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Pollution de l’air : la mairie monte en selle

Pollution de l’air : la mairie monte en selle

Alors que la sixième “journée nationale pour la qualité de l’air” se tient ce mercredi 16 septembre, la mairie de Lille a convoqué la presse hier après-midi afin d’aborder la question à l’échelle de la capitale des Flandres. Au programme : développement des mobilités douces, sensibilisation du public et réduction des transports (trop) polluants.

À la mairie, on minimise. Si des épisodes de pollution aux particules fines ont touché Lille au mois d’août, et que l’association de contrôle de la qualité de l’air Atmo qualifie la situation dans les Hauts-de-France de “médiocre” (y compris à Lille), l’adjoint au maire Jacques Richir ne semble pas très inquiet, le constat étant moins pire qu’ailleurs. Cela n’empêche pas l’équipe municipale fraîchement réélue de proposer un plan de sauvegarde de la qualité de l’air, dans la continuité des efforts déjà menés.

Selon Jacques Richir, les efforts menés par la mairie s'avèreront bénéfiques à la santé de lillois et à leur sécurité.
Selon Jacques Richir, les efforts menés par la mairie s’avèreront bénéfiques à la santé des Lillois et à leur sécurité. © Quentin Saison

Camion, voiture, maison : que va faire la mairie pour réduire les émissions ?

À Lille, la pollution de l’air, “c’est une histoire de tiers”. Un tiers des particules fines serait en effet émis par les camions qui circulent en périphérie, tandis qu’un autre tiers serait à attribuer au logement et que le reste des émissions émanerait des voitures. C’est donc d’abord à ces problèmes que la mairie doit s’attaquer.

Sur la question des émissions liées au transport, des mesures assez fortes avaient déjà été prises par le passé. Le périphérique a ainsi été limité à 70km/h, et le coeur de la ville à 30km/h. Ce dernier a également été interdit aux camions en transit, c’est-à-dire qui ne s’arrêtaient pas à Lille mais traversaient une partie de la ville pour se rendre ailleurs. Le réaménagement, très critiqué, de certaines artères irait également dans le sens d’une réduction de l’usage de la voiture. Tant de mesures que la mairie aimerait renforcer, en interdisant par exemple la circulation des camions aux heures du pointe. La disposition ne peut toutefois pas être prise sans l’accord du préfet qui, selon l’adjoint à l’espace public Jacques Richir, s’y refuserait. Le proche de Martine Aubry a également souligné l’attention qui serait portée dans la construction de bâtiments “correspondant à tous les critères de développement durable actuels”. Enfin, un “Haut conseil lillois pour le climat”, composé essentiellement de citoyens “lambdas”, devrait prendre ses quartiers en mars prochain. Pour le moment, la mairie semble ne pas vraiment savoir ce qu’elle compte lui faire faire : reste à sa charge de présenter des garanties de son intérêt.

“Nous ne croyons pas en une écologie punitive, mais en une écologie en concertation et avec les citoyens.” – Jacques Richir, adjoint au maire

Contre les voitures, les mobilités douces

Mais pour réduire les émissions de particules liées à la voiture, il semble nécessaire de développer les mobilités douces. C’est dans cet esprit que la mairie souhaite mettre le paquet sur le vélo et la marche, les deux principales alternatives à la voiture. Au coeur de ce projet, une nouvelle institution : la maison des mobilités durables. Probablement aménagée aux alentours de la gare, elle devra jouer un rôle de sensibilisation, et permettre au public de venir louer et réparer des vélos.

une cycliste traverse une route
Parmi les principaux enjeux pour garantir la sécurité de cyclistes : repenser les franchissements de voies. © Quentin Saison

Mais l’enjeu va d’abord être de sécuriser la pratique du vélo dans les rues de Lille. Et le plus gros problème, toujours selon Jacques Richir, ce sont les franchissements. Ainsi, le danger surviendrait généralement lorsque une piste cyclable est arrêtée sur quelques centaines de mètres, pour reprendre plus loin. Cette configuration rend la circulation anxiogène et risquée pour les cyclistes, et c’est en partie ce sur quoi veut travailler la mairie, selon laquelle “il va falloir trouver des solutions”. C’est, entre autres, en collaborant avec des associations de cyclistes comme “Droit au vélo” que l’équipe municipale compte y parvenir.

Dans cette optique de favoriser la sécurité des cyclistes, 133km de voirie devraient être aménagés. Si cela peut paraître conséquent, il faut relativiser en rappelant que Lille comptabilise 755km de rue. De plus, afin d’encourager l’utilisation du vélo, de nouvelles stations de V’Lille devraient voir le jour. La mairie promet également de durcir le ton vis-à-vis des voitures encombrant les pistes cyclables, “en balisant systématiquement les conducteurs qui se gareraient sur des aménagements dédiés au vélo”. Enfin, afin de permettre aux cyclistes ne disposant pas de local ou de grand appartement de stocker leur monture, la municipalité compte déployer 14 boxs à vélos d’ici fin 2020 (voir image de couverture), et encore 50 autres en 2021. De cette manière, la ville de Lille serait équipée fin 2021 de 106 box, soit 530 emplacements de stockage. Le coût s’élèverait tout de même à 5 millions d’euros, sans engendrer de réelle rentrée d’argent.

L’opposition fait figure de plante verte

Bien que les Verts n’aient évidemment pas le monopole de l’écologie, ils semblent pourtant être mis de côté par la majorité municipale. Si les équipes de Martine Aubry comptent bien bâtir avec les Lillois, les élus d’opposition – qui ne doivent pourtant ce titre qu’à quelques centaines de voix de moins que la dame des Flandres – ne paraissent pas rentrer dans la balance. Ainsi, c’est au téléphone avec des journalistes que Stéphane Baly a découvert les modalités de ce plan pour l’amélioration de la qualité de l’air. Si l’idée d’un projet co-construit avec les Lillois le séduit, il reste néanmoins méfiant. Selon le principal élu d’opposition, reste à voir comment vont être mis en place les aménagements. L’écologiste critique ainsi les bandes cyclables rue du Molinel, où “les voitures roulent une fois sur deux sur la zone réservée aux vélos”. Il s’inquiète également de l’imbroglio dans les compétences, alors que le V’Lille est par exemple supposé être géré par la MEL et non la ville.

“L’idée de ce conseil citoyen ressemble vraiment au panel citoyen sur la qualité de l’air, mis en place il y a quelques temps, dont il n’était quasiment rien ressorti.” – Stéphane Baly, conseiller municipal de l’opposition écologiste

Selon Baly, de réels aménagement sont nécessaires pour garantir la sécurité des cyclistes : des bandes blanches ne suffisent pas. Photo Quentin Saison
Selon S. Baly, de réels aménagement sont nécessaires pour garantir la sécurité des cyclistes : des bandes blanches ne suffisent pas. © Quentin Saison

À Stéphane Baly également de fustiger la “méthode Aubry, quasi macronienne”. Tandis que le dernier vrai conseil municipal a eu lieu il y a deux mois, l’élu vert s’inquiète de la pertinence du Haut conseil citoyen pour le climat. Aura-t-il une réelle utilité ? Pourra-t-il agir ? “Ça n’est pas par refus de co-construire – c’était même dans mon programme. Mais on sait déjà ce qu’il y a à faire, maintenant, il faut agir.”

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