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Municipales à Lille : la grande confrontation

Municipales à Lille : la grande confrontation

Ce mardi 25 février, se déroulait le débat des municipales 2020 organisé par l’Arène de Sciences Po à Lille, en partenariat avec La Voix du Nord, Wéo TV et Public Sénat. Les candidats présents ont débattu deux heures durant sur les principaux thèmes de la campagne : le logement, la sécurité, l’écologie, et l’avenir de la friche Saint Sauveur. Cinq des six candidats invités ont répondu présents : Martine Aubry (PS), Stéphane Baly (EELV), Julien Poix (LFI), Violette Spillebout (LREM) et Marc-Philippe Daubresse (LR). Le candidat du RN Eric Cattelin-Denu a refusé l’invitation.

Se loger à Lille

Le candidat J. Poix dresse le tableau alarmant : 25% de pauvres à Lille, 16.000 demandes de logement, 3.000 personnes à la rue, des loyers qui avoisinent en moyenne les 480 euros par mois. Armé de ses expressions piquantes et de ses phrases aux belles tournures, il résume la situation : “un toit est un droit à Lille”.

A l’unanimité, les candidats affichent le logement étudiant comme étant une priorité. Un constat : il manque des résidences étudiantes neuves. Si la plupart d’entre eux mettent l’accent sur la rénovation, V. Spillebout se distingue en privilégiant la construction de 6.000 logements neufs. Une construction que S. Baly n’exclut pas. En effet, il souhaite s’inscrire dans le plan gouvernemental de construction de 60.000 logements étudiants que M-P. Daubresse conteste fermement : “les candidats seront contraints par les moyens de l’Etat”, ajoute l’ancien maire de Lambersart en profitant de l’occasion pour saluer la rénovation de 23.000 logements permise par la maire socialiste. J. Poix, après avoir conté l’histoire d’une famille vivant dans des conditions extrêmes à Lille, se positionne sur la réhabilitation de bâtiments publics en logements, comme l’ancien Sciences Po.

Julien Poix, candidat investi par La France Insoumise et tête de la liste “Décidez pour Lille”.
Crédits : Quentin Saison

Mais les étudiants ne sont pas les seuls mis à l’honneur. Les candidats n’hésitent pas à rappeler leur intérêt pour les personnes âgées et les familles nombreuses. V. Spillebout met l’accent sur l’humain, en proposant le retour de gardiens d’immeubles et celui des 4.500 agents municipaux sur le terrain. De leur côté, S. Baly et M. Aubry se rejoignent dans leur lutte contre les logements vacants et insalubres. Encore une fois, la maire sortante défend son bilan et rappelle l’efficacité de ces mesures qui ont permis une réduction du nombre de logements vacants, et la condamnation à prison ferme de deux marchands de sommeil (propriétaires qui louent des logements insalubres à des prix onéreux).

Tous sont d’accord : ces rénovations ou constructions devront se faire de paire avec la transition écologique. “Concilier logement, écologie et emploi est primordial”, assure J. Poix.

Mais les désaccords se font entendre sur un point que seul le candidat insoumis propose : l’interdiction des logements AirBnb au profit du développement de la gamme hôtelière. V. Spillebout s’y oppose, arguant qu’ils font partie intégrante de l’attractivité de la ville.

Violette Spillebout, candidate investie par LREM et tête de la liste “Faire respirer Lille”.
Crédits : Quentin Saison

La sécurité : des caméras et des armes ?

La sécurité, “priorité numéro une des Lillois” selon V. Spillebout, a également été au cœur du débat. Les candidats semblent inquiets de l’augmentation du nombre de cambriolages et de trafics de stupéfiants. Pour la maire sortante, “s’il y a bien un sujet qui ne peut pas donner lieu à l’amateurisme, c’est la sécurité”.

Un consensus s’est formé autour d’une augmentation des effectifs de police. V. Spillebout souhaite doubler l’effectif, passant à un policier pour 500 habitants. S. Baly prévoit d’augmenter le nombre de policiers municipaux de 50% et M. Aubry et M-P. Daubresse veulent en recruter 50. Mais la candidate du PS n’a pas hésité à mettre en cause les paroles du républicain, en prenant pour compte la suppression par Nicolas Sarkozy de 400 policiers municipaux. Elle affirme qu’”il faut des policiers à la hauteur des besoins” de la ville.

Marc-Philippe Daubresse, candidat investi par Les Républicains et tête de la liste “Nous sommes Lille !”
Crédits : Quentin Saison

Mais les candidats s’opposent sur la question du port d’armes. V. Spillebout et M-P. Daubresse, qui se font les défenseurs des policiers municipaux, sont favorables à leur armement, à condition d’un contrôle et d’une formation adaptée. J. Poix, S. Baly et M. Aubry s’y opposent fermement. Les cinq candidats insistent néanmoins sur le rôle humain que doit jouer la police municipale. Pour S. Baly, “elle est avant tout une instance de dialogue, de proximité et de tranquillité”.

