En lecture
Portrait : Alan Turing, l’histoire d’un génie brisé

Portrait : Alan Turing, l’histoire d’un génie brisé

On connaît bien Albert Einstein, Stephen Hawking, mais beaucoup moins Alan Turing. Qui est-il ? Un mathématicien, un cryptologue, ou peut-être tout simplement un des plus grands génies de l’histoire ? Portrait de celui qui a probablement changé la face du monde, dans le plus grand des silences.

Une rencontre décisive

A l’âge de 15 ans, Alan étudie à la prestigieuse Sherborne Grammar School, au sud-ouest de l’Angleterre. Ce n’est pas forcément un élève très brillant, à part en ce qui concerne les matières scientifiques où il excelle. D’un tempérament peu sociable, et avec un état d’esprit différent de ses camarades, il reste très souvent seul, à étudier.
C’est alors qu’il rencontre celui qui deviendra son meilleur et seul ami à la SGS, Christopher Morcom. Les deux jeunes hommes se lient d’amitié rapidement. Alan est réellement subjugué par son camarade, d’un an son aîné, qui se passionne comme lui pour les mathématiques et plus globalement les sciences. Mais Christopher est malade et meurt en 1930, à l’âge de 19 ans de la tuberculose bovine.
C’est un réel choc pour Alan. Cette perte va conditionner le restant de sa vie et va en partie définir son avenir. Il veut en effet incarner la figure scientifique qu’aurait été Christopher si il n’avait pas disparu. Il veut, en quelque sorte, prendre le relai de son mentor, parti bien trop tôt.

Alan face au nazisme

Après avoir publié plusieurs articles mondialement reconnus comme celui sur le « problème de la décision » en 1936 à 24 ans seulement, il est recruté au début de la seconde guerre mondiale par les services gouvernementaux britanniques. Ces derniers ont pour ambition de « casser » la machine Enigma, qui permet aux allemands de s’échanger des messages cryptés, et donc de prévoir notamment des attaques de convois dans l’Atlantique ainsi que d’autres opérations militaires.

Pour cela, le gouvernement britannique va faire appel aux meilleurs mathématiciens universitaires anglais, qui vont se réunir près d’Oxford, à Bletchley Park.
Pendant 2 ans, ils vont essayer de décrypter les messages allemands, et en 1942, après de multiples essais, Alan parvient à construire une machine, « la machine de Turing », qui peut-être considérée comme le premier ordinateur. Cette machine qu’il va nommer Christopher, en hommage à son ami, va pouvoir décrypter pendant les 3 années restantes, une grande majorité des messages allemands et donc permettre à l’État-major Britannique de contrer de multiples attaques. Selon les historiens, cela aurait permis de raccourcir la guerre de 2 années et d’éviter la mort de 14 millions de personnes.

Descente en enfer

Malgré le rôle qu’il a joué durant ce conflit, Alan Turing a payé son homosexualité au prix fort. Dans cette Angleterre des années 1950, encore très cléricale, les « pratiques indécentes » étaient punies par la loi. Il a donc eu le choix entre 2 ans de prison ou une castration chimique. Incapable d’abandonner ses travaux scientifiques, il opta la castration chimique. Il est alors transformé, et rentre en dépression. Nous sommes en 1952. Deux années plus tard, à l’âge de 41 ans, il est retrouvé mort, dans son lit. L’autopsie et l’enquête révéleront un suicide après la découverte d’une pomme croquée, imbibée de cyanure à côté de lui.
Son dossier, longtemps gardé secret, ne fut déclassifier qu’à la fin des années 1970. Alan Turing recevra un pardon royal de la part de la reine Elisabeth II en 2013.

L’histoire d’Alan Turing a été adaptée de nombreuses fois, notamment au cinéma en 2014 par Morten Tyldum, avec l’excellent Benedict Cumberbatch dans le rôle du brillant mathématicien. « The Imitation Game » obtiendra 7 nominations aux Oscars 2015 et recevra l’Oscar du meilleur scénario adapté.

Voir aussi

Cette mort, et plus globalement la persécution qu’ont subie les homosexuels durant les 19° et 20° siècles en Grande-Bretagne ont une résonance toute particulière aujourd’hui. Les récents événements politiques à travers le monde qui favorisent la montée de l’homophobie nous questionnent sur le fait de savoir si la société ne serait pas en train de régresser sur cette question et sur les droits des LGBT. L’histoire de ce héros, de ce génie déchu à cause de son orientation sexuelle est à mettre en perspective avec les mentalités actuelles…

Benjamin Abgrall

Quelle est votre réaction ?
Excited
0
Happy
0
In Love
0
Not Sure
0
Silly
0
Voir les commentaires (0)

Répondre

Haut de la page