Présidentielle. À Sciences Po Lille, Anasse Kazib se hisse en nouvelle figure révolutionnaire

Jeudi 10 février, Anasse Kazib présente les grandes lignes de son programme à Sciences Po Lille. Devant un amphithéâtre quasi rempli, le candidat de Révolution Permanente semble incarner le nouveau visage de la convergence des luttes.

Il est ce que l’on appelle un “petit candidat”, mais sait bel et bien remplir les salles. Ce fut le cas de l’amphithéâtre Norbert Elias de Sciences Po Lille ce jeudi, rempli au compte-goutte pendant près d’une demi-heure, avant qu’une vague de curieux ou de soutiens ne viennent le rejoindre pour deux heures de conférence. Ponctuée de rires et d’applaudissements, cette rencontre organisée par l’Arène association étudiante et lillois a eu des airs de réunion syndicale. Les spectateurs n’ont pas hésité à prendre la parole spontanément, révélant un Anasse Kazib éloquent.

Dans l’assemblée, des jeunes et des moins jeunes, des curieux ou des conquis qui avaient au moins un point commun : celui de vouloir mieux cerner ce candidat et avec lui son programme qui intriguent tant. Des jeunes militants du NPA, qui ont alors pris possession du troisième rang de la salle confient que “si jamais [Anasse Kazib] a de meilleures idées, on verra si on quitte le NPA”. A-t-il embarqué leur cœur ? Rien n’est moins sûr. Toutefois, en se terminant avec une bonne demi-heure de retard -qui aurait pu être encore plus long si les modérateurs n’avaient pas mis un coup d’arrêt aux échanges- la conférence semble avoir passionnée.

Une campagne mise à rude épreuve 

Avant de répondre aux questions des deux médiateurs de l’Arène, Anasse Kazib passe un long moment au téléphone. Merci monsieur le maire”, souffle-t-il. Dans l’amphithéâtre, certains s’imaginent déjà un nouveau soutien pour Révolution Permanente. Sourire aux lèvres et sans hésitation, le candidat ne cache pas sa fierté d’avoir déjà recueilli 99 signatures d’élus (depuis, il en totalise 116). Toutefois, Anasse Kazib s’attache à dénoncer “un système pernicieux” où les grandes collectivités font pression sur les maires des petites communes. Le jeune révolutionnaire raconte que d’après un maire de canton de Bolbec, en Normandie, Édouard Philippe, en vertu de son poste de président du Havre Seine Métropole, préconiserait à des élus du canton de parrainer Emmanuel Macron sous peine de ne plus leur verser certaines subventions. Des propos à relativiser. 

Même entre deux sons de RnB ou de Zouk, on ne m’a pas invité. – Anasse Kazib 

Si le candidat de Révolution Permanente estime que ses origines marocaines peuvent être un frein à l’obtention de parrainages, il indique également que son manque de visibilité dans les médias ne l’aide pas. Même entre deux sons de RnB ou de Zouk, on ne m’a pas invité” plaisante-t-il. Alors, pour porter sa voix sur les plateaux télés, Anasse Kazib espère recueillir les 500 signatures obligatoires bien qu’il en soit encore loin. “Ce serait historique d’avoir un immigré maghrébin qui débat à côté de Zemmour” fantasme le candidat

Le révolutionnaire s’imagine aussi face au Président de la République, accompagné de Nathalie Arthaud et Philippe Poutou“Macron va se manger des torgnoles de dingues”. Mais, entre deux plaisanteries, le jeune cheminot semble exprimer une certaine amertume envers ses “camarades” révolutionnaires dont il s’est désolidarisé pour cette campagne présidentielle. “Où était Arthaud, où était Poutou, quand l’extrême droite voulait m’empêcher d’entrer à la Sorbonnes hier ?” largue le candidat d’un ton ferme.

