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“Nos doutes persistent” : Lille vote un moratoire sur la 5G

“Nos doutes persistent” : Lille vote un moratoire sur la 5G

5G moratoire Lille conseil municipal

Prudence est mère de sûreté à Lille où une majorité des élus du conseil municipal se sont prononcés vendredi 9 octobre au soir en faveur d’un moratoire sur la 5G. Il s’agit d’éclaircir les “zones d’ombre”, d’ici au rapport de l’ANSES prévu en 2021. L’occasion pour les élus de pointer du doigt les enjeux de la sobriété numérique. L’avenir de Lille divise.

“Il est urgent d’attendre” a déclaré Martine Aubry, maire de Lille. Un oxymore qui renforce un peu plus le scepticisme des élus locaux face à la volonté irrévocable du gouvernement de mener à bien le déploiement de la 5G. “Une technologie […] à la nécessité discutable” pour les élus du groupe Lille Verte. “Est-il bien raisonnable de déployer une nouvelle technologie, dont l’utilité réelle et l’innocuité restent à démontrer ?”, souligne la motion. Tandis que pour Violette Spillebout, présidente du groupe Faire Respirer Lille, c’est “renoncer aux objets connectés, à la télémédecine, aux villes intelligentes” et alors, comme le rappelait Bruno Bonnell, député LREM, “beaucoup d’innovations se déplaceront […] sur des villes qui l’auront adoptée.”

Ville plus sobre et ville 5G : la connexion est-elle possible ?

Au printemps dernier, les Lillois avaient assisté à un débat très “vert” entre les candidats à la mairie. Lille, ville verte, voilà une question qui aujourd’hui interpelle face à la 5G. Les “amis de nos Amish sont nos amis” ironise l’écologiste Emmanuel Cau alors que les élus du groupe Faire Respirer Lille déplorent les “desseins réfractaires” de la majorité. La plupart des élus ne semblent pas convaincus de pouvoir concrétiser l’avènement d’une ville durable de concert avec le déploiement de cette technologie. “Comment soutenir l’idée que la durabilité d’une ville peut se concrétiser en utilisant une technologie dont la (sur)consommation d’énergie essentielle à son fonctionnement repose sur des ressources qui ne sont pas durables ?” s’interroge Stephane Baly, président du groupe Lille Verte.

“Face à l’urgence climatique, il faut remettre le numérique à sa place” – Stéphane Baly, président du groupe Lille Verte au conseil municipal.

Les élus du groupe Faire Respirer Lille regrettent ce constat, plus sûrs que cette nouvelle technologie est un outil précieux pour que le ville de demain soit “plus sobre par un meilleur pilotage de [ses] ressources”. D’une façon plus générale, “le numérique sera un levier majeur de la transition écologique” selon eux. Concrètement, à quelles innovations pourrait-on penser ? Nicolas Guérin, président de l’association française des télécoms, énonce la possible mise en place de “réseaux d’éclairage public qui vont s’allumer s’il y a des besoins, s’il y a des voitures ou des gens qui passent”. Or, d’après la Commission de la Régulation de l’Energie (CRE), l’éclairage public est le premier poste de consommation d’électricité d’une commune.

Néanmoins, le sujet semble à nouveau paradoxal. La 5G est une “technologie particulièrement énergivore et rendra obsolescente la fibre et les appareils fonctionnant avec la 4G” d’après Stéphane Baly. Il est vrai qu’en “valeur absolue, les antennes 5G consomment environ trois fois plus que les antennes 4G” selon l’opérateur Orange. Alors, pour le président du groupe Lille Verte, “cette technologie n’est pas au service de la transition écologique […]. Les usages imaginés pour l’instant (objets connectés grand public, voitures autonomes, réalité virtuelle à fond, etc.), sont d’une part des progrès sociétaux discutables et d’autre part ne m’apparaissent pas contribuer aux objectifs d’une ville durable.”

Quel avenir pour l’innovation à Lille ?

