Depuis le jeudi 1er octobre, le blocus au campus Moulins de l’Université de Lille ne faiblit pas. Une fermeture administrative inévitable qui témoigne de positions affirmées chez certains et d’une exaspération chez d’autres. Les personnes touchées par cette mobilisation, dont le doyen Aymeric Potteau, reviennent sur cette première semaine de mobilisation.
Dès l’aube, des étudiants empilent des poubelles pour bloquer l’entrée de la Faculté des Sciences politiques, juridiques et sociales de l’Université de Lille. À quelques mètres de là, des policiers entament une course-poursuite avec l’un des derniers acteurs du blocage encore présents sur place. Parmi ces étudiants, Anna et Louise acceptent de revenir sur cette première semaine de mouvement social.
Les courses-poursuites de ce type sont récurrentes. Les étudiantes dénoncent « une répression policière disproportionnée ». Pendant sept jours, la police « a essayé de nous chasser tous les matins », confient-elles. Malgré ces difficultés, les participants sont parvenus à maintenir le campus fermé plusieurs jours consécutifs. Elles déplorent tout de même une répartition sur les différents lieux de mobilisation « moins efficace que chez les lycéens ».
Une résistance administrative décriée
Face à cette obstruction constante, l’administration de la faculté a préféré maintenir les enseignements mais cette fois-ci en visioconférence lorsque cela est possible. Les étudiantes mobilisées regrettent une tentative de « faire taire le mouvement » et avancent l’argument d’un risque de « renforcement des inégalités ». En réaction, elles choisissent de « boycotter les cours à distance et [de] rejoindre les lycéens mobilisés », stratégie observée également auprès de certains membres de l’équipe éducative. Contacté, le doyen de la faculté justifie ce choix par la nécessité de « préserver un minimum de continuité pédagogique ». Il rappelle l’importance de la liberté d’expression mais revendique également la liberté d’étudier. L’administration est également contrainte par le calendrier. « On a très peu de marge de manœuvre, on ne peut pas reporter les examens. » Quant à la « solution » proposée par certains étudiants consistant à ne pas tenir compte du premier semestre, Aymeric Potteau est intransigeant sur le sujet. Pouvoir effacer des cours de la sorte reviendrait à dire que « notre formation n’est pas utile, ce qui n’est pas le cas », affirme-t-il.
Une méthode clivante
La méthode du blocus est radicale et suscite de nombreuses critiques. Parmi ses détracteurs figure Violette, étudiante en deuxième année de licence de droit. Selon elle, cette stratégie « ennuie davantage ceux qu’on essaie de défendre plutôt que les responsables ». Pour appuyer son propos, elle revient sur le début de la mobilisation. À cette période, l’annonce d’une éventuelle annulation des cours en présentiel tardait à être communiquée alors que les premiers cours de la journée devaient débuter. « Ce n’est pas normal que des personnes fassent de longs trajets pour venir à la fac et soient obligées de repartir sans avoir pu y rentrer », s’indigne-t-elle. Désormais, chacun est informé d’une fermeture du campus pour la journée au moins 30 minutes avant le début des premiers cours afin de limiter ce risque. Violette ajoute la gêne financière pouvant toucher certains étudiants : « il n’y a pas d’intérêt à payer un logement à Lille si tous les cours se font à distance », fait-elle remarquer.
Aymeric Potteau, doyen de la faculté et directeur du campus Moulins, considère « légitimes » les revendications des étudiants. D’après lui, elles font écho aux problèmes de l’Université de Lille qui fait elle aussi face à « un taux d’encadrement très insuffisant ». Il soutient l’engagement des étudiants, mais s’oppose aux blocus précisant qu’il faut « concilier [l’engagement citoyen] avec la mission éducative de l’établissement ». Cette méthode « contribue à détruire le service public », affirme le doyen. Toutefois, l’empêcher semble impossible pour le moment : « la faculté n’a pas le soutien des forces de l’ordre pour une sécurité passive des étudiants », regrette-t-il.
Pour le moment, la date de réouverture de la faculté demeure incertaine. « Soucieux du confort des étudiants », le directeur du campus Moulins, anciennement Lille II, a anticipé la tenue des cours de ce lundi 12 octobre en distanciel afin de permettre à chacun de rentrer chez soi s’il le souhaite. Du côté des étudiants mobilisés, Anna et Louise sont déterminées : « rien ne nous arrêtera et on tiendra jusqu’à l’objectif ». Cet objectif : la mobilisation du 17 octobre, annoncée comme la plus importante du mouvement.