Anasse Kazib, le candidat des nouvelles luttes

Exaspéré mais pas résigné, Anasse Kazib veut avant tout représenter les nouvelles luttes. Ce renouveau, il tente de l’incarner lui-même, lui qui est fier d’être le prétendant à l’Elysée “le plus jeune, mais surtout le premier issu de l’immigration maghrébine”. Répondant aux invectives qui lui sont souvent adressées, notamment en le qualifiant de “wokiste”, le syndicaliste Sud Rail de la SNCF entend faire de cette attaque rabaissante une force. Il réaffirme ainsi l’origine anglaise du mot, “‘wake” signifie “éveillé”, éveillé contre les oppressions […],  les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, de se battre pour les droits aux personnes LGBTI, pour ceux qui vivent les violences policières, le racisme d’État…”.  Avec un discours au ton marxiste, celui qui se présente davantage comme “un militant révolutionnaire” plutôt que comme un politicien, veut également redonner de “l’espoir” à la jeunesse.

Pour entamer ce sujet immanquable, Anasse Kazib commence par un triste constat : “On a une jeunesse qui galère, qui a peur pour l’avenir : elle est la génération crise sanitaire, crise climatique, crise économique, etc”, avant d’affirmer que les jeunes “ont de quoi avoir peur”. Face à cette détresse qui demande bien des réponses, le cheminot va à l’encontre de la doxa actuelle, postulant que la jeunesse s’intéresse à la politique, mais pas dans sa construction actuelle. Preuve en est, Anasse Kazib cite pour exemple un sondage récent du journal La Croix selon lequel 22% des jeunes veulent une révolution dans le pays, eux qui sont les “travailleurs et travailleuses de demain”.

Pour répondre aux difficultés de la jeunesse, Anasse Kazib présente quelques mesures concrètes : un revenu étudiant au SMIC de 1800€ pour pouvoir étudier” ou encore la suppression de Parcoursup qui s’inscrit dans la gratuité pour tous de l’Université. Enfin, il propose la gratuité de tous les transports, urbains comme interurbains et nationaux. Anasse Kazib justifie cette mesure comme une réponse aux problèmes de la jeunesse, qui s’inscrit au-delà dans une réponse globale aux enjeux sociaux et écologiques actuels.

De la croisée des luttes à la révolution

Quand sonne 20 heures, les médiateurs peinent à clôturer la conférence. Entre Anasse Kazib et l’auditoire, un débat s’est lancé. “Le syndicalisme est profondément en crise” ne se lasse pas d’expliquer le cheminot devant une assemblée qui semble pourtant y croire. Bien que lui-même syndiqué, il dénonce une “bureaucratie syndicale loin du terrain” et considère que les luttes sont bridées par des secrétaires généraux qui “négocient trop avec le gouvernement”

Il n’y a pas de lutte de classe, sans lutte internationale. – Anasse Kazib

Face à cette prétendue illusion syndicale, Anasse Kazib tente de montrer que pour “renverser le système et le transformer de fond en comble”  le seul espoir est la convergence des luttes en passant “par en-bas”. Avec la révolution comme clé de voûte de son programme, le candidat semble idéaliste mais n’est en rien candide. “Il n’y a pas de lutte de classe, sans lutte internationale” explique Anasse Kazib. Pour le révolutionnaire, la crise écologique en est le meilleur exemple : “si tu prends des mesures et que derrière il brûle l’Amazonie, il n’y a pas un dôme de vert qui va nous [la France] protéger de la hausse des températures”. 

“Il y a tellement de chose à faire et à reconstruire ensemble” fantasme Anasse Kazib sous les applaudissements d’un amphithéâtre qui semble davantage séduit par l’idée d’un vote utile. “Il faut faire barrage aux quatre candidats d’extrême droite : Le Pen, Zemmour, Pécresse et Macron” lance un jeune homme du fond de la salle pour justifier son intention “de voter Mélenchon”. “Nous, on a la possibilité de changer le débat” rétorque Anasse Kazib. Entre humour et sarcasme, le candidat souhaite se hisser en nouvelle figure de la révolution.

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