À quelques mois d’une élection présidentielle qui s’annonce d’ores et déjà historique, la Braderie de Lille sonne pour certains comme un rassemblement d’une rentrée éminemment politique. Ce samedi 5 septembre, la capitale des Flandres a, entre autres, accueilli les candidats ou probables candidats Marine Tondelier (EELV), Gabriel Attal (Renaissance), Jean-Luc Mélenchon (LFI), Xavier Bertrand (LR) et Jérôme Guedj (PS). S’ajoute à cela des personnalités politiques majeures, toutes et tous réunies dans leurs stands respectifs des différentes organisations politico-syndicales , à proximité du Beffroi de Lille et de la Porte de Paris. Décryptage.
Marine Tondelier – la secrétaire générale des Écologistes, s’est rendue ce samedi matin à Lille. Vêtue de son habituelle veste verte, la femme politique a répondu aux questions des journalistes venus nombreux pour cette échauffourée médiatique. Cette dernière est revenue, entre autres, sur son débat au Medef fin août, ainsi que sur sa grossesse. Une militante écologiste déclare : “La première candidate enceinte à l’élection présidentielle”, étudiante à Lille et habitante d’Hénin-Beaumont vient chaque année à la Braderie “depuis 2005”.
Selon la cheffe des écologistes, la non-venue de l’extrême-droite à la Braderie de Lille illustre l’inadéquation de valeurs entre le Rassemblement national (RN) et l’évènement populaire. “La Braderie de Lille c’est la chaleur, la convivialité, le lien…” explique-t-elle, tout en pointant du doigt à l’inverse la politique du mouvement de Marine Le Pen, qui “divise”. Celle-ci a par ailleurs été qualifiée de “cheval de Troie”, accusée de servir les intérêts de Vladimir Poutine, Donald Trump et Elon Musk, en particulier la guerre en Ukraine et l’essor du nationalisme en France.
L’ancienne conseillère municipale d’opposition d’Hénin-Beaumont s’est ensuite dirigée vers la Place Simon-Vollant, où la plupart des stands politiques étaient installés. Après avoir serré la main à de nombreux militants, elle a fortement insisté sur la nécessité de “rassembler la gauche, toute la gauche”, en incluant La France insoumise. Le choix de partir seul aux dernières municipales et aux européennes de 2024 a coûté cher au parti.
Ayant ajouté qu’aucun parti de gauche ne peut gagner seul, l’écologiste espère ainsi faire partie d’un possible ralliement des forces de gauche – voire même en être l’incarnation.
Gabriel Attal, lui aussi “anti-RN”
L’ancien Premier Ministre et actuel secrétaire national du parti présidentiel souhaite lui aussi être entendu. Un passage dans la région s’imposait, puisque son principal rival de centre-droit Édouard Philippe (Horizons), soutenu depuis peu par Gérald Darmanin, était il y a quelques jours à Tourcoing pour une opération séduction.
Le député des Hauts-de-Seine (92) s’est rendu à Lille dès 9h ce samedi. Au moment de répondre aux questions de la presse, il souligne les risques d’une victoire du RN, en martelant “la soumission et l’impréparation” des favoris des sondages, notamment sur les questions internationales. Un désengagement de la France en défaveur de l’Ukraine serait selon lui un “tournant pour l’Europe”. “Entre le Rassemblement National et moi, il y a vraiment deux mondes, deux visions diamétralement opposées.”
De surcroît, Violette Spillebout (Renaissance, députée et candidate doublement défaite pour le siège de maire de Lille) a été désignée comme l’une des six porte-paroles de la campagne de Gabriel Attal. Sa liste Faire Respirer Lille a récoltée 20,58% des bulletins en 2020 contre 7,99% des voix lors du second tour des élections municipales de mars 2026, soit un score en deçà des espoirs du jeune candidat au poste de chef de l’Etat. Sa “première” venue à la Braderie – “mais pas à Lille” – et la déambulation avec Violette Spillebout vise à inverser la tendance.
Le candidat insoumis acclamé…
Aux alentours de 16h30, Jean-Luc Mélenchon prend place sur une scène éphémère aux couleurs de son parti, à la Porte de Paris. La capitale des Flandres est l’une des grandes villes acquise à sa cause : plus de 40% des voix pour le premier tour de la présidentielle de 2022 et un tiers des suffrages pour la liste Lille Insoumise, Écologiste et Populaire portée par Lahouaria Addouche début 2026 pour les élections municipales.
Aux sons des slogans “Siamo tutti anti fascisti” et “Jean-Luc président !”, le quadruple candidat à l’Élysée entame son discours devant 12 000 fidèles, selon les organisateurs eux-mêmes. Une foule qui pour la majorité n’a pas pu l’entendre : “Plus fort !” scandait à tue-tête le public amassé dans la rue. Un revers technique qui n’a pas pour autant empêché la prise de parole du dirigeant du parti, dont l’allocution a été retransmise en direct sur les réseaux sociaux et à la télévision sur LCI et BFM TV.
La lutte contre l’extrême droite est l’un des principaux sujets dont Jean-Luc Mélenchon s’est emparé. L’Insoumis a évoqué la récente proposition du RN d’une amende adressée à toutes femmes portant un voile dans l’espace public et la signature la veille, le vendredi 4 septembre entre Jordan Bardella (RN) et Nigel Farage (artisan du Brexit et chef de Reform UK – le parti britannique de droite nationaliste et populiste) d’un accord visant à empêcher l’arrivée de personnes en situation irrégulière au Royaume-Uni. Ces propositions ont été vivement critiqués par l’ancien sénateur et ministre de Jospin.
Le pouvoir d’achat et la baisse du coût de la vie étaient comme d’ordinaire au cœur de son discours, puisque le politique veut “bloquer les prix, bloquer les marges de profits, bloquer les loyers, augmenter le smic”. La thématique de la dette (qu’il propose d’annuler en partie) et la proposition de créer un nouvel indicateur de “développement humain” favorisant le bien-être et la santé aux “quantités d’euros ou de voies de chemin de fer” étaient aussi au rendez-vous. Le fer de lance de son programme inclut la planification écologique et la création “d’éco-régions” pour mieux responsabiliser et contrer l’inaction climatique.
…mais sa présence est contestée
Les bradeurs situés à proximité de la prise de parole de Jean-Luc Mélenchon ont pâti de la foule : casse de verres, rangements précoces et immobilisme des spectateurs ; des circonstances qui ont de fait baissé les possibilités de ventes.
Certains visiteurs et brocanteurs déplorent la politisation de la Braderie, tout comme Louis Delemer – candidat LR malheureux aux dernières élections municipales de 2026 à Lille, qui en début de semaine en appelait au préfet du Nord pour interdire la tenue d’un discours du candidat de gauche. Dans sa lettre ouverte, l’adjoint au département du Nord pourfend l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon car la “Braderie de Lille appartient à tous”.
