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Retour au présentiel, pari réussi pour les universités lilloises ?

Retour au présentiel, pari réussi pour les universités lilloises ?

Un cours en présentiel en période de Covid à l'université de Lille.

Le gouvernement ne pouvait plus ignorer la détresse des jeunes. Depuis le 8 février, deux semaines après le retour en présentiel des première années, tous les étudiants peuvent venir un jour en classe par semaine. Si cette nouvelle mesure ne s’applique pas encore à toutes les universités, elle offre un peu d’espoir aux jeunes. Témoignages.

Devant leurs écrans, loin des autres, des étudiants attendent le retour progressif en classe. D’autres font déjà l’expérience de cours en présentiel, avec un professeur derrière un bureau, des camarades et une vraie salle de classe. Une pratique presque oubliée pour les filières qui n’ont pas besoin de travaux pratiques. Psychologiquement, l’enseignement en temps de Covid est devenu pesant pour beaucoup. Selon une étude du Figaro Etudiant de décembre, 69% des étudiants s’inquiètent de leur santé mentale. Pouvoir retrouver le présentiel permet d’être plus optimiste dans une période d’incertitude.

Le retour en présentiel, un choix plus compliqué que prévu

Lucas est professeur de travaux dirigés (TD), dispensés en présentiel à partir de début février. Il donne ses premiers cours en droit à l’Université de Lille et explique que la faculté a permis aux étudiants de choisir “entre les TD à distance et les TD à la fac”. Ce qui peut poser problème au départ, pour des élèves habitués au distanciel ou ayant quitté leur logement étudiant. Le jeune professeur a “un groupe dans lequel seuls deux étudiants avaient choisi le présentiel” puis a “fait cours à 25 autres en distanciel, ce qui empêchait totalement l’interaction”. Malgré une envie de venir en cours, ce n’est pas facile pour tout le monde. Pour les collègues du juriste, ce sont entre “5 et 10 étudiants sur 50 qui optent pour le retour à la fac.”

C’est donc un retour en classe complexe qui se dessine dans certaines universités. “Les étudiants ne veulent absolument pas venir en présentiel. En distanciel, la participation et la volonté d’allumer son micro et sa caméra sont minimales”. Tout jeune professeur, Lucas déplore le “niveau de connaissance qu’on transmet” en distanciel. Sans interaction, les enseignants “doivent beaucoup se répéter”, ou ne savent pas “si les étudiants ont vraiment compris.” La faculté a aussi divisé le nombre de séances de TD par deux, “donc naturellement, on va vite”.

“Quand ils en font l’expérience, les étudiants se rendent compte qu’ils préféraient finalement le présentiel et essaient de s’organiser pour revenir à la fac.” – Lucas, professeur en TD de droit à l’Université de Lille

Impatient de retrouver ses étudiants, le professeur rêve d’une ambiance “plus humaine” : “Je serais plus disponible, surtout s’ils sont moins nombreux.” Si la distance peut soulager, malgré le fait que ce soit “vraiment mauvais pour la pédagogie“, c’est “le moins qu’on puisse faire pour eux.” Mais à la fin d’un premier cours Zoom “tout pété”, des élèves de Lucas ont demandé à revenir en classe. “En même temps, quand ils en font l’expérience, ils se rendent compte qu’ils préféraient finalement le présentiel et essaient de s’organiser pour revenir à la fac.”

À Sciences Po Lille, tout le monde revient

Certains établissements ne laissent pas le choix. À Sciences Po Lille, Rémi explique que les cours dispensés en présentiel sont obligatoires. “C’est une bonne chose. Tout le monde est rentré, des première années aux dernières années.” Tous les cours ne se font pas en distanciel, sachant que le bâtiment peut accueillir au maximum 400 personnes, selon la circulaire de l’Enseignement Supérieur. Les cours en amphithéâtre, “les séminaires”, sont en présentiel “et sont très bien organisés” explique l’étudiant en 4A.

Pas de cours Zoom pour les absents, “ils ne sont pas enregistrés et les professeurs notent les absences.” La présence aux cours en classe n’est pas négociable. “Certains se sont battus pour avoir le système hybride, donc mi-présentiel, mi-distanciel.” En particulier ceux qui ont rendu leur appartement, dans l’anticipation d’un confinement.

“On en avait tous besoin. Psychologiquement, et scolairement.” – Rémi, étudiant en quatrième année à Sciences Po Lille

C’est un vrai soulagement pour les élèves de l’IEP, “tout le monde l’attendait et tout le monde a été content de retourner en cours”. Alors que les cours en visio-conférence se font sans interaction, sans “l’ambiance de la salle de classe”, avoir un professeur en face change la donne. “On en avait tous besoin. Psychologiquement, et scolairement.”

Une mesure qui ne s’applique pas à toutes les universités

Jean, en études politiques européennes à l’Institut Catholique de Lille (ESPOL), profite de deux cours en classe par semaine. Pas de retour à la normale avec des cours magistraux en amphithéâtres, plutôt des options qui réunissent moins d’étudiants. Un soulagement pour ceux qui peuvent venir et en font le choix : “Ce n’est pas obligatoire, mais il y a bien un tiers qui se déplace pour aller en classe.” Les mètres de distance entre chaque table changent des écrans noirs sur Zoom, “tout est respecté, il y a du gel, on peut même rester travailler tant qu’on respecte les règles sanitaires”.

Pour certains étudiants ayant réussi à partir en échange universitaire, les cours en présentiel sont inexistants depuis un an. Revenue en France pour sa troisième année, Elvire a eu espoir à l’annonce d’un lent retour en classe sur le territoire. Sur deux licences, la même école que celle de Jean n’a ouvert les cours en présentiel qu’à une partie des élèves. La licence d’Elvire ne lui permet pas de quitter l’écran car les professeurs ne sont pas sur place : “C’est très difficile de ne pas décrocher et d’être attentif tout le temps, étant donné la “dématérialisation” des cours.”

“J’éprouve beaucoup de difficultés à travailler pour quelque chose qui ne semble pas aussi concret qu’un cours normal.”– Elvire, étudiante en troisième année à ESPOL

À Lille, elle ne profite que de son appartement. Une complication justifiable par le fait que “la plupart des professeurs de relations internationales vivent à l’étranger et/ou ont des cours dans plusieurs universités”. Mais pour la jeune femme, c’est un problème logistique lourd de conséquences : “Psychologiquement j’ai beaucoup d’amis pour qui c’est très difficile, qui se sentent très seuls même si on essaie de garder le plus de lien possible. Je le ressens aussi et j’éprouve beaucoup de difficultés à travailler pour quelque chose qui ne semble pas aussi concret qu’un cours normal.” L’anxiété et l’instabilité liées à la crise sanitaire laissent les facultés sur leur garde. L’Université de Lille assure surveiller de près les évolutions de la pandémie, “en gardant toujours à cœur de lutter contre l’isolement et la précarité, en accompagnant [les étudiants] dans ces conditions d’études si particulières cette année”.

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