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Saga Benalla, l’épisode de trop ?

Saga Benalla, l’épisode de trop ?


Le premier épisode avait fait fureur. Violences sur manifestants, violation de contrôle judiciaire puis utilisation abusive de passeports diplomatiques, la série  « Benalla » avait tout d’un bon feuilleton. Comme trop souvent, la production n’a pu s’empêcher de réaliser “l’épisode de trop”. Celui-ci implique le personnage principal dans une affaire de contrats russes peu scrupuleux.

Episode 1 : Les événements du 1er mai

Tout commence un 1er mai dans le 5e arrondissement parisien. Au cours de manifestations Place de la Contrescarpe, un homme est filmé rouant de coups un manifestant, pourtant déjà au sol. Le 19 juillet, Le Monde identifie Alexandre Benalla, alors chargé de « l’organisation des déplacements nationaux du président de la République »« l’organisation des événements au palais de l’Élysée » et de « la coordination, sous l’autorité du directeur de cabinet, des deux services de sécurité de l’Élysée ».
Le 20 juillet, Alexandre Benalla est placé en garde à vue pour violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public, usurpation de fonction, port illégal d’insignes et détention d’images de vidéo-protection. Et c’est pour ce dernier motif que l’Elysée décide de licencier Alexandre Benalla le 23 juillet. L’ex-collaborateur de la présidence se serait en effet procuré des vidéos de surveillance afin de préparer sa défense (vidéos lui ayant été remises par 3 policiers également suspendus). Alexandre Benalla nie « avoir eu un comportement fautif le 18 juillet 2018 » (date à laquelle il a reçu les vidéos, ndlr) et « conteste donc un manquement grave à [ses] devoirs professionnels »

Dans le même temps, Vincent Crase, également identifié sur la vidéo du 1er mai, est placé en garde à vue pour violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public et usurpation de fonction. De plus, ce dernier reconnait avoir porté une arme le 1er mai. Cependant, cette arme appartenait à La République En Marche et était destinée à la protection du siège du parti en cas d’attaque terroriste. Elle ne devait donc pas quitter les locaux de LREM, d’autant plus que Vincent Crase ne possédait pas de permis de port d’arme.
Le 20 juillet, le parti présidentiel entame une procédure de licenciement à l’encontre du frère d’arme de Benalla.

Episode 2 : Les passeports diplomatiques

Alors que l’on croyait l’affaire enterrée, Mediapart révèle le 27 décembre qu’ Alexandre Benalla continue de voyager avec un passeport diplomatique. Cela contraste donc avec les propos du principal intéressé qui avait juré sous serment que ses passeports diplomatiques étaient restés « dans le bureau qu'[il] occupait à l’Élysée » devant la commission d’enquête du Sénat le 19 septembre dernier.
Comme l’a rappelé le ministère des Affaires étrangères, « le passeport diplomatique est un titre de voyage visant à faciliter les déplacements de son titulaire, dans le cadre de ses fonctions officielles ». Problème donc quand on sait qu’Alexandre Benalla a utilisé ce type de passeport une vingtaine de fois entre la fin du mois d’août et décembre 2018, période où il ne travaillait plus auprès d’Emmanuel Macron.
Il aurait utilisé ces documents pour se rendre dans différents pays africains (notamment le Tchad où il a rencontré pendant 2 heures le président Idriss Déby et aurait abordé la question de la réserve d’or du Tibesti, zone de tension entre le Tchad et des rebelles) ainsi qu’Israël.

« Quelles que soient les démarches qu’entreprend M. Benalla, il n’est pas un émissaire officiel ou officieux de la présidence de la République. S’il se présentait comme tel, il est dans le faux », a indiqué l’Élysée.

Le 29 décembre 2018, le parquet de Paris ouvre une nouvelle enquête pour « abus de confiance » et « usage sans droit d’un document justificatif d’une qualité professionnelle ».
Le 17 janvier, Alexandre Benalla est de nouveau placé en garde à vue.

S’ajoute à cela la question de l’obtention des deux passeports diplomatiques. En effet, Alexandre Benalla est aujourd’hui soupçonné par les services de l’Elysée de « faux, usage de faux et obtention indue d’un document administratif ». En effet et selon Patrick Strzoda, le directeur de cabinet de la présidence de la République, l’ex-employé d’Emmanuel Macron aurait utilisé « une note dactylographiée à en-tête du chef de cabinet » de l’Élysée non signée. Il soupçonne donc « une falsification ».

« Avec cet individu on découvre tous les jours des choses nouvelles » , a commenté Patrick Strzoda.

Episode 3 : Les révélations de Médiapart

Le 31 janvier 2019, Mediapart donne le coup de grâce à un Benalla déjà dans la tourmente. En effet, le média dirigé par Edwy Plenel révèle des enregistrements sonores prouvant la violation de l’interdiction de rencontre entre Benalla et Crase le 26 juillet (sans doute chez Marie-Elodie Poitout, cheffe du groupe de sécurité du Premier ministre, comme le révèle Valeurs Actuelles).
Le premier enregistrement prouve le soutien du pouvoir exécutif« Ah bah, il (Emmanuel Macron, ndlr) fait plus que nous soutenir […]. Il  est comme un fou […]. Et il a dit comme ça, il a dit, il m’a dit : “Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux.” C’est énorme quand même. » s’exclame Alexandre Benalla.
SMS dont l’existence a été démentie par l’Elysée.
Deuxième point abordé par les deux hommes, la perquisition d’En Marche.
Celle-ci serait liée à une enquête concernant Mars, société de sécurité privée présidée par Vincent Crase. Ce dernier aurait donc eu la volonté de déplacer et/ou détruire des preuves compromettantes.

« J’essaierais bien d’y aller cette nuit, mais le problème, c’est qu’il y a des flics devant… », affirme  Vincent Crase.

Mediapart évoque également l’existence d’un contrat liant Mars et l’oligarque russe Iskander Makhmudov, proche de Vladimir Poutine et de la mafia russe. Alexandre Benalla (dont l’implication a été confirmée par le même média) a joué le rôle d’intermédiaire entre Mars et Velours, groupe choisi par Vincent Crase pour assurer le contrat de sécurité signé entre Mars et Iskander Makhmudov.

Voir aussi

A la suite de ces révélations, le parquet de Paris a tenté de perquisitionner les locaux de Mediapart pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » de Vincent Crase et d’Alexandre Benalla. Comme l’autorise la procédure dans le cadre d’une enquête préliminaire, Mediapart a refusé cette perquisition « au nom de la protection du secret des sources ». Le journal a néanmoins remis une copie des enregistrements à la justice.
Selon Mediapart, cette enquête préliminaire, et donc cette perquisition, aurait été déclenchée par le pouvoir exécutif lui-même (et plus particulièrement par les services du Premier Ministre) à la suite de rumeurs sur la « détention illicite d’appareils ou de dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d’interceptions et de télécommunications ou de conversations » par Mediapart.

Il se pose ainsi la question de la liberté de la presse au sein de cette affaire.

« Il y a actuellement une dérive […] au cœur de certaines institutions et je dirais au sommet de l’Etat en la personne du président de la République […] qui est […] d’essayer de mettre de côté, d’affaiblir, de discréditer voire d’entraver une presse qui dérange », a déclaré Edwy Plenel, président de médiapart.

Nouvelle tourmente donc pour un gouvernement déjà fortement préoccupé par la crise des Gilets Jaunes.

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