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Serge Najjar, un nouveau regard sur le Liban

Du 19 septembre 2026 au 17 janvier 2027, l’Institut du monde arabe de Tourcoing expose l’artiste Serge Najjar. Le Liban est photographié sous un nouvel angle, angle composé d’architecture, d’abstraction et de lumière. Salle après salle, le spectateur découvre les chantiers libanais d’un pays en reconstruction. Chaque photographie est empreinte d’une géométrie particulière et d’une référence à l’histoire de l’art. 

“L’image naît de la rencontre entre un objet tangible et une lumière insaisissable. C’est dans cet entre-deux que s’exerce la liberté du photographe.”

Mario Choueiry, commissaire d’exposition. ​

​Le Liban renaît sous le regard de Serge Najjar. Le béton est sa matière première et le soleil sa lumière. En photographiant des chantiers en construction, il tente de montrer à son public que ce qui ne nous procure à priori aucune émotion peut nous transcender. Le béton est une matière brute, sans couleur, sans odeur. Sous l’appareil du photographe, ce béton se métamorphose, il transmet une histoire, de la vie, des sensations. Serge Najjar se détache de l’image stéréotypée d’un Liban antique et miné par la guerre. Il photographie la reconstruction d’un pays. Il photographie les hommes au milieu des bâtiments. Il photographie la vie. 

L’exposition associe la simplicité du béton et la beauté de la lumière. Cinq salles divisent l’espace et permettent au public de circuler librement entre les œuvres. Chaque salle est consacrée à une thématique : l’architecture, l’ombre, la lumière, l’abstraction, le noir et blanc. Les murs sont blancs. Le plafond est noir. Des dizaines de spots illuminent les photographies. Elles sont deux, voire trois par mur. Le public a le temps de les observer, de prendre du recul, de s’éloigner, de se rapprocher. Il ne croule pas sous une multitude d’informations. Il est seul face à ces œuvres imprimées sur papier, collées sur aluminium et encadrées par un rectangle de bois noir. Il n’y a ni musique ni son. Le sol absorbe les pas du public. Le silence règne dans l’exposition. Les salles sont petites. L’ambiance est mystérieuse. La scénographie minimaliste sublime la complexité des œuvres.  

 

Monochrome noir sur blanc.  ©Jalane Chapleur / Pépère News

Une salle attire en particulier l’attention des passants. Elle est noire et une quinzaine d’œuvres habillent ses murs. Il n’y a pas de texte explicatif, seulement une citation de Serge Najjar : “Je pense beaucoup en noir et blanc. Lorsqu’il y a trop de couleurs présentes, cela enlève de la puissance à la photographie […]”. La salle est noire mais regorge de lumière. Les spectateurs ont du mal à détacher leurs yeux des œuvres. Elles sont simples, géométriques et accentuent l’ambiance mystérieuse de l’ensemble de l’exposition. La justesse de l’angle et la précision de la lumière forcent le silence. Cette dernière salle est un point d’exclamation à la fin de la visite.

L’art moderne et la peinture comme inspiration 

Le commissaire d’exposition, Mario Choueiry, a décidé de mettre en valeur les différentes inspirations de l’artiste dans sa scénographie. Les cartels deviennent de petits boîtiers de bois que le public peut ouvrir. A l’intérieur, il peut y trouver une reproduction réduite d’un tableau de maître. Serge Najjar reconnaît faire écho aux œuvres de Sonia Delaunay, Piet Mondrian ou encore de Vassily Kandinsky. La géométrie et la structuration de ses œuvres sont un hommage à l’histoire de l’abstraction géométrique, mais ces rapprochements apparaissent après coup, lorsque les images révèlent les influences qui ont façonné son regard. Il refuse toute reproduction consciente. Son travail est avant tout guidé par l’intuition. Sans jamais modifier ses images, il transforme le réel par le seul pouvoir du regard et du cadrage. L’artiste souligne qu’il ne fait pas de mise en scène et qu’il travaille à partir de ce qui préexiste. Il sélectionne le fragment de monde qui lui semble le plus juste et le plus significatif. Tout est une juxtaposition d’occasions choisies. Dans sa démarche, il rejoint « l’instant décisif » d’Henri Cartier-Bresson.

Cette exposition est une ode au Liban. Serge Najjar photographie sa reconstruction et la vie qui en émane. Ces blocs de béton sont des objets d’art et de vie. Il illumine la couleur d’un pays en guerre. Il capture la lumière et la partage au monde entier. La simplicité de la scénographie laisse place à l’art.

 

 

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