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Ryan Murphy persiste dans l’horreur psychotique avec Ratched

Ryan Murphy persiste dans l’horreur psychotique avec Ratched

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Ratched, la nouvelle bizarrerie de l’auteur estimé de Glee et d’American Horror Story, Ryan Murphy, est disponible sur Netflix depuis le 18 septembre. En se plaçant comme spin-off du roman Vol au-dessus d’un nid de coucou de Ken Kesey, la série multiplie les personnages hauts en couleur et les références jouissives à outrance. Pour le meilleur, comme pour le pire…

Une revisite de l’œuvre culte

Sur la côte californienne en 1947, Mildred Ratched parvient après maintes tactiques à intégrer le service de l’hôpital psychiatrique de Lucia. Au sous-sol de celui-ci croupit Edmund Tolleson (Finn Wittrock), accusé d’avoir tué quatre prêtres catholiques. Le Docteur Hanover, friand de la nouvelle médecine expérimentale telle que la lobotomie, est en charge de déterminer si ce dernier est fou ou bien s’il doit être condamné à mort. Les intentions et le passé de Mildred vont alors peu à peu se révéler.

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Les patients de l’hôpital psychiatrique ne sont pas forcément les plus insaisissables. © Netflix

Cette nouvelle création originale Netflix, déjà la troisième après Hollywood et The Politician depuis le contrat signé entre la plateforme et le producteur, aura largement de quoi ravir les fans de Ryan Murphy. Ratched, si elle n’avait pas été une série à part aurait totalement pu faire suite à American Horror Story avec son ambiance thriller mêlée à l’horrifique. Certaines similitudes sont présentes, comme le personnage joué par Brandon Flynn qui n’est pas sans rappeler le Dandy colérique de la saison 4 Freakshow. Comme à son habitude, Ryan Murphy apporte diversité et représentation dans son œuvre. Une revisite plus représentative pour un spin-off qui s’affranchit de l’œuvre dont il est tiré. Là où les personnages du film n’étaient que des hommes, la série comporte toutes sortes de personnages, offrant un contrepoint féministe à Vol au-dessus d’un nid de coucou.

L’ambition de présenter un préquel au film cinq fois récompensé aux Oscars avec comme personnage principal une infirmière tyrannique ayant marqué les esprits était un pari risqué mais attendu. Pourtant, les liens entre les deux storylines sont presque inexistants. Si ce n’est le personnage de Ratched, antagoniste iconique du cinéma, on trouve très peu de filiations susceptibles de lier les deux œuvres. Là où Mildred Ratched n’était qu’un personnage méchant et autoritaire, la série fait d’elle une femme complexe au passé tragique capable du pire mais aussi de compassion. On découvre finalement un personnage plus profond et d’autant plus fascinant.

Que c’est beau !

C’est sans doute ce qui s’entendra le plus parmi tous les retours : la plasticité de cette série est incroyable. Costumes, décors, couleurs, acteurs et actrices… Tout est là pour flatter la rétine et la plonger dans un merveilleux hommage aux années 40. Un effort remarquable de reconstruction et de reproduction qu’il faut souligner tant il permet de voyager au travers de cette société passée.

Ratched décors
Les nombreux décors sont tous très soignés et travaillés en profondeur pour servir au mieux leurs personnages. © Netflix

Mais la série ne s’arrête pas là ! En voilà enfin une qui ne pense pas que mettre des acteurs habillés à la mode d’une époque, dans des décors correspondants et avec les références musicales de celle-ci, suffit à immerger le spectateur. Tout le travail de réalisation, de montage, de rythme et d’éclairage est pensé en fonction. Murphy emprunte énormément les codes du giallo italien avec toutes ces couleurs vives, ces éclairages voyeuristes et ce rapport au corps très viscéral qui effleure le cinéma de Cronenberg. Les clins d’œil à Hitchcock et Kubrick sont nombreux, certains plans ne sont pas sans rappeler The Shining et les couloirs de l’hôtel Overlook. Les épisodes se suivent donc dans un mélange des genres agréable, poussant plus ou moins loin la barrière de l’absurde et du grandiloquent, qui trouve, dans l’épisode 4, un sommet particulièrement jouissif.

Nous l’évoquions d’ailleurs, sa bande-son est excellente, originale et tombe toujours juste. Elle parvient à doter certaines scènes, pourtant peu signifiantes au premier abord, d’une virtuosité extrêmement puissante. Un sublime hommage, encore une fois, à toute cette vague du film noir ou du cinéma d’horreur européen, revisités ici à la sauce américaine.

L’écriture détonne

Les personnages principaux sont aussi une des grandes réussites de la série. Insaisissables, mystérieux, retors, hypocrites ou trop francs, les scénaristes abusent de pièges et de supercheries pour nous perdre complètement sur leurs intentions. Incarnés par des comédiens au surjeu impeccable, car très adapté, ils deviennent rapidement mémorables (le trio féminin principal en tête de liste).

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Mention spéciale au personnage de Betsy, incarné par une Judy Davis, qui fait preuve autant d’une cruauté délicieuse que d’une fragilité émotionnelle débordante. © Netflix

Surfant entre traumatisme et lubie personnelle, on y traite de l’instabilité humaine en rebattant nos propres cartes éthiques. Que trouve-t-on anormal, qu’est-ce qui fait de nous quelqu’un de différent ? Pour finalement plonger dans le profond vertige de la remise en question : ne serions-nous pas tous rongés intérieurement par nos propres traumatismes, ceux qui nous définissent véritablement ? Malheureusement, ces pistes ne mènent pas à grand chose et sont assez vite expédiées. Et, bien qu’il serait facile de le sur-interpréter, l’objet cinématographique en reste là, et finit même par se perdre.

Baisse de régime

Car malheureusement beaucoup de toutes ces qualités disparaissent, ou évoluent, passé les quatre premiers épisodes (soit la moitié de la saison). Après cette entrée en fanfare totalement décomplexée, la série calme son jeu et termine de tendre le bras vers la tragédie humaine, plus que vers l’horreur extravagante. Un genre qu’elle ne parvient pas à synthétiser et à intégrer dans la logique de son univers.

Les auteurs se prennent les pieds dans le tapis avec de multiples incohérences scénaristiques et des personnages qui perdent de leur intérêt. Ceux-ci, dont les apparences mystérieuses se sont bien vite envolées, deviennent presque des caricatures d’eux-mêmes. Leur développement se fait trop rapide, si bien qu’on a du mal à saisir certains revirements. Finalement, les épisodes de conclusion paient la trop grande générosité de l’introduction et la série finit par suivre l’adaptation cinématographique dans son rythme indolent.

Et il est vraiment possible de regretter cette rupture de ton, tant la série excellait dans son domaine. L’énième crise de larmes de l’actrice principale finit par exaspérer, d’autant que le charisme de Sarah Paulson crevait l’écran jusque-là. Et les fans de la première heure peuvent finir par se lasser devant un objet pas si mauvais mais inégal, et surtout terriblement frustrant.

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