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Rattrapages. Drunk, une ode à la vie norvégienne

Rattrapages. Drunk, une ode à la vie norvégienne

Sorti en salle le 14 octobre 2020, le film danois Drunk de Thomas Vinterberg connait une ascension fulgurante. On y retrouve Mads Mikkelsen dans le rôle principal accompagné de Thomas Bo Larsen, Magnus Millang, Lars Ranthe ou encore Maria Bonnevie. Drunk a remporté l’Oscar et le César 2021 du meilleur film étranger, et est le meilleur film non anglophone au BAFTA AWARDS. 

Drunk est un film complet dans les sujets qu’il aborde. La production cinématographique se concentre sur des thématiques sociétales contemporaines. On passe du rire au larmes, tout en s’identifiant aux quatre professeurs basculant dans l’ère de la cinquantaine. Alors que les adultes se sentent dépassés par la routine du quotidien, ils décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien Finn Skårderud. Selon celle-ci, lors de la naissance de l’Homme, un déficit d’alcool serait présent dans le sang. Alors que les quatre protagonistes veulent aspirer à une vie meilleure, ils décident de relever le défi et commencent à boire quotidiennement. D’un commencement glorieux au déroulement chaotique, leurs diverses expériences vont changer considérablement leurs habitudes.

À consommer sans modération

La trame du film s’articule autour de la thématique de l’alcool. Il manquerait chez l’Homme 0,5g d’alcool par litre de sang pour être épanoui dans sa vie. Le personnage principal Martin (interprété par Mads Mikkelsen) est devenu, au fil des années, un professeur d’histoire arriéré et dépassé. Dans une première thèse qu’il établit avec trois de ses collègues, ils décident de boire avant chaque cours. Le résultat est brillant : avec les bienfaits de l’alcool, les quatre amis parviennent à captiver davantage leurs élèves. Tout leur paraît merveilleux et tout peut être accompli. La première partie du film s’attache ainsi à démontrer la joie procurée par l’ivresse au sein de ce quatuor. Cet état d’ivresse constant les poussera dans leurs retranchements.

On assiste à une réelle renaissance de ces quatre personnages qui jusque là étaient seulement spectateurs de leur vie. Une euphorie générale commence à prendre place et emmène ainsi le spectateur dans ce rythme effréné avec une seule envie : les rejoindre et danser avec eux. Tous les moments de vie qu’ils partagent s’unissent dans une certaine harmonie. Ils ont ainsi retrouvés ce grain de folie, cette ardeur et cette vitalité, qui manquaient cruellement à leur quotidien.

Martin ( Mads Mikkelsen) en cours avec ses élèves
Martin ( Mads Mikkelsen) en cours avec ses élèves. © Zentropa Entertainments

Basculement dans l’ivresse

Leur quotidien rêvé va vite tourner en douce illusion. Dans la deuxième partie du film, ils décident de monter le taux d’alcoolémie dans le sang en frôlant les comas éthyliques journaliers. On les voit ainsi plonger dans une descente aux enfers, abandonnant la pleine possession de leur esprit et de leur corps. On entre dans un univers manichéen qui nous montre les multiples effets liés à l’alcool. Alors que l’expérimentation promettait d’être un véritable remède à leur vie lancinante, celle-ci tourne au calvaire.

Le nœud dramatique se forme et la catharsis subsiste. Néanmoins, on arrive à retrouver un certain équilibre. En effet, cette traduction d’une descente aux enfers liée à une surconsommation d’alcool se mélange à la comédie et au drame. Nul besoin d’utiliser le pathos pour le réalisateur Thomas Vinterberg, puisque les éléments s’enchaînent dans une linéarité fluide. La légèreté des premiers instants laisse ainsi place à une remise en question, non seulement sur cette emprise de l’alcool mais également sur la vie des quatre hommes.

On entre dans l’intimité de ce quatuor au fur et à mesure que l’oeuvre cinématographique progresse. L’immaturité de ces adultes prend place alors que leur vie semble être vouée au sérieux et à une certaine responsabilité. Alors que le réalisateur n’a nul besoin d’utiliser le pathos, il n’emploie pas non plus un ton moralisateur dans l’ambiance du film. La morale de ce film décide de se concentrer plutôt sur le sens que l’on veut donner à nos vies, et de mettre en avant les valeurs fondamentales comme l’amitié ou l’amour.

Introspection de la conscience humaine

Le film va bien au delà de la thématique de l’alcool, et apporte des questionnements existentiels.  On retrouve cette déliquescence, présente en chacun d’entre nous. Thomas Vinterberg avait qualifié son film lors d’une interview de “l’irruption de l’incontrôlable dans la vie“. Ainsi, l’oeuvre traduit un certain mal-être mais apporte un message qui se veut positif : la vie vaut la peine d’être vécue. Il permet de traduire une contemporanéité et une routine humaine.

Alors que l’alcool est montré sous ses divers aspects entre diabolisation et substance magique, le spectateur est entraîné dans cette expérience inédite. Nous sommes confrontés à des scènes de rêves abandonnés, de jeunesses rêvées. Nous observons, en tant que spectateur, comment ces quatre personnages décident de reprendre leur vie en main et assistons aux obstacles et aux joies auxquels ils sont confrontés.

On reconnaît ainsi la production de Thomas Vinteberg en tant que cinéaste social, mettant en avant des études psychologiques au travers de ses personnages. Il met sur le devant de la scène le temps qui passe et l’idée qu’il faut vivre dans la minute. Drunk est avant tout un film poétique qui célèbre la vie.

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