Le groupe Faire Respirer Lille s’inquiète. Lille, ce n’est pas n’importe quelle métropole en termes d’intelligence, de créativité et d’innovation technologique. Le pôle EuraTechnologies, premier incubateur de startups en France, rassemble un grand nombre d’entreprises spécialisées dans le domaine des nouvelles technologies. Dans son intervention, Nicolas Lebas, conseiller municipal pour Faire Respirer Lille, prédit avec l’adoption d’un moratoire par une “médiocre motion” un avenir assez pessimiste : “Quels entrepreneurs viendront investir leurs capitaux dans une Métropole jadis ambitieuse ?” Il souligne également le “signal désolant” envoyé “à nos chercheurs de l’Institut Pasteur, à nos ingénieurs d’Eurasanté”, mais encore “à nos futures pépites, à nos petits génies créatifs d’EuraTechnologies ou de la Plaine Image”.

Oui, la capitale des Flandres est assurément une ville qui forme des jeunes, les “futures pépites”, aux technologies de demain. L’Université de Lille propose un master en informatique “parcours internet des objets”, un domaine “en évolution permanente avec de fortes perspectives d’expansion”. Former des jeunes dans un secteur suppose qu’on le juge prometteur. Aussi, la cité nordiste restera ambitieuse dans cette sphère avec “une excellence numérique au service de la transition”, assure Stéphane Baly. C’est par exemple Energic, une entreprise qui propose des solutions “pour impliquer chacun.e, et répondre efficacement [aux] enjeux Développement Durable”. Selon le président de Lille Verte, “disposer du pôle EuraTechnologies dans notre ville est une opportunité : ce pôle peut permettre d’avancer en termes d’innovations pour une sobriété numérique, pouvant être testées directement dans notre ville. C’est également un pôle où peuvent se dérouler de nombreuses formations professionnelles faisant le lien entre sobriété numérique et transition écologique.”

Il sera compliqué de faire avancer la recherche pour le groupe Faire Respirer Lille, “si demain [les professionnels] ne disposent pas avant les autres de l’accès aux technologies les plus avancées pour mener à bien leurs travaux”. Ceux-ci finissent d’ailleurs leur intervention en appelant à bien discerner le véritable “camp du progrès” tandis que la motion dans son premier paragraphe objecte : “Nous sommes évidemment favorables au progrès dès lors qu’il a pour objet premier de servir l’intérêt général et de permettre l’amélioration des conditions de vie de tous les citoyens.”

5G moratoire EuraTechnologies
Le bâtiment Le Blan-Lafont du pôle d’excellence et d’innovation EuraTechnologies, à Lille, le 15 octobre 2020. © Olga Poyet / Pépère News

Résoudre la fracture numérique

À Lille, il y a des chercheurs, des ingénieurs, qui auraient besoin de la technologie 5G, mais il y a aussi ceux qui ont besoin de la 3G, de la 4G, de la fibre ou simplement d’internet. Des Lillois qui “n’ont aujourd’hui pas accès à la fibre” et de “nombreux habitant.e.s de la région qui résident dans des zones blanches”, affirme Stéphane Baly. “La fracture numérique n’est pas résorbée dans nos territoires”, rappelle la motion. La France à deux vitesses est un “mythe” pour le député LREM Bruno Bonnell, car la 5G, de par “la télémédecine” serait “la possibilité, enfin, d’avoir une technologie de télécommunication qui va donner justement plus d’égalité”. Cette technologie est défendue par le groupe Faire Respirer Lille comme une des “perspectives ouvertes par cette technologie”. Bruno Bonnel ajoute qu’on dénombre “19.000 foyers qui sont reliés chaque semaine à la fibre”.

Pour ce qui est de l’égalité d’accès au numérique, Stéphane Baly penserait plutôt à “impulser le développement d’espaces accessibles mettant à disposition le matériel nécessaire pour la pratique du numérique”. Avant de “développer la technologie 5G, regardons encore le chemin qu’il reste à parcourir pour beaucoup d’habitant.e.s” explique-t-il. La “médiation numérique” est une “solution solide” à la fracture numérique.

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