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Témoignages d’enseignants à l’épreuve du confinement

Témoignages d’enseignants à l’épreuve du confinement

Tous les établissements scolaires français sont fermés depuis le lundi 16 mars à cause de la pandémie de Covid-19. D’après les scientifiques, les enfants propagent le virus plus rapidement que les adultes, bien qu’ils ne développent que très rarement les symptômes. Comment font les enseignants pour exercer leur métier ? Marie, professeure des écoles ainsi que Louis et Vincent*, professeurs au collège, donnent leurs points de vue sur cette situation exceptionnelle.

Pépère News : Êtes-vous toujours en contact avec vos élèves ?

Marie : Je garde le contact avec mes élèves et les parents de mes élèves grâce à Internet et à une plateforme privée. J’ai commencé par des mails, mais j’ai trouvé que c’était assez compliqué parce qu’il y avait une saturation des boîtes. J’ai donc essayé de trouver une autre solution, via une plateforme à laquelle j’adhérais déjà pour mon travail.

Louis : Nous faisons avec les moyens du bord ; le serveur Pronote (logiciel de gestion de la vie scolaire pour les collèges et lycées, ndlr) par messagerie n’était pas prévu pour voir passer autant de messages. Certains collègues ont fini par créer de nouvelles adresses mails pour la communication avec les élèves. Ils ont pallié ces difficultés également en ouvrant des comptes sur Ma cl@sse virtuelle ou bien en utilisant le cloud de l’intranet du collège.

Vincent : C’est très compliqué d’être en contact avec les élèves, car les outils officiels comme l’ENT (espace numérique de travail, ndlr) sont inadaptés et inopérants. Dans le pire des cas, cela ne fonctionne pas du tout parce que le site est saturé. Dans le meilleur des cas, aucune interaction n’est possible en temps réel. En accord avec les élèves, nous avons dit que nous nous retrouverons sur Instagram juste avant le confinement ; avec ça, nous pouvons avoir un échange à peu près correct. D’autre part, je renvoie mes élèves sur une chaine YouTube où je fais des vidéos.

PN : Rencontrez-vous des problèmes pour communiquer avec eux ?

Marie : Non pratiquement pas. Les mails fonctionnaient quand même, nous avions l’ensemble des adresses mails des parents. Ils ont vraiment joué le jeu, ils étaient très concernés. Tous.

Louis : Hormis les problèmes de connexion, nous sommes parfois confrontés à la malveillance des élèves. Sur certaines applications utilisées pour rester en contact, des élèves ont profité d’une possibilité d’anonymat pour se montrer très discourtois, voire pire.

Vincent : Globalement, sur mes quatre classes – ce qui fait environ 90 élèves – je communique régulièrement avec 50 élèves.

“En accord avec les élèves, nous avons dit que nous nous retrouverons sur Instagram juste avant le confinement ; avec ça, nous pouvons avoir un échange à peu près correct.”

PN : Donnez-vous du travail à vos élèves ?

Marie : Oui bien sûr ! Il y a un planning hebdomadaire. Chaque jour, ils ont du français, avec ce que l’on appelle l’étude de la langue. Ensuite, un peu d’écriture, des mathématiques, du calcul mental, et ce soit via des documents que je mets sur le site, soit via des liens sur des sites interactifs. C’est plus ludique et cela permet aux élèves de travailler autrement. 

Louis : Nous donnons du travail aux élèves dans la mesure où la situation peut durer très longtemps. Les élèves doivent comprendre que ce ne sont pas des vacances et que, dans leur intérêt, il faut assurer la continuité pédagogique. Certaines échéances sont inéluctables. Le problème, c’est que l’on ne peut pas contrôler si le travail est fait ou non.

Vincent : Je leur donne un rendez-vous, où ils sont censés être connectés sur un groupe de classe Instagram. Ensuite, je poste la photo d’un exercice. Après un délai convenu, je poste la correction. Entre temps, je peux répondre aux questions en message privé. Mais je n’ai aucun moyen de savoir si c’est vraiment l’élève qui a fait le travail.

PN : Comment organisez-vous votre journée de travail ?

Marie : La première semaine a été une semaine de mise en œuvre, d’adaptation. Elle a été très lourde parce qu’il a fallu préparer ce que l’on allait envoyer et c’était différent de ce que l’on avait prévu pour la classe. Il fallait aussi répondre aux attentes des parents, aux questions des élèves. Donc au niveau de l’amplitude horaire, ça a été quand même assez important, plus que d’ordinaire.

Louis : Nous avons adapté nos cours pour que les élèves puissent lire tous nos supports. Ce fut un week-end marathon et toute la semaine, nous étions connectés pour répondre aux questions des élèves et gérer leurs difficultés techniques quant à la récupération des cours. C’était très chronophage et stressant car il n’y avait pas de césure entre vie professionnelle et vie privée. Depuis ce lundi, le serveur Pronote n’est accessible qu’à partir de 16 heures pour les échanges entre élèves et professeurs pour éviter les grandes difficultés de connexion rencontrées précédemment. Les élèves auront à disposition des travaux à faire ou à rendre sur la semaine et non plus au quotidien afin de laisser plus de latitude aux élèves ainsi qu’à leurs familles pour assurer un suivi et un contrôle.

Vincent : Je n’arrive pas à respecter l’emploi du temps. Nous procédons par rapport à la disponibilité des élèves. Je demande aux élèves à quel moment nous pouvons nous donner rendez-vous. C’est difficile d’avoir une routine quotidienne. 

 

Les élèves ne sont pas en vacances, les professeurs donnent encore du travail. Cependant, il n’est pas facile pour eux de trouver une méthode efficace. Ils ont été surpris et n’ont pas eu le temps de bien s’adapter aux nouvelles conditions. Les dispositifs mis en place par l’État ne sont pas fait pour accueillir autant d’élèves à la fois et arrivent vite à saturation. C’est pour cela que certains décident de s’organiser autrement. Il reste encore beaucoup d’incertitudes quant à l’échéance de ce confinement et la tenue des épreuves de fin d’année.

* Les noms des professeurs ont été changés en vertu du droit de réserve de ces personnes en tant que fonctionnaires et employés de l’Education Nationale.

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