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“The Plot Against America”, la série qui bouscule les convictions

“The Plot Against America”, la série qui bouscule les convictions

The Plot Against America

On ne pensait pas dire ça un jour mais, décidément, les nazis ont la côte… dans le paysage des séries américaines du moins. Entre Hunters et The man in the hight castle (sur Amazon Prime Video), c’est maintenant au tour de HBO de se pencher sur la plus grande uchronie de notre histoire moderne avec The Plot Against America. Avis certifié sans spoiler.

Cette adaptation du roman homonyme de Philip Roth est une mini-série de six épisodes, orchestrée par le duo Ed Burns et David Simon à qui l’on doit déjà les séries The Wire et Generation Kill. Elle concentre son récit sur un principe très puissant : que se serait-il passé si Charles Lindbergh, héros national partisan d’une paix avec l’Allemagne nazie, avait été élu en 1940 à la place de F. Roosevelt ? Et si l’Europe avait perdu l’un de ses plus grands alliés ? Un pitch alléchant à la hauteur des ambitions démesurées de la meilleure chaîne de production télévisuelle (désolé Netflix, on ne parle pas de toi). Mais il est facile de se perdre dans un concept trop grand pour son talent, alors qu’en est-il ?

Winona Ryder dans The Plot Against America
Une Winona Ryder (Stranger Things) aussi talentueuse qu’insupportable. © HBO

Une réussite totale

Disons-le tout de suite, The Plot Against America est une série incontournable. En adoptant le point de vue d’une famille juive, les scénaristes font le choix audacieux de ne pas tomber dans la simple histoire politique, mais dans un véritable roman intime. Ce choix d’échelle, en plus d’une réalisation sobre mais élégante, met en valeur le soin immense apporté à la reconstitution de l’Amérique de cette époque. Rues, intérieurs, voitures, vêtements, magasins… L’illusion est parfaite et l’on se balade dans les années 40 avec un émerveillement certain. Choix de point de vue oblige, le spectateur apprend les grandes décisions politiques par la radio, en même temps que les personnages. Un choix scénaristiquement et thématiquement très intéressant et bien développé, qui analyse les bienfaits et limites des anciens billettistes. Cette critique implicite d’un système médiatique résonne étrangement de notre côté de l’écran.

Ni blanc, ni noir

Brillamment incarnés par un casting cinq étoiles (mention spéciale aux enfants qui tentent simplement de continuer à vivre), les personnages se meuvent avec une crédibilité rare. Les scénaristes savent écrire toute la richesse et les contradictions d’un être humain. Ils s’adonnent avec passion à brouiller nos semblants de convictions morales et nos acquis politiques. Toujours juste et neutre, le récit fait lutter ces personnages faillibles dans une situation de crise. Celle-ci les amènera à pousser leurs logiques dans leurs derniers retranchements et à montrer les faiblesses de leurs comportements bienveillants.

enfant Plot against america
Le point de vue des enfants ballottés dans ce contexte politique oppressif touche par sa sincérité. © HBO

Comment réagir face à une menace qui semble lointaine ? Faut-il aller la combattre et sacrifier des vies, voire sa propre famille ? Ou alors se désintéresser du conflit, quitte à pactiser avec un ennemi diabolique ? À quel moment la défense d’une conviction doit-elle s’arrêter ? Est-ce plus égoïste de sacrifier une cause pour sa famille, ou de sacrifier sa famille pour une cause ? Ce genre de dilemmes, shakespeariens mais véritablement introspectifs, traversent ces six épisodes d’anthologie. Des thèmes comme le comportement guerrier, l’engagement politique et les déchirures d’une famille sont traités avec une intelligence suintante d’émotion.

Vraiment parfaite ?

Au-delà de ces dernières considérations emportées, et sur un ton plus mesuré, on pourrait tout de même trouver quelques défauts au show. D’abord, la réalisation, bien qu’élégante, tombe parfois dans une sobriété assez peu imaginative. N’allez pas y chercher quelconque explosion de style (pour ce point préférez plutôt Euphoria), mais simplement des effets simples, basiques, mais très efficaces. De plus, si David Simon et Ed Burns se révèlent être de très bons créateurs, leur scénario s’enlise parfois dans quelques longueurs inutiles. Un léger défaut de rythme surtout présent dans les deux premiers épisodes, vite gommé par la suite à mesure que la série s’accélère.

En seulement six épisodes, et malgré quelques fautes de rythme, The Plot Against America apparaît déjà comme l’une des meilleures séries de l’année. Fuyez si vous n’aimez pas être bousculé. Redoutablement intelligente et bien menée, la série poussera vos convictions dans ses derniers retranchements, comme elle le fait avec ses personnages.

Quant à savoir si une seconde saison pourra voir le jour, rien n’est moins sûr. Il est rare de voire une mini-série en obtenir une, mais on sait que HBO n’est pas contre le concept. Si c’était le cas, comme le précise le site Bustle, il faudrait que la série se concentre sur une période historique différente. HBO n’ayant encore rien annoncé, tout reste possible.

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