Le nombre de trafics de drogues, en hausse, est considéré par M. Aubry, S. Baly et M-P. Daubresse comme une affaire de l’Etat. Pour les candidats du PS et de la FI, il faut agir à la racine, en renforçant les contrôles aux frontières. Mais tous privilégient la prévention à la sanction. La tête de liste EELV préconise une salle de consommation encadrée comme à Paris et Strasbourg, et J. Poix une cellule de soins et d’accompagnement.

6 647 caméras à Lille. Y en aura-t-il plus au cours du prochain mandat ? Seront-elles exploitées différemment ? V. Spillebout, M-P. Daubresse et M. Aubry s’affichent favorables à la vidéosurveillance. Les caméras permettraient d’agir rapidement, de dissuader, et de sanctionner. Le républicain préconise une caméra pour 500 habitants et juge la reconnaissance faciale importante, notamment lors des rassemblements de foule. J. Poix et S. Baly estiment qu’elle est inutile. Ce dernier “refuse de parler de “vidéoprotection”” et rejette “la reconnaissance faciale dans une ville accueillante comme Lille”.

Stéphane Baly, candidat investi par Europe Ecologie Les Verts et tête de la liste “Lille Verte 2020”.
Crédits : Quentin Saison

Lille, capitale verte européenne ?

L’environnement semble être la préoccupation de tous. Chaque candidat a ajouté une touche de vert dans son programme. Si la candidate LREM s’en réjouit, S. Baly le déplore, désignant ses concurrents comme des “copies” et se qualifiant de version “originale”. Selon lui, la vraie écologie, c’est chez les Verts. L’écologie fait donc consensus sur le fond, mais pas sur la forme.

Pour Julien Poix, “urgence écologique” rime avec “urgence sociale” et “urgence démocratique”. Il faudrait donc remobiliser les citoyens sur la question environnementale. L’écologiste S. Baly le rejoint. Pour lui, pas de justice environnementale sans justice sociale : les quartiers les plus touchés par la pollution sont les plus défavorisés. M-P. Daubresse, en s’adressant au candidat écolo, s’offusque : “Il ne faut pas une écologie punitive !”.

Sur la question des transports, c’est le fouillis. Certains affirment vouloir la gratuité pour tous, tandis que d’autres ne se positionnent pas. Du côté de V. Spillebout, les transports en commun seraient gratuits pour les moins de 26 ans et les plus de 65 ans. La maire sortante, elle, voit des “inconvénients aux transports collectifs gratuits”. Si elle y est favorable, il faudrait toutefois attendre au moins un an pour l’élargir à tous les Lillois, dans un soucis de capacité d’accueil des rames de métro notamment. J. Poix la rejoint sur ce point.

Mais quand est posé sur la table le sujet de la place de la voiture en ville, les clivages apparaissent nettement. Si S. Baly réaffirme sa volonté de parvenir au “100% cyclable” et au “Zéro voiture” dans le coeur de ville, le candidat Daubresse s’y oppose de plein fouet. La marcheuse Spillebout, ne voulant pas “opposer les Lillois qui prennent la voiture et ceux qui ne le font pas”, joue la neutralité, affirmant qu’elle est indispensable pour certains mais qu’il faudrait réduire le nombre de véhicules en ville.

Si la plupart des candidats semblent pointer du doigt l’inefficacité de la politique environnementale de la maire sortante, M. Aubry s’en défend. Pour elle, la plupart des particules de pollution viennent d’Allemagne et des ports industrialo-portuaires hollandais, “mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire !”, assure-t-elle.

Martine Aubry, maire sortante et candidate du Parti socialiste.
Crédits : Quentin Saison

La friche Saint Sauveur : le sujet qui divise

Alors que M. Aubry s’octroie la première prise de parole pour présenter son projet de construction de logement et d’une piscine olympique sur le terrain vague, les autres bouillonnent, projets en tête. V. Spillebout souhaite y implanter un écoquartier et un bioparc. S. Baly se contentera d’un grand parc, sans piscine ni bureaux, tout comme J. Poix. Plutôt complice avec l’écologiste au cours du débat, la maire PS s’offusque pourtant : pour elle, impossible de transformer ces 23 hectares de friches bétonnées en forêts. Même le candidat LR qui ne s’était pas opposé jusque là aux projets de la maire sortante souhaite verdir la friche : “Saint So est une opportunité !”, s’exclame-t-il.

Pour conclure ce débat, les candidats ont joué la théâtralité et se sont tous auto-proclamés candidats des Lillois. J. Poix s’est déclaré “maire du peuple”. V. Spillebout, plutôt effacée jusque là, a réaffirmé sa volonté de “lutter contre l’immobilisme” (en référence à sa rivale socialiste)M-P. Daubresse, rattrapé par le temps et agitant un trousseau en l’air, s’est écrié vouloir donner les clés de la mairie aux habitants. De son côté, S. Baly a magistralement rappelé les axes principaux de son programme, et M. Aubry a plaidé pour les classes populaires, pas assez évoquées selon elle durant le débat.

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