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Recyclage du plastique : démarrons la révolution !

Recyclage du plastique : démarrons la révolution !

Fin août 2018, je pose mes valises à Lille (59000) pour débuter mes études supérieures. Pendant mon installation, quelque chose attire mon attention. Les consignes de tri ne sont pas les mêmes qu’à Yvetot (76190), ma ville d’origine.

Depuis quelques années, j’ai l’habitude de recycler tous mes déchets plastiques dans ma petite ville de Normandie. Je me demande donc pourquoi la métropole de Lille ne recycle pas tout son plastique. Je décide de mener mon enquête.

Des chiffres alarmants

Le plastique est aujourd’hui un problème majeur. Nous en avons surproduit exponentiellement depuis 1950. En 2016, 396 millions de tonnes ont été produites dans le monde. 100 millions de tonnes se retrouvent chaque année dans la nature, polluent les sols et les eaux et tuent la biodiversité. En France, 3,4 millions de tonnes de plastique ont été produites en 2016 dont 1 million de tonnes d’emballages. Ces derniers sont justement les plus problématiques. Ils ne sont aujourd’hui quasiment pas recyclés alors qu’ils représentent une grande partie des déchets plastiques. En 2017, quand la moyenne européenne est de 31%, seulement 22% du plastique est recyclé en France. Et selon une enquête de 60 millions de consommateurs publiée le 8 mars 2018, seuls 3% des emballages plastiques collectés sont finalement recyclés. Pourtant, en juillet 2017 devant l’Assemblée Nationale, Édouard Philippe annonçait vouloir recycler 100% du plastique d’ici à 2025.
Vous imaginez le chemin qu’il reste à parcourir…

Un peu déprimé, je commence mon investigation en recherchant les acteurs responsables du tri et du recyclage dans la Communauté de Communes Yvetot Normandie (CCYN) et dans la Métropole Européenne de Lille (MEL).
Je contacte ainsi Sophie Darroux, responsable à l’éco-organisme Citeo, une société privée à but non lucratif et reconnue d’intérêt général qui gère les emballages. Les industriels lui paient une contribution qui est reversée aux collectivités locales pour organiser la collecte et le traitement des déchets. Ces soutiens financiers sont versés à la collectivité en fonction de ses quantités de matériaux recyclés et permettent de payer en grande partie ses frais de collecte et de tri. Les entreprises sont ainsi responsabilisées : elles paient leur pollution plastique.

Une extension des consignes de tri ?

Sophie Darroux me transmet une note de juillet 2017 évaluant les extensions de consignes de tri (ECT) au niveau national. J’apprends ainsi que la CCYN expérimente le tri élargi depuis 2016 mais que la MEL n’a pas intégré ce programme. La MEL ne trie donc que les bouteilles et flacons en plastiques pour les recycler ensuite. Sur Yvetot et dans la CCYN, tous les emballages plastiques peuvent être mis dans les bacs de tri de l’habitant. Ils sont ensuite triés de nouveau dans un centre de tri Veolia au Havre puis vendus à des industriels pour valorisation par recyclage ou combustion. Les acteurs de la filière estiment que les procédés de recyclage seront assez performants vers 2030 pour recycler tout le plastique.

J’ai conçu cette infographie pour récapituler les étapes du tri et du recyclage en France.

Des solutions existantes à généraliser

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Ne désespérons pas, il est encore temps d’agir. D’ailleurs, de nombreuses solutions sont déjà développées à l’échelle locale, nationale voire internationale.
Dans son dernier rapport intitulé « Pollution plastique : à qui la faute ? », l’ONG WWF réclame un traité international juridiquement contraignant pour résoudre ce problème. Les États ont l’opportunité de s’y engager dès la prochaine assemblée des Nations unies pour l’environnement qui se tiendra à Nairobi au Kenya du 11 au 15 mars.
L’Ademe (Agence de l’Environnement et la Maîtrise de l’Énergie) est un établissement public à l’origine du Fonds Déchets, développé grâce à des crédits exceptionnels de l’État (163 millions d’euros en 2018) pour mettre en œuvre sa politique de gestion des déchets et engager une transition vers l’économie circulaire. C’est une aide financière apportée aux collectivités territoriales, notamment pour réaménager les centres de tri. Citeo estime que des investissements d’un milliard d’euros sont nécessaires.


Les taxes d’enlèvement des ordures ménagères prélevées par les collectivités permettent de financer ces travaux. La redevance ordinaire est basée sur le nombre de personnes habitant le domicile. La taxe incitative (TI) est plus juste car elle est calculée en fonction du nombre de fois où l’usager sort sa poubelle de déchets non recyclables. Le but est de l’encourager à réduire sa quantité de déchets, mieux trier et recycler. L’Ademe a calculé que la TI permettait de réduire de 41% la quantité d’ordures ménagères et d’augmenter de 40% la collecte des recyclables. Vous produisez moins de déchets non recyclables, vous sortez moins votre bac, vous économisez de l’argent. Simple, non ? En plus, c’est bénéfique à tous.

Selon Citeo et l’Ademe, 9 Français sur 10 déclarent trier leurs déchets plus ou moins régulièrement. Les acteurs du secteur, comme Stéphanie Foucard, directrice du pôle sensibilisation de Citeo, veulent donc « transformer des trieurs occasionnels en adeptes du tri systématique ». La sensibilisation des citoyens est alors une étape importante pour faire comprendre et adopter les consignes de recyclage par la population. Je prends contact avec Yoann Auber, ambassadeur du tri dans la CCYN. Il intervient toute l’année dans des classes de la maternelle au lycée pour sensibiliser aux éco-gestes (tri, compostage, préservation des ressources, lutte contre le gaspillage alimentaire…). La MEL mène également des actions de sensibilisation auprès de ses habitants, commerçants et administrations avec notamment des animations pédagogiques et un bus Info Tri.
Quand nous faisons nos courses par exemple, évitons les emballages uniques, optons pour des matières recyclables, réutilisons nos contenants alimentaires… Ces gestes simples existent déjà, il suffit de nous y habituer pour avoir un impact positif sur la planète. À nous de jouer !

Le recyclage du plastique s’inscrit dans une démarche globale de développement durable. Il permet d’entrer dans une économie circulaire : le plastique recyclé peut entrer dans une boucle continue allant des consommateurs aux industriels. Le recyclage permet d’éviter le gaspillage de ressources naturelles et d’énergie, de sécuriser l’approvisionnement de l’industrie en matières premières, de diminuer ses impacts environnementaux.

Thibault Le Besne

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