. Les studios de production jouent également l’élève-modèle promoteur de la mixité en cédant aux pétitions demandant des acteurs et des personnages chinois. Un tournant qu’on avait déjà pu constater dans la postlogie Star Wars. Comme si Disney se forçait à respecter une charte de conformité aux débats actuels.

… très vite rattrapé par ses égards

Le producteur Jason T. Reed s’était exprimé sur le retrait du personnage de Li Shang (le capitaine du régiment dans la version animée). Selon lui sa relation “bisexuelle” avec Mulan était trop dérangeante. Cette déclaration n’avait pas manqué de faire réagir la communauté LGBT. Une décision qui peut être expliquée par la volonté de montrer une image implacable de l’armée, d’où le choix de Donnie Yen interprétant le commandant Tung qui se contente du rôle de leader qu’incarnait Li Shang. Peu probable quand on s’attarde sur le personnage de Chen Honghui (Yoson An), camarde de Mulan, qui se rapproche aussi de Li Shang. Ce dernier marque des signes d’ambiguïté dans sa relation avec l’héroïne alors que sa véritable identité n’a pas encore été découverte.

Mulan Disney
Yoson An dans le rôle Chen Honghui, camarade étroitement proche de Mulan. © Walt Dinsey Pictures

Et ce n’est pas tout ! En regardant attentivement le générique, on constate que la région du Xinjiang est remerciée (certaines scènes y ont été tournées). Près d’un million de Ouïghours y sont internés dans des camps de concentration. Alors oui les paysages étaient sûrement propices au tournage du film, mais quand on s’appelle Disney et que l’on s’efforce de montrer son soutien à la défense de causes nobles, on peut tout aussi facilement aller tourner ailleurs.

“Star Wars” dépendance

Disney n’a pas fini de s’extasier sur le rachat de Lucasfilm. On ne passe pas à côté des répliques “No one stands in my way” et “We will finish what we started” prononcées par les deux antagonistes du film. Elles rappellent des citations prêtées à Kylo Ren, le fameux méchant des Star Wars version Disney.

Et comment ne pas s’intéresser à Xian Lang (Gong Li), bras droit de Böri Khan (l’ennemi de l’armée impériale joué par Jason Scott Lee). Une énigmatique sorcière vêtue de noir. Elle tisse un lien étroit avec Mulan et lui offre la possibilité de la rejoindre dans le nouvel empire. Ça ne vous rappelle pas un certain Dark Vador ? Elle constitue la principale innovation à l’intrigue du dessin animé et ne fait qu’alimenter l’ego surdimensionné des studios Disney.

Mulan Disney
Gong Li interprète Xian Lang, antagoniste aux pouvoirs surnaturels. © Walt Disney Pictures

Un rendu final contrasté

Le film est assez fidèle au dessin animé au niveau du scénario. En revanche il vire de bord dans le traitement du personnage de Mulan. Disney délaisse tout l’aspect gai pour se concentrer sur les valeurs ancestrales de l’armée. On nous présente donc une Mulan formatée, d’une pudeur sans faille, qui ne laisse échapper aucune émotion. Elle n’est l’héroïne que malgré elle et ne se présente jamais en meneuse à forte personnalité. Lorsqu’elle retourne vers son régiment pour annoncer le plan d’attaque de la Cité Interdite, elle ne vient pas haranguer la foule, l’exhortant à l’accompagner au combat. Ses anciens supérieurs se rangent directement derrière elle, reconnaissant que sa force exceptionnelle est le seul moyen d’arrêter l’ennemi.

Sa singularité parmi la peuplade de princesses Disney est donc ici largement survolée. Elle ne cherche pas à s’affranchir de sa condition de femme utile à la descendance de sa famille. Encore une fois, il lui faut l’appui d’un personnage secondaire pour se révéler (Xian Lang, première à reconnaître son talent caché). Elle est en bref une coquille vide se laissant porter par les événements très loin de la guerrière exposée 22 ans auparavant.

L’absence d’originalité chez le personnage principal et le traitement assez vague des personnages secondaires laisse un goût amer au film. Il constitue une suite de péripéties dont le dénouement est connu d’avance. Cependant on y prend goût. Cette adaptation en prises de vues réelles nous offre des plans à couper le souffle et la nostalgie nous rattrape lors de la mythique scène de l’avalanche. Mulan, malgré ses nombreuses failles, reste un film de guerre correct, visuellement époustouflant.

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