Nouvelle école, l’académie Netflix des rappeurs émergents

Niska, Shay et SCH forment le jury de Nouvelle École ©Netflix

Le 9 juin 2022 sortait Nouvelle École, le nouveau télé-crochet rap inspiré de l’émission américaine Rythm + flow, tous deux produits par Netflix. Retour sur la série à succès qui s’est hissée en haut de la liste des programmes les plus regardés sur la plateforme.

Pendant huit épisodes, Nouvelle École se fait le théâtre d’affrontements entre rappeurs émergents. Ils sont supervisés par Shay, Niska et SCH, trois icônes du rap francophone présentées comme des mentors dans l’émission, chargés de former une équipe de talents chinés dans leurs villes d’origine. Au fil des épisodes, les participants s’efforcent de montrer l’étendue de leur potentiel au cours d’une série d’épreuves à double objectif. Le jury promet au vainqueur un pactole de 100.000 euros, de quoi lancer une carrière dans l’industrie du rap.

La Star Ac’ du rap?

Le concept est simple. 24 rappeurs âgés de 18 à 30 ans sélectionnés à Marseille, Paris et Bruxelles se rencontrent dans la capitale. Jour après jour, ils s’exercent sur différentes disciplines emblématiques du rap : du freestyle en groupe pour travailler la cohésion, de l’affrontement lors de battles, en passant par le tournage de clips et la mise en place de collaborations avec des rappeurs de renom, les artistes en lice sont tenus en haleine. Entre manque de sommeil et pression, le rythme est intense, de sorte à déceler la “pépite”, comme elle est appelée dans le concours. Flow, technique et plume sont jugés, autant que la présence scénique des candidats qui doivent saisir chaque occasion pour faire leurs preuves.

Mais si le concept peut sembler novateur, il reprend des codes biens connus. Le rap, longtemps considéré péjorativement, s’est vu relayé au rang de “sous-culture” – si tant est que ce concept existe. Dans ce sens, mettre à l’honneur ce genre musical en lui consacrant une émission sur une plateforme mainstream peut être perçu comme une proposition innovante, bien que longtemps attendue. Pour autant, la série a recours à des codes de télévision déjà connus et maîtrisés. À travers ses épreuves ponctuées de séquences d’émotions couronnées de la promesse d’une carrière musicale, Nouvelle École s’inscrit dans le style du télé-crochet, et n’est pas sans rappeler ses prédécesseurs, à l’image de la Star Académie, The Voice, ou encore la Nouvelle Star. C’est un format d’émission déjà réputé, et qui fonctionne. L’usage de ces codes donne davantage l’impression que le but est de trouver un talent adapté à l’industrie afin d’en faire un produit rentable, plutôt que de mettre à l’honneur la culture rap. Elyon, finaliste de l’émission, a ainsi failli quitter l’aventure à plusieurs reprises, souvent qualifié d’ovni.

SCH, Shay et Niska, ©Netflix
SCH, Shay et Niska © Netflix

Un casting varié, pourtant discuté

Shay, Niska et SCH sont les trois figures qui forment le jury de l’émission. Emblèmes de la culture hip hop, ils incarnent chacun un style, une niche du rap, de par leur ville d’origine autant que le style dans lequel ils s’inscrivent, un effort d’inclusivité qui se salue. Au-delà des trois protagonistes, la série est ponctuée d’interventions de rappeurs tous plus connus les uns que les autres. On compte parmi eux Hamza, Gradur, Naza et Zola avec lesquels les quatre demi-finalistes ont eu l’opportunité de chanter en featuring. Jul, Soso Maness, Youssoupha, Dinos et d’autres sont également intervenus au cours du programme, un casting riche et varié qui aura su ravir les amateurs de rap. En ce qui concerne les candidats, la sélection est elle aussi relativement diversifiée, globalement de qualité, et la pluralité de styles amenée au grand public permet de découvrir le rap francophone de demain.

Pour autant, ce casting suscite autant d’éloges que de critiques. Le choix de Niska comme membre du jury notamment est vivement critiqué. Accusé d’avoir commis des violences conjugales sur la chanteuse Aya Nakamura en 2019 avec laquelle il était alors en couple, sa participation à l’émission est dénoncée sur les réseaux sociaux. À cela s’ajoute un sexisme omniprésent qui exalte les critiques contre l’émission. L’hésitation de Niska à sélectionner Leys sous prétexte qu’il est compliqué d’être une femme dans cette industrie, ou encore le commentaire de SCH qui, s’adressant à la candidate KT Gorique, lui dit qu’elle “donnera du fil à retordre à la concurrence féminine” sont autant d’exemples d’un discours sexiste banalisé encore trop présent. Les nombreux yeux au ciel de Shay, symbole de son agacement, en attestent d’ailleurs.

Des idées prometteuses approximativement exécutées

Au-delà du graal promis au talent qui arrivera en première position, l’enjeu est de taille. L’émission est l’occasion, pour tous les artistes qui y passent, de gagner en visibilité. Le cas d’Elyon, finaliste du programme, en est l’exemple probant. Son clip “À la recherche”, tourné au cours de l’émission comptabilise plus de 400.000 vues sur YouTube. Pour autant, cet enjeu semble être pris à la légère. Soumeya, éliminée lors de l’épisode 5 dans une battle contre KT Gorique, s’est plaint sur Twitter du montage. Selon elle, ses propos sont instrumentalisés de sorte à créer une scène de tensions dans le seul but de stimuler l’audimat. Si cette pratique est courante dans l’industrie du divertissement, elle est plus sévèrement critiquée dans le cadre de l’émission. Loin d’être comédiens, les artistes participant au programme ont pour ambition de faire carrière dans le rap. Or, l’émission façonne l’opinion du public vis-à-vis de ces talents, et une mauvaise pub peut ruiner les chances des candidats ciblés de faire carrière dans le milieu. Cela, ajouté aux éliminations peu commentées par les jurés, sobrement justifiées et presque aléatoires, ainsi que la dramatisation des moments de bafouillages des candidats, porte préjudice à la qualité du programme. Certains talents éliminés au cours de l’aventure ont cependant profité de cette notoriété nouvelle pour rebondir en répondant à Netflix à travers des morceaux, à l’image de Mauvaise Nouvelle” de Ben PLG, ou encore Fuck Off” de BB Jacques.

Nouvelle École est donc une émission agréable à regarder car elle permet de découvrir une scène rap en formation. Pour autant, de nombreux cafouillages dans l’exécution des idées, la trop forte accentuation sur la somme à la clé et les moments d’émotion exacerbés perdent le spectateur, qui regarde un télé-crochet standard plus qu’un programme mettant en avant le rap. La visibilité donnée aux candidats peut ainsi s’avérer être un réel tremplin, mais a également pu entacher leur réputation selon le montage.

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