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Star Wars IX : ascension ou déchéance pour Disney ?

Star Wars IX : ascension ou déchéance pour Disney ?

Comment clôturer en beauté une saga vieille de 42 ans et déjà composée de 8 films cultes ? Comment terminer en apothéose cet immense monument du cinéma ? Comment contenter les fans de la trilogie originelle, de la prélogie, de la posologie, ceux qui ont laissé tomber comme ceux qui trépignent d’impatience ? Comment conclure une histoire composée de personnages connus de tous ayant bercé l’imaginaire de 3 générations ? Je pourrais dire que la réponse est qu’on ne peut pas, mais ce n’est pas si simple.

Du renouvellement dans l’air ?

Pour ne rien dévoiler du contenu de l’intrigue, parlons simplement d’un des nombreux thèmes abordés, le plus intéressant, ancestral et difficile à manier : la lutte du Bien contre le Mal. Un thème battu et rebattu, qui fonctionnait peut-être en 1977 à la sortie du premier opus, mais qu’on voyait mal encore renouvelé en 2019. Seulement, Disney le connaît par cœur et avait déjà prouvé, avec ses derniers Avengers, qu’il était possible de faire les choses intelligemment. Pas forcément d’une façon très originale, mais solide et travaillée. En sortant de Star Wars IX, il y a bien un point qu’on ne discute pas : ils ont réussi leur pari. Certes, le combat manichéen Sith/Jedi est repris, mais il est plus pertinent que jamais, guidé par de réels enjeux psychologiques. Ce qui vient souligner la qualité la plus importante du film : ses personnages.

La dernière occasion de voir la regrettée Carrie Fisher à l’écran. Crédit : Disney

Bien plus forts !

Au risque de ne pas plaire à tout le monde : comme l’évolution d’Anakin pour la prélogie, la relation Rey/Kylo Ren est le meilleur point de cette trilogie. Critiquer cette relation (et notamment sa conclusion) c’est oublier les deux derniers films, ou faire preuve de mauvaise foi. Dense, fourmillant de détails, d’interprétations, c’est un véritable combat psychologique qui se joue, plus humain que jamais. Rey et Kylo prennent enfin cette aura puissante de personnages principaux. Mais ils ne sont pas les seuls, tous les autres personnages montant aussi en grade. On a enfin de réelles figures emblématiques à suivre, charismatiques ou non mais travaillées, et ça, ça fait plaisir ! Mais qui dit conclusion, dit retour d’anciens personnages célèbres. On pouvait facilement tomber dans l’écueil du fan service mais c’est fait de façon subtile et suffisamment justifiée pour ne fâcher personne.

Effacer le passé

Car, contrairement à un épisode 8 qualifié « d’insulte aux fans de la première heure », celui-là joue à fond la carte de la nostalgie. En cause son réalisateur J. J. Abrams, véritable geek fan d’univers fantastiques, qui avait critiqué la manière de faire de Ryan Johnson (SW8). Son erreur, selon lui, avait été de ne pas écouter les fans. Que l’on soit d’accord ou pas, cet opus fait marche arrière sur de nombreuses pistes lancées par le précédent. Ne soyons pas naïf, Disney possède toujours la franchise et il n’allait pas laisser passer une baisse de 700 millions de dollars au box-office entre ses deux premiers volets. C’est ainsi que l’on rentre dans le côté obscur de ce film : qui dit retour en arrière, dit aussi perte totale d’originalité, de risque et de surprise.

A l’image du masque fendu de Kylo, les marques rougeoyantes laissées par l’épisode 8 sont encore bien visibles. Crédit : RTL

L’empire Disney contre-attaque

Ryan Johnson s’est attiré les foudres en tentant l’originalité, alors ne nous plaignons pas face à ce produit aseptisé jusqu’à la moelle. Le film ne tente plus rien. Plus d’écart au scénario, celui-ci trace sa route à vitesse grand V sans laisser le temps de respirer. À de rares exceptions, terminées les fulgurances de mise en scène et de réalisation. Les scènes d’actions sont sur-découpées anéantissant du même temps le souffle épique instauré par Johnson. On nous montre des événements grandioses de façon lambda et assommante. Mais où sont passés les idées et la créativité ? D’autant plus dommage quand on voit la photographie et la direction artistique toujours impeccables. J. J. Abrams est peut-être un bon faiseur, mais il est définitivement moins bon réalisateur que son confrère. La tâche était sans doute trop lourde.

Alors, même s’il est loin d’être une déception, L’ascension de Skywalker se révèle beaucoup trop sage. Moins noir qu’un Empire Contre-attaque ou que La Revanche des Siths, manquant d’événements cultes. Disney n’a pas forcément su trouver le juste milieu pour sa trilogie. L’occasion du film Star Wars ultime ne s’est pas réalisée. Si cet opus est définitivement un meilleur Star Wars que son prédécesseur, poussant les règles de cet univers dans leurs retranchements, c’est pourtant un moins bon film (et de loin).
Mais s’il y a une chose que Disney n’aura pas su détruire, c’est l’aura de cet univers fou. On laisse ces personnages une dernière fois, le cœur lourd de nostalgie et d’amertume. On continuera à rêver d’eux là-haut, aujourd’hui et pour toujours, les yeux tournés vers les étoiles, vers une galaxie lointaine, très lointaine…

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